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Ukraine : Severodonetsk "entièrement occupée" par les Russes, "combats de rue" dans une ville voisine
La ville stratégique de Severodonetsk dans l'est de l'Ukraine, théâtre ces dernières semaines d'une féroce bataille, est "entièrement" tombée samedi aux mains des forces russes et prorusses, qui sont en outre entrées dans celle voisine de Lyssytchansk, où des "combats de rue" avaient lieu, à l'entame du cinquième mois de conflit.
Kiev a par ailleurs accusé Moscou de vouloir "attirer" le Bélarus "dans la guerre" après le tir, selon l'armée ukrainienne, de vingt missiles à partir de ce pays, ainsi que d'avions, sur un important centre militaire ukrainien, à Desna, dans le nord, samedi vers 05H00 heure locale (02H00 GMT).
Ce village de la région frontalière de Tcherniguiv, où aucune victime n'a cette fois été à déplorer, avait déjà été la cible, le 17 mai, de frappes qui, selon le chef de l'Etat ukrainien Volodymyr Zelensky, avaient alors fait 87 morts.
Joe Biden est quant à lui parti samedi pour l'Europe, où il entend encore consolider, et sur la durée, les rangs des Occidentaux face à la Russie.
Le président américain doit d'abord participer, dimanche, à un sommet du G7 dans le sud de l'Allemagne, où l'aide à l'Ukraine sera évoquée, puis, à compter de mardi à Madrid, à un autre de l'Otan.
- Avancées majeures de l'armée russe -
Dans l'est de l'Ukraine, l'armée russe enregistrait samedi des avancées majeures.
Severodonetsk est "entièrement occupée par les Russes", a ainsi reconnu en fin d'après-midi à la télévision son maire Oleksandre Striouk, au lendemain de l'annonce par l'armée ukrainienne de son retrait de cette cité d'environ 100.000 habitants avant la guerre pour mieux défendre la localité de Lyssytchansk, située sur la rive opposée d'une rivière, la Donets.
Les séparatistes ont parallèlement déclaré avoir "pris le contrôle total de la zone industrielle de l'usine Azot" à Severodonetsk et être entrés avec les militaires russes à Lyssytchansk.
"Des combats de rue s'y déroulent actuellement", ont-ils ajouté, sans qu'une confirmation indépendante puisse être obtenue dans l'immédiat.
Une progression sur le terrain cruciale pour la Russie qui veut conquérir l'intégralité du bassin industriel du Donbass déjà partiellement aux mains des séparatistes prorusses depuis 2014.
L'armée russe a pour sa part a dit avoir tué "jusqu'à 80 mercenaires polonais" dans un bombardement, détruisant aussi 20 véhicules blindés et huit lance-roquettes multiples Grad dans des tirs d'armes de haute précision sur l'usine de zinc Megatex à Konstantinovka, dans la région orientale de Donetsk.
Cette information n'était pas non plus vérifiable, tandis que Moscou assure fréquemment "éliminer des mercenaires" étrangers allés combattre en Ukraine.
A Kharkiv (nord-est), la deuxième plus grande métropole d'Ukraine, qui résiste à la pression des troupes russes depuis le début de l'offensive, les missiles s'abattent à nouveau quotidiennement sur le centre-ville.
Dans la nuit de vendredi à samedi, l'un d'eux a touché un bâtiment administratif proche de l'hôtel où résidait une équipe de l'AFP et un incendie a été provoqué , selon les services de secours ukrainiens. L'immeuble avait déjà été bombardé auparavant. "Les Russes finissent ce qu’ils ont commencé", a commenté samedi pour l'AFP un militaire sur place qui n'a pas décliné son identité.
Dans le sud, le ministère russe de la Défense a déclaré samedi que "plus de 300 militaires ukrainiens et mercenaires étrangers et 35 unités d'armes lourdes" avaient été "liquidés en une journée dans la région de Mykolaïv".
- Des unité "épuisées" -
Dans le même temps, Kiev a fustigé la condamnation par Moscou du feu vert donné jeudi par l'UE à la candidature de l'Ukraine.
"Cela ne fait que montrer la faiblesse de la Russie", a tweeté le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba.
Vendredi, Moscou avait dénoncé un "accaparement géopolitique" de l'espace de la Communauté des Etats Indépendants (CEI rassemblant plusieurs pays de l'ex-URSS) pour "contenir la Russie", assurant que "cette approche agressive de l'Union européenne a le potentiel de créer de nouveaux schismes et de nouvelles crises bien plus profondes en Europe".
Les bombardements massifs dans l'est ont fini par faire céder les soldats ukrainiens, mais sans nécessairement changer fondamentalement la donne sur le terrain, selon des experts.
"Les unités ukrainiennes sont épuisées, exsangues. Elles ont eu des pertes terribles avec des bataillons complètement neutralisés", explique ainsi un officier français de haut rang sous couvert de l'anonymat, évoquant des unités de 300 ou 400 hommes dont il n'est resté qu'une vingtaine de valides.
Mais pour autant, "la vision globale - une guerre lente de positions retranchées - n'a guère changé", assure à l'AFP Ivan Klyszcz, chercheur à l'université estonienne de Tartu. "Le retrait était probablement prévu auparavant et peut être considéré comme tactique", analyse-t-il, soulignant que la résistance ukrainienne a permis à Kiev de consolider ses arrières.
Les forces ukrainiennes "sont en train d'opérer un retrait professionnel et tactique afin de consolider des positions qu'elles seront mieux à même de défendre", a également jugé une responsable au Pentagone, sous couvert d'anonymat.
"J'ai souligné la nécessité d'atteindre la parité de feu avec l'ennemi, ce qui nous permettra de stabiliser la situation dans la région la plus menacée de Lougansk" où se trouve Severodonetsk et désormais presque totalement conquise par les Russes, a à cet égard déclaré le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Valeriï Zaloujniï, rendant compte sur sa page Facebook d'un entretien téléphonique avec son homologue américain, le général Mark Milley.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a quant à lui estimé samedi qu'aucun progrès n'avait été enregistré à propos de la volonté de la Suède de rejoindre l'Otan, à l'issue d'une conversation téléphonique avec la Première ministre suédoise Magdalena Andersson.
La Suède et la Finlande ont demandé à adhérer à l'Alliance atlantique, dans la foulée de l'invasion russe de l'Ukraine, mais se sont heurtées au blocage de la Turquie.
burx/lch/rbj/bds/thm
H.Nasr--SF-PST