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Dette: Fitch sanctionne la France pour ses incertitudes budgétaires
L'agence de notation Fitch a abaissé vendredi soir la note souveraine de la France, à A+, sanctionnant le pays pour son instabilité politique persistante et les incertitudes budgétaires qui contrarient l'assainissement de ses comptes publics très dégradés.
Ouvrant le bal des revues d'automne des agences de notation, Fitch dresse un constat sévère de la situation des finances publiques dans la deuxième économie de la zone euro, quatre jours après la chute du gouvernement Bayrou et la désignation d'un nouveau Premier ministre, le troisième en un an.
Pointant la "fragmentation et la polarisation croissante" de la politique, Fitch estime dans un communiqué que "cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mettre en oeuvre une consolidation budgétaire d'ampleur".
Elle juge improbable de ramener le déficit public sous 3% du PIB en 2029 comme l'ambitionnait le gouvernement sortant pour remettre la France dans les clous européens.
Le ministre sortant de l'Economie, Eric Lombard, a dit prendre "acte" de la décision de l'agence.
Pour François Bayrou, qui a dénoncé à l'envi la colossale dette française, "un pays que ses +élites+ conduisent à refuser la vérité est condamné à en payer le prix".
A l'opposé, Eric Coquerel, président LFI de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, voit dans cette dégradation le résultat de "deux mois (d')un discours catastrophiste sur la situation financière du pays".
Nommé mardi à Matignon, Sébastien Lecornu est engagé dans une course contre la montre pour présenter dans les temps un budget 2026 qui puisse échapper à la censure des oppositions, notamment celle du PS qui réclame de revenir sur la réforme des retraites et de mettre en place une taxe Zucman sur les plus hauts patrimoines.
Il a également commencé à consulter les partenaires sociaux, dans un climat social tendu qui se traduira par une journée intersyndicale de mobilisation le 18 septembre.
Mais pour Fitch, les discussions sur le budget 2026 devraient réduire l'ampleur de l'effort budgétaire, voulu à 44 milliards d'euros par François Bayrou. De quoi compromettre l'objectif d'un déficit projeté à 4,6% l'an prochain: l'agence de notation le voit rester supérieur à 5% en 2026 et 2027.
- Blocage -
La France bénéficiait jusqu'ici d'une note d'un cran supérieur, AA-, avec une perspective négative qui ouvrait la porte à son abaissement. La nouvelle notation est assortie d'une perspective stable.
Les finances publiques françaises sont parmi les plus détériorées de la zone euro: la dette atteignait 113,9% du PIB fin mars (soit 3.345,4 milliards d'euros) et le déficit était espéré à 5,4% du PIB en 2025 par le gouvernement Bayrou. Bien que la croissance pourrait atteindre 0,8%, l'économie souffre d'un manque de confiance généralisé, selon l'institut statistique (Insee).
Selon Fitch, l'endettement de la France continuerait de gonfler jusqu'à 121% du PIB en 2027, "sans horizon clair de stabilisation" après cette année d'élection présidentielle, avec toujours le risque d'un blocage politique.
A l'inverse, Fitch a salué le désendettement du Portugal et l'agence S&P Global le dynamisme économique de l'Espagne, naguère mauvais élèves européens, en relevant leur note.
- "Un train de retard" -
La dégradation de la note, qui mesure la capacité de la France à rembourser sa dette, marque un tournant pour le pays, même si elle devrait entraîner peu de conséquences immédiates pour Paris.
Lui attribuant l'équivalent d'un 16/20, Fitch la fait en effet basculer dans la catégorie inférieure, de qualité "moyenne supérieure", contre "bonne ou haute" jusqu'ici, ce qui pourrait conduire des investisseurs à vendre leurs titres de dette pour des placements moins risqués et entraîner des hausses de taux.
Cela alourdirait encore plus les intérêts payés par la France pour rembourser sa dette, estimés à environ 55 milliards d'euros en 2025, alors que depuis la dissolution en juin 2024, la dette française se négocie déjà à un taux bien plus coûteux que la dette allemande, dépassant même l'espace d'une journée, mardi, celui de l'Italie.
Mais "ce qui compte réellement, c'est la trajectoire des finances publiques et la capacité de l'Etat à tenir ses engagements", souligne Lucile Bembaron, économiste chez Asterès: "les marchés ont déjà tiré leurs conclusions, là où les notations semblent avoir un train de retard".
Cet abaissement, le deuxième par Fitch depuis avril 2023, peut laisser préfigurer d'un mouvement similaire par les deux autres grandes agences mondiales de notation, Moody's le 24 octobre et S&P le 28 novembre.
A.AlHaj--SF-PST