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Le risque d'un défaut russe s'éloigne temporairement, Moscou ayant honoré sa dette
Le risque d'un défaut de paiement russe, évoqué après l'imposition de lourdes sanctions occidentales à l'encontre du Kremlin, semblait s'éloigner au moins temporairement jeudi suite au versement d'intérêts dus par Moscou sur ses dettes.
La Russie avait jusqu'au 16 mars pour payer 117 millions de dollars liés à deux obligations.
Le ministère russe des Finances a indiqué avoir déboursé l'argent nécessaire, affirmant dans un communiqué que "l'ordre de paiement sur le versement d'intérêts d'obligations (...) d'une valeur totale de 117,2 millions de dollars (...) a été exécuté".
La banque américaine JPMorgan a bien reçu un versement de la Banque centrale russe en ce sens, a confirmé jeudi à l'AFP une source proche du dossier, sans donner de détails sur le montant de la somme reçue.
La firme de Wall Street a consulté les autorités américaines pour s'assurer de ne pas enfreindre les sanctions imposées à la suite de l'invasion de l'Ukraine et, après avoir reçu leur feu vert, a transmis l'argent à la banque américaine Citigroup.
Il revient désormais à Citigroup de distribuer les sommes requises aux détenteurs des obligations. Elle dispose de 30 jours pour le faire avant que la Russie ne soit considérée en défaut de paiement sur sa dette extérieure.
Contactés par l'AFP, ni le groupe JPMorgan ni Citigroup n'ont souhaité faire de commentaire sur cette opération.
L'agence de notation S&P a, jeudi en fin de journée, de nouveau dégradé la note de la dette russe, de CCC- à CC, la placant désormais à deux crans de la note des pays en défaut de paiement.
Les investisseurs n'avaient pas reçu leur paiement en dollars dû mercredi "en raison de difficultés techniques liées aux sanctions internationales", a justifié l'agence.
S&P reconnaît toutefois que le gouvernement a bien tenté d'effectuer les transferts et qu'il dispose d'une période de grâce de 30 jours.
Mais même si le paiement des intérêts dûs mercredi a finalement été effectué, des difficultés techniques similaires sont à envisager pour les prochains paiements, ce qui place la Russie en situation de "forte vulnérabilité au non-paiement de la dette".
- Paiement en dollars -
Les sanctions occidentales prises en représailles à l'attaque russe de l'Ukraine ont paralysé une partie du système bancaire et financier du pays et provoqué un effondrement du rouble.
Elles incluent, entre autres, le gel des réserves russes détenues à l'étranger, soit environ 300 milliards de dollars.
Cela fait craindre que Moscou ne soit plus en mesure d'honorer plusieurs échéances de paiement de dettes en devises étrangères courant mars-avril, et se trouve donc en situation de défaut de paiement. L'agence de notation financière Fitch a prévenu la semaine dernière qu'un tel risque était "imminent".
Il avait fallu attendre douze ans pour que la Russie puisse revenir emprunter sur les marchés après le défaut de paiement sur sa dette intérieure en 1998, au moment où son économie était déstabilisée par une lame de fond financière venue d'Asie.
Moscou s'est depuis efforcé de se constituer une santé financière irréprochable, avec un taux d'endettement très faible et des réserves de plus de 600 milliards de dollars constituées grâce à la rente pétrolière.
Le ministère russe des Finances avait précisé plus tôt dans la journée jeudi avoir envoyé les fonds requis à une "banque étrangère" lundi: théoriquement 73 millions de dollars pour des intérêts liés à une obligation arrivant à maturité en 2023 et 44 millions liés à une obligation arrivant à maturité en 2043.
Le gouvernement russe a aussi souligné que le versement avait été effectué en dollars, et non en roubles, précision importante puisque Moscou a menacé à plusieurs reprises de rembourser ses dettes étrangères en devise russe.
"La Russie a tous les moyens nécessaires et le potentiel pour éviter un défaut, et aucun défaut ne peut avoir lieu. Si un défaut se produit, il sera uniquement de nature artificielle", a commenté pour sa part le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lors d'un point presse.
Selon une note de JPMorgan datant de début mars, le prochain versement d'intérêts dus par Moscou est prévu ce lundi 21 mars et porte sur 66 millions de dollars.
Mais, contrairement à l'échéance qui vient d'être honorée, la Russie a cette fois-ci contractuellement le droit de payer dans d'autres devises que le dollar, dont le rouble.
C.AbuSway--SF-PST