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Soudan: possibles crimes de guerre et contre l'humanité à El-Facher, avertit la CPI
Les atrocités commises dans la ville d'El-Facher au Soudan pourraient constituer des crimes de guerre et contre l'humanité, a averti lundi le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI), alors que les civils fuient par milliers leurs foyers dans la région voisine du Kordofan, selon l'ONU.
Après 18 mois de siège, les paramilitaires des Forces de soutien rapides (FSR) ont pris le 26 octobre El-Facher, dernier verrou stratégique qui échappait à leur contrôle au Darfour, vaste région de l'ouest du Soudan.
Depuis, les informations et les témoignages se multiplient sur les exécutions, les pillages, les viols, les attaques contre des humanitaires, documentés par des images satellites et par des vidéos d'exactions publiées par les combattants eux-même.
"De tels actes, s'ils sont avérés, pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité", a déclaré dans un communiqué le bureau de la procureur de la CPI, qui siège à la Haye, exprimant sa "profonde inquiétude et sa très vive préoccupation".
Le conflit opposant l'armée aux paramilitaires des FSR, qui dure depuis deux ans, se concentre désormais sur le Kordofan, région stratégique car elle se trouve entre le Darfour à l'ouest, et la capitale Khartoum à l'est.
Les forces paramilitaires ont averti dimanche y avoir regroupé leurs troupes, le long d'une nouvelle ligne de front. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 36.000 civils soudanais ont fui leurs foyers dans le Kordofan-Nord en une semaine.
Un rapport mandaté par les Nations-Unies et publié lundi avertit que la famine s'étend à la ville assiégée de Kadugli, dans l'Etat du Kordofan-Sud, et à la ville d'El-Facher.
Vingt autres zones du Darfour et du Kordofan sont également menacées selon ce rapport du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).
Dans le Kordofan-Nord, des habitants ont décrit lundi à l'AFP comment des villes entières étaient devenues des cibles militaires, l'armée et les FSR s'affrontant notamment pour le contrôle d'El-Obeid, la capitale régionale.
Souleiman Babiker, habitant de la région, a déclaré à l'AFP qu'après la prise d'El-Facher par les paramilitaires, "le nombre de véhicules des FSR a augmenté". "Nous avons cessé d'aller dans nos champs, de peur des affrontements", a-t-il ajouté.
Un autre habitant, ayant requis l'anonymat pour des raisons de sécurité, a également fait état d'"une forte augmentation des véhicules et du matériel militaire à l'ouest et au sud d'El-Obeid" au cours des deux dernières semaines.
- "Prochain théâtre" -
La région du Kordofan, administrativement divisée en Kordofan-Nord, Sud et Ouest, "sera probablement le prochain théâtre des opérations militaires des deux camps", a averti la semaine dernière Martha Pobee, secrétaire générale adjointe de l'ONU pour l'Afrique.
Elle a alerté sur de "vastes atrocités" et des "représailles à motivation ethnique" commises par les FSR dans la localité de Bara (au nord de d'El-Obeid), évoquant des schémas similaires à ceux observés au Darfour, où les combattants paramilitaires sont accusés de massacres, violences sexuelles et enlèvements visant des communautés non arabes depuis la chute d'El-Facher.
Le Darfour comme le Kordofan comptent de nombreuses ethnies africaines, contrairement au reste du Soudan.
Les paramilitaires ont déjà revendiqué la semaine dernière la prise de Bara, une ville carrefour stratégique du Kordofan-Nord. "Aujourd'hui, toutes nos forces ont convergé sur le front de Bara", a affirmé un membre des FSR dans une vidéo diffusée dimanche soir par les paramilitaires.
Au moins 50 civils, dont cinq volontaires du Croissant-Rouge, ont été tués lors de récentes violences au Kordofan-Nord, selon l'ONU.
Les FSR, issues des milices Janjawid accusées par la Cour pénale internationales de génocide il y a vingt ans au Darfour, et l'armée font toutes deux face à des accusations de crimes de guerre.
La guerre au Soudan a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé près de 12 millions de personnes et provoqué la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU.
Les pourparlers en vue d'une trêve, menés depuis plusieurs mois par un groupe réunissant les Etats-Unis, l'Egypte, les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite, ont jusque là toujours échoué, et sont actuellement dans l'impasse, selon un responsable proche des négociations.
N.Shalabi--SF-PST