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Gouvernement: Lecornu tente d'unir une coalition contrariée, LR se déchire
Au moment de mettre la dernière main à son gouvernement dimanche, le Premier ministre Sébastien Lecornu se voit retardé par des dissensions internes, entre l'agacement de son propre camp présidentiel et les déchirements des Républicains, divisés sur leur participation à la future équipe.
Le temps presse pour le chef du gouvernement s'il veut annoncer le nom de ses ministres avant la fin du week-end. Menacé de censure par la gauche et le Rassemblement national, attendu mardi à l'Assemblée pour sa déclaration de politique générale, Sébastien Lecornu ne sait toujours pas si LR fera partie de son équipe.
Réunis depuis le début d'après-midi en visioconférence, les parlementaires de droite se divisent. D'un côté, le patron du parti Bruno Retailleau plaide pour participer au gouvernement, craignant de voir la droite tenue comme "responsable du chaos" si elle venait à quitter l'exécutif, selon plusieurs participants.
De l'autre, le chef des députés Laurent Wauquiez n'y est pas favorable: "Les conditions ne sont pas réunies", a-t-il lancé, même s'il respectera la "décision collective".
Les Républicains et M. Retailleau avaient fait monter la pression ces derniers jours, déplorant que certaines de leurs revendications, notamment sur l'immigration, la sécurité et la baisse de la dépense publique, ne soient pas entendues.
Le ministre de l'Intérieur sortant a peut-être été quelque peu rassuré par le contenu de la "feuille de route gouvernementale" transmise dans la nuit par Sébastien Lecornu aux dirigeants des partis susceptibles de le soutenir (Renaissance, MoDem, Horizons, Les Républicains, UDI).
"Tout en restant fidèle à nos valeurs, et en prenant acte de nos différences, nous avons décidé d'une feuille de route qui nous rassemble", y explique le Premier ministre, qui érige le soutien du socle commun comme un "préalable indispensable".
- Loi sur la fraude -
M. Lecornu plaide pour porter l'effort budgétaire "essentiellement sur la réduction de la dépense publique", et appelle à répondre "à la demande de justice fiscale exprimée par nos concitoyens".
Il promet un projet de loi de lutte contre la fraude fiscale et sociale, pour dégager 2,3 milliards d'euros de recettes supplémentaires.
A l'adresse notamment des LR, il affirme que "la sécurité du quotidien et la lutte contre les incivilités continueront d'être une priorité majeure", ainsi que la lutte "contre l'immigration irrégulière par la mise en œuvre de solutions techniques et efficaces".
Suffisamment convaincant ? "On apprend que la nuit, il fait noir. On ne sait pas où on va", souffle un cadre du camp présidentiel. "On peut pas dire qu'il éclaire notre chemin", s'agace un autre.
Après avoir haussé le ton samedi, le MoDem semble être rentré dans le rang. Lors d'une réunion dimanche, le parti centriste a acté sa "participation" au gouvernement, adressant un "soutien clair et unanime" à M. Lecornu, selon une source au parti.
Un peu plus tôt, le chef des députés MoDem Marc Fesneau avait néanmoins dit espérer "en savoir un peu plus" sur les intentions du Premier ministre, sur France Inter.
Le parti Horizons d'Edouard Philippe s'est lui aussi réuni en bureau politique en début d'après-midi, actant d'une participation au gouvernement, en fonction toutefois des ministères proposés, selon une source interne. Quant aux centristes de l'UDI, ils sont "préoccupés" par "l'absence de coordination au sein de la coalition" et doivent eux aussi consulter leurs instances pour arrêter leur position.
- Equipe resserrée ? -
Pendant ce temps, Emmanuel Macron pourrait trouver le temps long: selon un interlocuteur régulier du président, celui-ci a demandé à son Premier ministre de former son gouvernement avant la fin du week-end, avec une équipe resserrée à 25 ministres. La présentation du futur exécutif pourrait toutefois n'intervenir que lundi matin.
"Sébastien Lecornu s'est retrouvé piégé en donnant une date pour sa déclaration de politique générale mardi, alors qu'il n'avait pas fini de négocier", commente la même source.
Avec quel casting ? Plusieurs sources au sein de l'exécutif s'attendent à de nombreuses reconductions. Les LR veulent qu'un tiers des futurs ministres soient issus de leurs rangs.
En toile de fond, la pression du PS ne faiblit pas. Malgré l'annonce du renoncement au 49.3, "nous nous dirigeons tout droit vers la censure" si "la donne ne change pas", a martelé samedi le premier secrétaire Olivier Faure.
En parallèle, la France insoumise promet déjà une motion de censure dans la semaine. Comme les Ecologistes de Marine Tondelier, qui a répété dimanche ne pas voir "d'autre chemin que la censure" et envisage de déposer un texte "unitaire" pour tenter de renverser M. Lecornu.
Z.AbuSaud--SF-PST