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Les Iraniens aux urnes, victoire attendue des conservateurs
Les opérations de vote ont été prolongées vendredi en Iran pour les élections législatives, dont le principal enjeu est le taux de participation car les conservateurs sont assurés de conserver une large majorité.
Ce scrutin national est considéré comme un test pour le pouvoir car il est le premier depuis le vaste mouvement de contestation ayant secoué le pays à la suite de la mort en septembre 2022 de la jeune Mahsa Amini, peu après son arrestation par la police pour non-respect du strict code vestimentaire du pays.
Outre le Parlement, les 61 millions d'électeurs sur les 85 millions d'habitants sont appelés à renouveler l'Assemblée des experts, chargée de désigner le guide suprême, la plus haute autorité de la République islamique.
En milieu d'après-midi, les autorités se sont félicitées de "la bonne" participation dans les 59.000 bureaux de vote, souvent installés dans des écoles et des mosquées.
Elle est "plus élevée" que lors des précédentes élections de 2020, qui s'étaient tenues lors de la crise du Covid, a indiqué Hadi Tahan Nazif, le porte-parole du Conseil des gardiens, chargé de l'organisation du scrutin.
Il y a quatre ans, seuls 42,57% des électeurs s'étaient déplacés, soit le taux le plus faible depuis la proclamation de la République islamique en 1979, selon les chiffres officiels.
Le scrutin, qui devait être initialement clos à 18H00, a été prolongé une première fois jusqu'à 20H00 puis à 22H00 (18H30 GMT) "en raison de vaste participation de la nation", a annoncé le ministère de l'Intérieur.
Les résultats des législatives, auxquelles participent un nombre record de 15.200 candidats, sont attendus dimanche, et la nouvelle assemblée se réunira en mai.
L'un des premiers à voter, le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a exhorté les Iraniens à participer à ces "élections fortes et ferventes" car "il est important de montrer au monde que la nation est mobilisée".
La télévision d'Etat a ensuite montré des images de bureaux de vote où femmes et hommes faisaient calmement la queue, séparément, pour s'approcher des urnes avant de ressortir, un doigt encré de bleu pour preuve de leur vote. Les forces de sécurité ont été déployées en nombre dans le centre de Téhéran, a constaté un journaliste de l'AFP.
- "Mécontents" -
Dans un bureau de vote du sud de la capitale, Mme Moradiani, une institutrice de 35 ans, a expliqué à l'AFP avoir voté car "le guide suprême a dit que participer était une obligation pour tout le monde. Comme celle de prier".
Mais pour Hashem, un artiste de 32 ans du Kouzestan (sud-ouest), "beaucoup de gens ne votent pas car ils sont mécontents de la situation politique et économique", avec "des prix qui augmentent tous les jours" en raison d'un taux d'inflation proche de 50%.
"Imaginons que je vote, à quoi cela servirait-il? Les élus ne respectent pas leurs promesses", a dénoncé Hanna, une étudiante de 21 ans, qui boycotte le scrutin au Kurdistan (ouest).
L'enjeu de la participation est d'autant plus crucial pour le pouvoir qu'il le présente comme une preuve de sa légitimité sur la scène internationale sur fond de fortes tensions géopolitiques.
"Les ennemis de l'Iran veulent voir si le peuple est présent" car, dans le cas contraire, "ils menaceront votre sécurité d'une façon ou d'une autre", a prévenu l'ayatollah Khamenei.
Selon lui, "les Etats-Unis, une majorité de pays européens, les sionistes malveillants, les capitalistes et les grandes entreprises" ont "peur de la puissance du peuple iranien".
Les Etats-Unis ont déclaré jeudi "ne pas s'attendre" à ce que les élections iraniennes soient "libres et équitables".
- Les conservateurs en force -
Aucun bouleversement des équilibres politiques au sein de la chambre du Parlement (Majlis) n'est attendu, selon des experts.
Le camp majoritaire, composé de groupes conservateurs et ultraconservateurs parfois rivaux, va continuer à la dominer très largement, comme il le fait dans le Parlement sortant dont il contrôle plus de 230 des 290 sièges.
Les formations centristes, réformatrices et modérées ont été marginalisées depuis le scrutin de 2020 et ne peuvent espérer qu'une poignée d'élus après la disqualification d'un nombre important de leurs candidats.
Les conservateurs vont également renforcer leur contrôle de l'Assemblée des experts, un collège de 88 religieux chargé de nommer et éventuellement de démettre le guide suprême.
Un total de 144 candidats sont en lice mais des personnalités notables ont été disqualifiées, au premier rang desquelles l'ancien président modéré, Hassan Rohani (2013-2021).
G.AbuHamad--SF-PST