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En Moldavie, le souvenir vivace de la sécession de la Transdniestrie
Chrysanthèmes à la main, décorations militaires sur la poitrine, des dizaines de vétérans moldaves se souviennent de la guerre de sécession de la Transdniestrie.
Organisée samedi dans la capitale Chisinau, la commémoration a pris cette année une résonance particulière, après l'appel à Moscou lancé par la région séparatiste.
Au pied du monument dédié aux "héros" morts, Boris Gavriluta, 56 ans, "ne veut pas d'un nouveau conflit", dit-il à l'AFP.
La demande mercredi par les autorités de la région séparatiste de Transdniestrie de "mesures de protection" du Kremlin ont ravivé les craintes d'une déstabilisation de la Moldavie, ex-République soviétique située entre l'Ukraine et la Roumanie.
Présente à la cérémonie, la présidente pro-européenne Maia Sandu a fustigé les forces qui, trois décennies après, "continuent à vouloir semer la méfiance et la discorde dans notre pays".
"Je le dis haut et fort: elles n'y parviendront pas, ni aujourd'hui, ni demain", a-t-elle insisté, s'engageant "à ne jamais permettre que cette tragédie se répète".
- Conflit gelé -
Le 2 mars 1992, les séparatistes et les autorités de Chinisau entraient en guerre, mobilisant quelque 30.000 hommes.
D'à peine 200 kilomètres de long, de rarement plus de 20 km de large, la Transdniestrie avait unilatéralement proclamé son indépendance en 1990, de peur d'une "roumanisation" de la Moldavie, qui cherchait alors à sortir de l'orbite soviétique.
Boris Gavriluta avait été affecté comme médecin à l'un des bataillons. "Nous étions jeunes et beaux. Nous sommes toujours beaux", sourit-il, mais "nous avons laissé sur le champ de bataille l'insouciance de notre jeunesse".
Le conflit armé s'achèvera en juillet 1992, se soldant par plusieurs centaines de morts et l'intervention de l'armée russe.
Il est depuis gelé et des négociations se poursuivent pour parvenir à un règlement.
Majoritairement russophone, la région de quelque 465.000 habitants n'est pas reconnue en tant qu'Etat par la communauté internationale. Y compris par la Russie qui la considère néanmoins comme une tête de pont non loin des frontières de l'Union européenne et y maintient quelque 1.500 militaires.
- Rêves d'UE -
"A l'époque, la guerre intervenait dans le contexte de l'effondrement de l'URSS. Désormais nous sommes dans le domaine de la guerre hybride", rappelle l'historien roumain Armand Gosu, spécialiste de l'espace post-soviétique.
Si la Russie ne compte pas envahir la Moldavie de l'avis des experts - du moins à l'heure actuelle -, "il serait naïf d'enterrer le sujet", prévient-il. "Moscou garde un oeil sur la Moldavie" et va certainement intensifier sa "propagande" avant les élections présidentielles de l'automne 2024 et législatives l'an prochain.
Objectif: "ne pas laisser la Moldavie se rapprocher de l'UE", alors que les Vingt-Sept ont accepté en décembre de démarrer des négociations formelles d'adhésion. "Déstabilisons-la un peu, voilà l'idée", résume le professeur d'université.
Ion Baiesu, un autre vétéran, a lui déposé des fleurs au monument aux morts de sa ville de Varnita, non loin de la Transdniestrie. Il s'y rend d'ailleurs régulièrement pour s'occuper de l'appartement de sa fille, partie à l'étranger comme de nombreux Moldaves.
Il évoque "une population complètement intoxiquée" par le discours du Kremlin mais croit que les perspectives économiques offertes par le marché unique européen peuvent finir par vaincre les résistances.
"Je prie Dieu de vivre assez longtemps pour voir" un jour la Moldavie rejoindre l'UE, ajoute le retraité de 74 ans, béret et large sourire dévoilant une rangée de dents dorées.
Lui non plus ne croit pas à une invasion russe mais mais s'il le faut, il se battra pour sa patrie. "Aussi longtemps que je pourrai tenir un fusil", lance-t-il.
R.Halabi--SF-PST