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Inquiètes, les familles de détenus chrétiens chinois se raccrochent à la foi
Huanle, quatre ans, confie dans une prière que sa maman lui manque depuis que les autorités chinoises l'ont fait arrêter lors d'une opération contre leur Eglise chrétienne fin 2025.
La mère de la petite fille, Wang Cong, est pasteure au sein de l'Eglise de Sion. Cet important groupe évangélique protestant, comme d'autres, est considéré comme illégal par les autorités parce que non affilié aux organisations religieuses officielles.
Les autorités ont interpellé Mme Wang, 43 ans, en octobre l'an dernier en même temps qu'une vingtaine de fidèles de l'Eglise de Sion, dont un certain nombre sont toujours détenus. Une opération parmi d'autres récentes du même genre.
"Mon enfant a tout vu, elle pleurait", relate Ren Zhong, père de Huanle et mari de Mme Wang.
Il raconte comment sept agents non identifiés ont fait irruption en pleine nuit dans leur maison de Pékin et l'ont maintenu de force sur une chaise. La fillette "était dans les bras de sa mère, et ils l'en ont arrachée".
Depuis, aucun membre de la famille n'a pu parler directement à Mme Wang.
La Constitution chinoise garantit la liberté de religion. Cependant, le Parti communiste au pouvoir, qui exige de ses membres qu'ils soient athées, a toujours considéré avec méfiance les religions organisées. Il reconnaît le protestantisme et le catholicisme parmi les religions officielles, mais les organisations pratiquantes doivent s'enregistrer auprès du gouvernement. De nombreux chrétiens voient là une ingérence inacceptable.
- Plaidoyer de Trump -
La surveillance de ces nombreux groupes s'est renforcée depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping, même si la loi est appliquée avec une vigueur variable. L'Eglise de Sion a été contrainte de fermer ses portes en 2018. Mais elle est restée active en ligne et a connu un essor considérable pendant la pandémie de Covid-19.
Le fondateur de l'Eglise, Ezra Jin, a lui-même été arrêté au cours de la même opération en octobre. Il a été relâché en juillet et mis dans un avion pour les Etats-Unis. Le président américain Donald Trump avait plaidé sa cause auprès de son homologue Xi Jinping à Pékin en mai.
Mme Wang et sept autres n'ont pas eu cette chance. Ils doivent être jugés à Beihai (sud), là où vivait Ezra Jin. Ils doivent répondre de fraude et d'exercice illégal d'une activité commerciale, des chefs d'accusation que les familles contestent. Ils risquent dix ans de prison.
Quand le mari de Mme Wang a appris la libération d'Ezra Jin, "après la joie est venue l'inquiétude, l'inquiétude pour ma femme, parce qu'elle est toujours enfermée et qu'elle souffre", dit M. Ren, 36 ans.
Les autorités "traitent les affaires religieuses conformément à la loi", a dit le ministère des Affaires étrangères après les arrestations.
Espérant voir sa femme rapidement relâchée à la suite d'Ezra Jin, M. Ren est venu vivre temporairement à Beihai.
Mais deux semaines seulement après la sortie d'Ezra Jin, les autorités chinoises ont inculpé Mme Wang et les autres fidèles. Un procès était prévu mi-août mais a été reporté à une date inconnue.
- "Une peine immense" -
Gao Guangjun, père d'un autre pasteur détenu, Gao Yingjia, est lui aussi venu s'installer provisoirement à Beihai. Pourquoi Ezra Jin est-il libre, et pas les autres ? "On a un peu de mal à comprendre", se désole l'homme de 76 ans.
Le bureau de la sécurité publique de Beihai et les centres de détention locaux ont décliné les sollicitations de l'AFP.
Les autorités considèrent que Mme Wang s'est livrée à des activités frauduleuses en collectant des dons pour l'Eglise alors que celle-ci n'est pas homologuée, indiquent des documents légaux cités par son mari. Elles chiffrent les sommes collectées entre 2019 et 2025 par la seule Mme Wang à 660.000 yuan (84.600 euros).
De tels dons, qui servent aussi à rémunérer les pasteurs, font partie des pratiques des églises du monde entier et sont conformes aux enseignements religieux, objecte M. Ren, lui-même prédicateur, converti il y a plus de dix ans.
Les imputer à son épouse, "c'est un déni de la foi chrétienne tout entière".
De son côté, Ezra Jin, 57 ans, a retrouvé sa famille aux Etats-Unis, où elle s'était installée en 2018 quand l'Eglise s'était retrouvée dans le collimateur. Dans la maison familiale du Maryland (est), il se dit "heureux" d'avoir retrouvé les siens, mais éprouve "une peine immense" pour les détenus.
"Ils paient le prix de convictions supérieures".
- Peurs nocturnes -
M. Ren a quitté son travail à temps plein en mai et partage ses journées entre sa fille et la défense de sa femme.
Dans son appartement, une Bible repose sur la table de la cuisine. Huanle danse sans musique, l'air insouciant.
Son père raconte qu'elle refuse parfois de dormir la nuit et lui dit avoir peur.
Elle "change de jour en jour, et elle (sa mère) manque tout ça", regrette-t-il, au bord des larmes.
Il garde cependant confiance concernant sa femme et ses co-accusés: "Je sais que Dieu n'a pas oublié ces huit personnes".
M. Gao, chrétien lui aussi, espère la libération de son fils. Mais "ce sont les dirigeants qui décident. Les citoyens ordinaires n'ont aucune influence".
N.AbuHussein--SF-PST