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Ukraine : l'offensive russe s'intensifie malgré des pourparlers et une concession de Zelensky
L'offensive russe en Ukraine s'est intensifiée mardi, avec une série de frappes sur Kiev placée sous couvre-feu, malgré une reprise des pourparlers visant à arriver à un cessez-le-feu et une concession importante du président ukrainien, qui s'est dit prêt à renoncer à une adhésion à l'Otan.
Au moins quatre personnes ont été retirées mortes et une quarantaine d'autres dégagées vivantes d'un immeuble d'habitation d'un quartier ouest de Kiev, Sviatochine, après une frappe russe qui y a provoqué un incendie, selon un bilan des autorités locales.
"L'explosion a été énorme", a raconté à l'AFP Alla Rahulina, une femme de 64 ans, en sanglots. "Les gens dormaient et des éclats de verre ont volé dans tous les sens. J'ai littéralement été projetée contre le mur : c'est vraiment un miracle que personne n'ait été tué".
La veille, à la limite nord-ouest de la capitale, Pierre Zakrzewski, un cameraman rôdé aux zones de guerre qui travaillait pour Fox News, a été tué et son collègue Benjamin Hall blessé, a annoncé mardi cette chaîne de télévision américaine. Le journaliste américain Brent Renaud avait péri dimanche dans la banlieue nord-ouest.
Kiev vit "un moment dangereux et difficile", a estimé mardi son maire, Vitali Klitschko, décrétant un couvre-feu de mardi 20H00 (18H00 GMT) à jeudi 07H00 (05H00 GMT).
Pour "renforcer la défense de Kiev", le président ukrainien Volodymyr Zelensky a nommé à la tête de la région militaire de la capitale Olexandre Pavliouk, qui commandait jusqu'ici les opérations militaires dans l'est de l'Ukraine.
Cette ville, que les forces russes tentent d'encercler, s'est vidée d'au moins la moitié de ses 3,5 millions d'habitants depuis le début du conflit le 24 février.
- "Négociations en cours" -
La capitale désertée attend néanmoins la visite des Premiers ministres polonais Mateusz Morawiecki, tchèque Petr Fiala et slovène Janez Jansa, partis de Pologne mardi, en train, pour rencontrer le président Zelensky et le Premier ministre Denys Chmygal.
Ils entendent "réaffirmer le soutien sans équivoque de l'ensemble de l'Union européenne" à l'Ukraine et présenter "un vaste ensemble de mesures de soutien", selon Varsovie.
On ignorait quand ils arriveraient. Peu après 11H00 GMT, ils avaient passé Lviv, à 550 km à l'ouest de Kiev, selon le cabinet du chef du gouvernement polonais.
Ce déplacement intervient sur fond de reprise mardi après-midi des pourparlers russo-ukrainiens, après 24 heures de pause.
"Les négociations sont en cours", a déclaré sur Twitter Mykhaïlo Podoliak, le négociateur-en-chef côté ukrainien. Au menu des discussions figurent notamment "un cessez-le-feu et le retrait des troupes" russes du territoire ukrainien.
Ces négociations se déroulent par visioconférence, après trois sessions en présentiel au Bélarus voisin, puis une rencontre jeudi en Turquie des chefs des diplomaties russe et ukrainienne.
Le Kremlin a estimé mardi prématuré tout "pronostic", tandis qu'un conseiller de la présidence ukrainienne jugeait possible un accord de paix d'ici à "fin mai".
Le président Zelensky a néanmoins semblé faire une concession importante, en reconnaissant que son pays n'adhèrerait pas à l'Otan.
"Nous avons entendu pendant des années que les portes étaient ouvertes, mais nous avons aussi entendu que nous ne pourrions pas adhérer. C'est la vérité et il faut le reconnaître", a-t-il déclaré au cours d'une réunion avec des responsables occidentaux.
Il avait déjà récemment dit avoir "tempéré sa position" sur cette question.
Vladimir Poutine a justifié en partie l'invasion de l'Ukraine par la crainte de voir l'Ukraine, une ex-république soviétique, rejoindre l'alliance militaire occidentale, qu'il considère comme une menace existentielle pour la Russie.
- Trois millions de réfugiés -
En attendant l'issue des discussions, la Russie élargit néanmoins son offensive à l'ensemble du territoire ukrainien, après avoir évoqué lundi "la possibilité de prendre sous contrôle total (les) grandes villes qui sont déjà encerclées".
L'offensive vise désormais aussi l'ouest de l'Ukraine. Après des frappes sur une base militaire proche de la Pologne dimanche, une frappe lundi contre une tour de télévision près de Rivne a fait 19 morts, selon le dernier bilan mardi des autorités locales.
Les combats se rapprochent aussi de la grande ville de Dnipro, stratégiquement située au centre du pays, sur le Dniepr. Son aéroport a été bombardé et largement détruit dans la nuit de lundi à mardi, a souligné son maire.
Dans le sud, les Russes tentent toujours de prendre Marioupol, une ville portuaire stratégique sur la mer d'Azov, assiégée depuis des jours, a fait savoir l'état-major ukrainien.
Quelque 2.000 véhicules ont pu la quitter mardi en direction de Zaporojie via un couloir humanitaire, selon la municipalité. Mais jusqu'à 300.000 personnes restent coincées, terrées dans des caves et privées de tout.
Plus à l'ouest, Mykolaïv, le dernier verrou sur la route d'Odessa, sur la mer Noire, est aussi régulièrement bombardée.
Dans une maternité de la ville, les femmes, à chaque alerte, descendent au sous-sol, où une salle d'accouchement a été aménagée, a constaté l'AFP.
"En temps de paix, c'était un lieu utilisé par les plombiers, les techniciens. Il y a quatre ou cinq jours, nous avons eu deux femmes qui ont accouché simultanément dans cette pièce", raconte le médecin-chef, Andriy Hrybanov.
En près de trois semaines de conflit, plus de trois millions de personnes ont fui l'Ukraine, majoritairement vers la Pologne, a annoncé mardi l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dont 1,4 million d'enfants, soit "pratiquement un enfant par seconde", selon l'Unicef.
- Irruption télévisée -
En Russie, dans un rare moment de protestation publique, une femme, Marina Ovsiannikova, a fait irruption lundi soir sur le plateau d'une grande chaîne de télévision russe pour laquelle elle travaillait avec une pancarte critiquant l'offensive en Ukraine.
"Non à la guerre. Ne croyez pas la propagande. On vous ment ici", pouvait-on y lire.
La vidéo de l'incident a inondé les réseaux sociaux, de nombreux internautes saluant un "courage extraordinaire".
La protestataire a été arrêtée, le Kremlin dénonçant un acte de "hooliganisme".
Devant un juge mardi, au cours d'une audience pas directement liée à son action à la télévision, mais à une vidéo qu'elle avait diffusée sur internet, elle a rejeté toute culpabilité.
"Je reste convaincue que la Russie commet un crime (...) et qu'elle est l'agresseur de l'Ukraine", a-t-elle calmement affirmé.
Elle a été condamnée à 30.000 roubles d'amende (environ 250 euros au taux actuel), puis libérée.
Le président français Emmanuel Macron avait déclaré, avant ce jugement, que la France allait "lancer des démarches" pour lui accorder "une protection consulaire" soit l'asile.
L'utilisation du mot "guerre" par des médias ou des particuliers pour décrire l'intervention russe en Ukraine est passible de poursuites et de lourdes peines. Les autorités russes parlent d'"opération militaire spéciale".
- Nouvelles sanctions -
Parallèlement, les Occidentaux continuent à durcir leurs sanctions contre la Russie.
Un quatrième train de mesures punitives de l'Union européenne devait entrer en vigueur mardi, portant sur l'accès aux marchés, les exportations de biens de luxe comme le champagne ou l'appartenance à des institutions financières internationales.
Londres a aussi annoncé de nouvelles sanctions, dont des droits de douane plus élevés sur la vodka et une interdiction d'exporter des produits de luxe vers la Russie.
Le Trésor américain a annoncé quant à lui de nouvelles sanctions visant le président bélarusse Alexandre Loukachenko et son épouse, ainsi que des personnes et une entité russes, pour corruption et atteinte aux droits humains.
La Russie a pour sa part adopté mardi pour la première fois des contre-sanctions, visant le président américain Joe Biden, le Premier ministre canadien Justin Trudeau et plusieurs membres de leurs gouvernements.
Au total, 13 personnalités américaines sont visées, dont le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken et le chef du Pentagone Lloyd Austin, a fait savoir le ministère russe des Affaires étrangères. Mais aucun détail sur ces mesures n'a été donné, le ministère se contentant de dire qu'elles suivaient "le principe de la réciprocité".
La Russie a par ailleurs annoncé mardi avoir "notifié" son retrait du Conseil de l'Europe. Cette organisation dédiée à la défense des droits humains menaçait de prendre ce jeudi la mesure inédite de l'exclure de ses rangs.
burx-cat/bds/sg
X.Habash--SF-PST