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Lecornu suspend la réforme des retraites, le PS écarte pour l'instant la censure
Sébastien Lecornu évite pour l'instant "la crise de régime". Le Premier ministre a annoncé mardi devant l'Assemblée nationale la suspension de la réforme des retraites, symbole de la présidence Macron, obtenant la clémence au moins temporaire des socialistes, qui en faisait une condition sine qua non pour épargner la censure au gouvernement et repousser ainsi la dissolution.
Le PS a fait savoir en réponse qu'ils ne censurerait pas le gouvernement, en tout cas dans l'immédiat: saluant comme la CFDT dans la suspension "une victoire" autant qu'un "premier pas qui permet d'envisager les suivants", le chef des députés PS Boris Vallaud a dit vouloir faire "ce pari de donner (...) un budget juste au pays".
"Nous serons vigilants à ce que vos mots se traduisent en actes", a-t-il promis.
Les motions de censure déposées par le RN et par la France insoumise, qui seront examinées jeudi matin, ont donc peu de chances d'être adoptées.
Au milieu d'un discours sobre, qui n'a pas dépassé la demi-heure, point d'orgue de journées d'immense tension politique, la sentence attendue est tombée: "je proposerai au Parlement dès cet automne que nous suspendions la réforme de 2023 sur les retraites jusqu’à l’élection présidentielle", a annoncé M. Lecornu dans l'hémicycle du Palais-Bourbon.
Le chef du gouvernement a également confirmé l'abandon de l'utilisation de l'article 49.3 de la Constitution, qui permet l'adoption d'un texte sans vote. "C'est la garantie pour l'Assemblée nationale que le débat, notamment budgétaire mais pas seulement, dans tous les domaines, vivra, ira jusqu'au bout, jusqu'au vote", a-t-il ajouté.
L'exécutif peut ainsi espérer souffler, après une nouvelle crise ouverte la semaine dernière par un gouvernement Lecornu 1 qui n'avait pas tenu une journée, fragilisé dans l'oeuf par la contestation du président des Républicains (LR) Bruno Retailleau.
"Certains aimeraient voir cette crise parlementaire virer à la crise de régime. Cela n'aura pas lieu", avait affirmé le Premier ministre à l'entame de son discours.
Un an après la très décriée dissolution de 2024, la pression s'était accrue sur le chef de l'État, son premier chef de gouvernement, Édouard Philippe, allant jusqu'à lui conseiller de démissionner après l'adoption du budget et de permettre ainsi la tenue d'une élection présidentielle anticipée.
Renommé vendredi par le président Macron, M. Lecornu avait "carte blanche", avait expliqué l’Élysée.
Mardi matin, le chef de l'Etat avait une dernière fois mis la pression sur les oppositions lors du Conseil des ministres, qualifiant les motions de censure à venir de "motions de dissolution".
-"Anomalies" fiscales-
Adopté mardi matin en Conseil des ministres, le projet de budget de l’État, qui devrait être largement modifié par le Parlement, propose un effort d'une trentaine de milliards d'euros et repose sur des hypothèses "optimistes" de croissance en 2026, selon le Haut conseil des finances publiques.
Le déficit devra "dans tous les cas de figure être à moins de 5% à la fin de la discussion" parlementaire, a précisé M. Lecornu, après avoir présenté un projet de budget avec un déficit de 4,7% du PIB.
Le Premier ministre a par ailleurs reconnu "des anomalies" dans la fiscalité des très grandes fortunes, souhaitant "une contribution exceptionnelle" des plus riches dans le prochain budget.
- "Peur des urnes" -
Dans sa décision de ne pas censurer le gouvernement, le PS se trouve isolé à gauche. La présidente du groupe écologiste, Cyrielle Chatelain, a affirmé que son groupe "ira à la censure", fustigeant une "petite suspension" de la réforme.
Même tonalité très offensive de Stéphane Peu, chef du groupe des députés communistes et ultra-marins, qui en majorité voteront la censure, même si le patron du parti Fabien Roussel a évoqué lui une "première victoire".
"Une réforme imposée contre tout un peuple (...) ne se suspend pas, elle s’abroge", a martelé la cheffe des Insoumis, Mathilde Panot, refusant de participer au "sauvetage" du gouvernement.
A droite, le président des Républicains (LR) Bruno Retailleau a accusé le gouvernement d'être "l'otage des socialistes". Quant au président du RN Jordan Bardella, il a brocardé "l'amicale des sauveurs d'Emmanuel Macron" dont "le seul dénominateur commun" serait "la peur des urnes".
Le camp présidentiel était divisé sur la question des retraites, et le parti Horizons d'Edouard Philippe s'est chargé de rappeler ses réserves. "Suspendre la réforme des retraites" est "une dangereuse facilité", a mis en garde le chef des députés Paul Christophe.
La chute du gouvernement "coûterait plus d'argent à la France" qu'une "suspension de quelques mois" de la réforme des retraites, avait au contraire fait valoir dans la matinée l'entourage du garde des Sceaux Gérald Darmanin, proche de M. Lecornu.
sac-sl-are-bpa/hr
R.AbuNasser--SF-PST