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En Iran, les pannes d'électricité étouffent des commerces de proximité
Dans le nord huppé de Téhéran, Saïd se lamente dans le noir de l'absence de clients dans sa pizzeria: les coupures de courant récurrentes imposées par le gouvernement sont pour son commerce un casse-tête, qui s'ajoute à la flambée des prix de l'alimentaire.
"Parfois, les coupures surviennent en plein service du déjeuner. Et c'est nous, restaurateurs, qui en souffrons le plus", déplore auprès de l'AFP ce chef d'entreprise de 48 ans, qui préfère taire son nom. La plupart des personnes rencontrées n'ont pas souhaité s'identifier.
A ces difficultés s'ajoute un possible retour des sanctions internationales contre l'Iran, après que les pays européens ont menacé de les rétablir sur fond de crise autour du programme nucléaire. La monnaie iranienne, le rial, est en chute libre face au dollar, aggravant une hyperinflation chronique.
Pour tenir, Saïd tente de réduire ses coûts, quitte à rogner sur le personnel ou à couper l'éclairage de son établissement.
L'Iran est régulièrement confronté à des épisodes de sécheresse et les étés y sont souvent chauds, augmentant mécaniquement la consommation de courant pour alimenter les climatisations.
Vendredi, la consommation électrique a atteint 73.500 mégawatts, selon la télévision d'Etat, proche du record absolu de 79.000 mégawatts en 2024.
Problème: les centrales manquent de carburant pour tourner et les autorités sont contraintes de rationaliser l'électricité.
Pour éviter la saturation du réseau souvent vétuste, le courant est coupé pour au moins deux heures par jour plusieurs fois dans la semaine et en alternance dans le pays.
Et sans électricité pas d'internet, ce qui prive également Saïd d'une partie de sa clientèle en ligne.
- Production à l'arrêt -
"Les commandes chutent brutalement. Il arrive même qu'un client passe commande sans que nous le voyons, faute de connexion", regrette désarmé le commerçant.
Les petites entreprises totalement dépendantes de l'électricité —- bouchers, boulangers, pâtissiers, glaciers ou épiceries qui ne peuvent se payer un générateur -- subissent de lourdes pertes en raison de la détérioration de leurs produits en pleine canicule.
Dans un quartier animé du centre de Téhéran, un pâtissier montre à l'AFP une rangée de réfrigérateurs vides ou à moitié remplis. Une coupure de courant a brutalement interrompu sa production.
"On peut conserver les pâtisseries sèches au réfrigérateur pendant deux heures", explique-t-il à l'AFP à condition de préserver son anonymat.
"Mais celles moelleuses, en particulier au chocolat, ramollissent passé ce délai, et finissent par rester invendues", déplore le commerçant aux cheveux grisonnants qui dénonce par ailleurs l'irrégularité des coupures de courant.
"Parfois, on nous annonce une coupure à 11 heures mais elle survient deux heures plus tôt au moment où nous sommes en pleine confection de confiseries".
La pâte s'abîme et les ouvriers se retrouvent en chômage technique pendant deux heures.
Le propriétaire d'un petit restaurant, assis dehors, attend lui désespérément des clients.
L'intérieur de son établissement est étouffant, faute de climatisation paralysée par une coupure.
- Pénuries d'eau -
"Quand l'électricité est coupée en pleine canicule, nous perdons la majorité de nos clients", confie-t-il.
Des images de commerçants contraints de jeter leurs gâteaux ou leur pâte à pain avariés à cause des coupures d'électricité ont été largement partagées sur les réseaux sociaux.
Hossein Hajabassi, un boucher, dit à l'AFP devoir faire de même avec ses produits périssables.
"Les blancs (de poulet) et les filets mais aussi le foie (d'agneau), très cher, s'abîment rapidement" s'ils ne sont pas au frais, souligne cet homme âgé d'une soixantaine d'années.
"Parfois, je rapporte la viande à la maison pour ne pas la gâcher", ajoute-t-il.
D'autant que les prix du boeuf et de l'agneau ont augmenté en une semaine, selon lui, de 2.000.000 de rials (plus de deux euros au taux informel, un montant important en Iran).
Faute de courant, de nombreuses zones industrielles autour de Téhéran sont contraintes au chômage technique deux jours par semaine, selon les médias locaux.
Cette année, la capitale traverse l'un des étés les plus chauds de son histoire, avec des températures avoisinant régulièrement 40°C. Dans le sud du pays, elles dépassent localement 50°C.
Le gouvernement ordonne régulièrement la fermeture des banques et des administrations pour économiser l'énergie mais également l'eau, au moment où les réservoirs sont mis à rude épreuve avec des niveaux anormalement bas.
J.AbuShaban--SF-PST