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Matignon: toujours pas de fumée blanche, Xavier Bertrand revient dans la course
A chaque jour son rebondissement: après les pistes Bernard Cazeneuve, puis Thierry Beaudet, Emmanuel Macron testait de nouveau mardi l'option Xavier Bertrand pour Matignon, toujours à la recherche d'un Premier ministre capable d'éviter la censure à l'Assemblée nationale.
Le chef de l'Etat a échangé mardi matin avec les leaders de la droite Gérard Larcher, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, qui ont assuré qu'ils ne s'opposeraient pas à une nomination du président Les Républicains (LR) de la région Hauts-de-France à Matignon.
A deux conditions toutefois: que M. Macron "fasse un tour de piste pour s'assurer que (cette) nomination n'ait pas une majorité de censure contre elle" et qu'il "reprenne le pacte législatif présenté par LR", ont indiqué des sources au sein du parti.
Du côté de l'Elysée, on confirme ces entretiens en ajoutant que le président de la République continue "à tester les hypothèses Xavier Bertrand et Bernard Cazeneuve", après les avoir reçus lundi à tour de rôle, mais aussi que de nouveaux échanges avec "les autres groupes politiques et partis" sont prévus dans la journée.
L'espoir d'un dénouement semblait donc s'éloigner encore un peu, alors que la crise politique dure depuis bientôt deux mois.
Après avoir balayé le 26 août l'option Lucie Castets, candidate proposée par le Nouveau Front populaire (NFP), puis vu s'éloigner la perspective de rallier les Républicains dans une coalition, le choix s'est resserré sur MM. Cazeneuve et Bertrand, deux personnalités politiques expérimentées, l'un venu de la gauche, l'autre de la droite.
- Beaudet s'éloigne -
Mais c'est un troisième nom, plus inattendu car inconnu du grand public, qui a émergé lundi comme possible Premier ministre: celui de Thierry Beaudet, le président du Conseil économique, social et environnemental (Cese), un profil issu de la société civile, avec une sensibilité plutôt orientée à gauche.
Reçu jeudi et dimanche à l'Elysée, cet instituteur de formation, qui a fait sa carrière dans le secteur mutualiste et qui a supervisé la Convention citoyenne sur la fin de vie a d'abord fait figure d'"option très sérieuse", avant que "l'hypothèse semble s'éloigner", selon un proche de M. Macron.
Il faut dire que l'idée, accueillie avec une certaine bienveillance par les partenaires sociaux, a suscité beaucoup moins d'enthousiasme au sein de la classe politique.
Aussi bien à gauche où la socialiste Carole Delga a observé que l'intéressé n'a "jamais gouverné", qu'au Rassemblement national où Sébastien Chenu n'y voyait qu'un "outil dans les mains d'Emmanuel Macron pour contourner le choix des Français".
Dans le camp présidentiel également, un cadre macroniste s'interrogeait sur la capacité de Thierry Beaudet à "aller dans la fosse aux lions à l'Assemblée".
Un gouvernement technique n'est en effet pas assuré de recueillir l'assentiment des députés, souligne Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l'université Paris-2, car il faudrait "que tous les groupes politiques puissent reconnaître qu'il n'y a pas d'autres alternatives".
- le temps presse -
Or plusieurs camps continuent de revendiquer Matignon. A commencer par le NFP qui persiste à soutenir Mme Castets en dépit de son incapacité à élargir son socle de 193 députés, loin de la majorité absolue de 289 voix.
Mais c'est bien à droite que les positions évoluaient mardi matin.
L'ancien chef des députés LR, Olivier Marleix, a ainsi plaidé sur LCI pour la "nomination d'un Premier ministre de droite capable de travailler avec tout le monde". Dans la foulée de l'ex-président Nicolas Sarkozy, toujours très influent dans son camp, qui a appelé en fin de semaine dernière sa famille politique à oeuvrer pour "faire nommer un Premier ministre de droite".
Manière de mettre la pression sur Laurent Wauquiez, le leader de LR, qui refusait jusqu'à présent toute coalition ou participation à un gouvernement. Ses 47 députés du groupe Droite républicaine, en s'alliant aux 166 du camp macroniste, n'auraient cependant qu'une majorité relative de 213 voix.
Un éventuel gouvernement Bertrand serait donc à la merci d'une censure conjointe de la gauche et du RN, dirigée par son ennemie locale Marine Le Pen, qu'il se vante souvent d'avoir battue deux fois aux élections régionales dans les Hauts-de-France.
Autant de paramètres qui compliquent le choix d'un nouveau chef de gouvernement, alors que Gabriel Attal et son équipe démissionnaire expédient les affaires courantes depuis sept semaines. Le temps presse pourtant: le budget 2025 doit être déposé au Parlement le 1er octobre au plus tard. Et le ministère des Finances vient d'annoncer un nouveau dérapage du déficit, attendu à 5,6% du PIB cette année sans nouvelles mesures d'économies.
V.AbuAwwad--SF-PST