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Washington lance les discussions sur un cessez-le-feu au Soudan, sans l'armée
Les Etats-Unis ont lancé mercredi en Suisse des discussions sur un cessez-le-feu au Soudan malgré l'absence de l'armée soudanaise, qui consteste le format de ces pourparlers.
La guerre au Soudan oppose depuis avril 2023 l'armée, menée par le général Abdel Fattah al-Burhan, aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) de son ex-adjoint, le général Mohammed Hamdane Daglo, un conflit qui a plongé le pays au bord de la famine.
"Il est grand temps de faire taire les armes!" a affirmé l'envoyé spécial américain pour le Soudan, Tom Perriello, sur le réseau social X, après l'ouverture de la réunion, qui se tient dans un lieu secret pour des raisons de sécurité.
Un appel repris en coeur par la centaine de Soudanais qui manifestaient devant l'ONU à Genève, à l'image d'Amani Maghoub, venue de Londres: "La situation est tellement grave que nous voulons que la guerre s'arrête tout de suite. Nous voulons que les militaires participent aux négociations, nous voulons la paix, nous voulons la justice", a-t-elle dit à l'AFP.
"Cela doit cesser, le peuple soudanais a assez souffert", a lancé Lina Rasheed, qui a co-organisé la manifestation.
De précédents cycles de négociations à Jeddah, en Arabie saoudite, ont échoué, et fin juillet, Washington a invité l'armée et les paramilitaires à participer à des pourparlers de cessez-le-feu en Suisse.
Les discussions visent aussi à élargir l'accès humanitaire et mettre en place un mécanisme de contrôle et de vérification pour garantir la mise en oeuvre de tout accord.
Les paramilitaires ont accepté l'invitation, mais le Soudan, de facto dirigé par le commandant de l'armée, a exprimé il y a quelques jours son désaccord sur le format des pourparlers, boudant la table des négociations.
Pourtant, "nous pouvons en faire plus ensemble si les FAS (forces armées soudanaises, NDLR) envoient une délégation", avait lancé M. Perriello, sur X, avant la réunion.
- "illusion" -
Washington a souhaité que ces discussions, qui doivent durer au maximum 10 jours et sont coparrainées par l'Arabie saoudite et la Suisse, incluent l'Union africaine, l'Egypte, les Emirats arabes unis et l'ONU en tant qu'observateurs.
Le gouvernement soudanais conteste la présence des Emirats arabes unis. Les Etats-Unis estiment au contraire que les Emirats arabes unies pourraient, avec l'Egypte, être "garants" d'un éventuel accord.
"Les États-Unis ont tenté de créer l'illusion d'un moment d'élan pour forcer les FAS à coopérer (...). Mais il s'agissait d'un bluff et les forces armées soudanaises l'ont percé à jour car elles savent que la communauté internationale est divisée", affirme Cameron Hudson, du Centre d'études stratégiques et internationales à Washington.
"Le seul moyen de les amener à discuter est la force brutale: soit le risque de perdre la guerre sur le champ de bataille, soit le risque d'un véritable isolement diplomatique et le risque d'une véritable dévastation économique" mais "aucune de ces pressions n'existe actuellement", a-t-il indiqué à l'AFP.
- Dernier hôpital d'el-Facher touché -
La guerre a déjà fait des dizaines de milliers de morts et provoqué une crise humanitaire majeure, selon les Nations unies, qui tout comme les ONG et le Comité international de la Croix-Rouge dénoncent les obstacles à l'action humanitaire.
Un accès sûr et sans entrave "ne devrait pas dépendre d'une cessation des hostilités ou d'une résolution du conflit", a fait valoir Vittorio Oppizzi, responsable du programme Médecins sans frontières (MSF) pour le Soudan, lors d'un point de presse.
Début août, un organisme soutenu par l'ONU a affirmé que la guerre avait plongé le camp de Zamzam, près de la ville assiégée d'el-Facher, capitale du Nord-Darfour, dans la famine. Depuis début mai, de violents combats se déroulent à el-Facher, seule capitale des cinq Etats du Darfour à ne pas être aux mains des FSR, qui l'assiègent.
Emergency Lawyers, groupe d'avocats soudanais documentant les atrocités commises depuis le début de la guerre, a signalé "une augmentation des tirs d'artillerie aveugles menés par les FSR sur des zones civiles" cette semaine, en particulier à el-Facher et Omdurman, où ils signalent des frappes sur une école, un bus transportant des civils et un hôpital.
Selon un communiqué de MSF, depuis le 10 août, au moins 15 personnes ont été tuées et plus de 130 blessées à el-Facher.
Une autre attaque a eu lieu le 11 août contre l'hôpital saoudien soutenu par MSF, le dernier hôpital public de la ville capable de soigner les blessés, "causant d'importants dégâts et ne laissant l'établissement que partiellement opérationnel".
T.Khatib--SF-PST