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Washington "profondément déçu" de la visite du président syrien aux Emirats
Washington s'est dit samedi "profondément déçu et troublé" par la visite du président syrien la veille aux Emirats arabes unis, la première dans un pays arabe depuis le début en 2011 du conflit qui a ravagé son pays.
Au ban du monde arabe depuis une décennie, le président Bachar al-Assad semble ainsi avoir fait un pas de plus vers une normalisation des relations entre Damas et certains pays de la région parmi lesquels les Emirats, alliés des Etats-Unis dans le Golfe.
"Nous sommes profondément déçus et troublés par cette tentative manifeste de légitimer Bachar al-Assad", a déclaré dans un communiqué transmis à l'AFP le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price.
Selon lui, Bachar al-Assad "reste responsable et coupable de la mort et des souffrances d'innombrables Syriens, du déplacement de plus de la moitié de la population d'avant la guerre, ainsi que de la détention arbitraire et la disparition de plus de 150.000 hommes, femmes et enfants".
La venue de M. Assad intervient au moment où la Russie, allié clé de la Syrie et qui entretient aussi des liens forts avec les Emirats, poursuit son intervention militaire en Ukraine depuis l'invasion le 24 février.
"Nous exhortons les pays envisageant d'engager le dialogue avec le régime d'Assad d'examiner sérieusement les atrocités commises par le régime", ajoute Ned Price.
Le président syrien a été reçu par le dirigeant de facto des Emirats, le prince héritier d'Abou Dhabi Mohammed ben Zayed, pour discuter des "relations fraternelles" entre les deux pays, selon l'agence officielle émiratie WAM.
D'après WAM, les deux dirigeants ont par ailleurs insisté sur "la préservation de l'intégrité territoriale de la Syrie et le retrait des forces étrangères", Mohammed ben Zayed qualifiant le pays de "pilier essentiel de la sécurité arabe".
- Diplomatie affirmée -
La Syrie avait été exclue de Ligue arabe dès la fin 2011, après que les pays arabes, dont ceux du Golfe, avaient protesté contre la répression menée par le pouvoir de Damas contre des manifestations pro-démocratie, déclenchant une guerre dévastatrice.
En février 2012, les Emirats et d'autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) avaient annoncé le retrait de leurs ambassadeurs de Syrie, dénonçant le "massacre collectif" commis par le régime syrien.
Mais fin 2018, Abou Dhabi, qui assume de plus en plus ses positions divergentes sur la scène diplomatique, avait rouvert son ambassade à Damas, alors que la question du retour de la Syrie dans la Ligue arabe continue de diviser.
Les Emirats arabes unis, riche pays pétrolier proche des Occidentaux, marquent leur différence dans la région, après avoir normalisé en septembre 2020 leurs relations avec Israël ou en affichant plus récemment leur proximité avec la Russie, en pleine guerre en Ukraine.
Un autre pays du Golfe, Bahreïn, qui avait fermé sa mission diplomatique à Damas en mars 2012, avait annoncé lui aussi en 2018 la "poursuite" des travaux à son ambassade en Syrie, signifiant son intention de la rouvrir.
Le ministre émirati des Affaires étrangères, cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane, avait rencontré en novembre dernier le président syrien à Damas lors de la première visite effectuée par un haut responsable de cette monarchie du Golfe depuis 2011.
Si la suspension de la Syrie à la Ligue arabe ne semble plus faire l'unanimité, un autre pays influent du Golfe, le Qatar, s'y oppose toujours.
En février, Doha a même accueilli des chefs de groupes de l'opposition syrienne, décidés à tenter de s'unir face au président Assad malgré leurs divisions.
Outre le front diplomatique, les autorités syriennes cherchent également à relancer les liens avec les voisins régionaux pour la reconstruction économique du pays dévasté par la guerre.
H.Jarrar--SF-PST