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Après le sombre tableau, l'exécutif veut rassurer avec de premières mesures
Place aux décisions concrètes: après les sombres avertissements d'Emmanuel Macron sur de prochains mois difficiles, Elisabeth Borne a annoncé samedi de premières mesures pour répondre aux crises énergétique et climatique, donnant le ton de la semaine qui s'ouvre.
L'exécutif marche sur des œufs après un été tourmenté par les canicules et la flambée des prix générée par la guerre en Ukraine qui se prolonge.
Au premier Conseil des ministres de rentrée mercredi, le chef de l'Etat a planté le décor en adoptant un ton sombre qui tranchait avec l'optimisme qu'il cultivait depuis son arrivée à l'Elysée en 2017.
Face à la "série de crises graves" - du conflit en Ukraine au dérèglement climatique - il a évoqué "la fin de l'abondance" et "la fin de l'insouciance" qui vont rendre nécessaires "des efforts", voire "des sacrifices". C'est "la crise la plus grave que la France ait connue depuis la guerre", a renchéri son allié du MoDem François Bayrou.
"Villes en surchauffe, forêts en flammes, rivières à sec ou crues torrentielles: l’été que nous vivons nous place une fois encore face à la nécessité absolue, vitale, d’une transformation. Le contexte géopolitique, et ses répercussions sur les approvisionnements et les prix de l’énergie, en redouble l’urgence", a résumé le chef de l'Etat dans l'hebdomadaire Challenges.
"Il ne s’agit pas de promettre du sang et des larmes, mais c'est important que chacun soit conscient de la gravité du moment", a abondé Elisabeth Borne samedi dans le Parisien, pour sa première interview depuis la pause estivale.
- Fonds vert -
Pour relever ces défis et en même temps rassurer les Français, la Première ministre a présenté de premières mesures.
Elle a ainsi annoncé le déblocage d'un "fonds vert" doté d'1,5 milliard d'euros destiné aux collectivités locales pour "les aider dans l’accélération de leur transition écologique".
La cheffe du gouvernement a également promis que l'exécutif allait amortir "les hausses" des prix de l'énergie après la fin du bouclier tarifaire en décembre, grâce à des "dispositions spécifiques" pour les "plus fragiles". Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a assuré que la hausse de l'électricité et du gaz en 2023 serait "contenue".
Avant un discours attendu devant le Medef lundi, Mme Borne a menacé les entreprises de taxer leurs "super profits" tout en les incitant à surtout baisser les prix ou à donner du pouvoir d'achat à leurs salariés, en utilisant à plein, par exemple, le triplement des primes défiscalisées (dites "primes Macron") qu'elles peuvent verser à leurs employés.
La taxation des "super profits" fait débat au sein de la majorité, les députés MoDem plaidant pour une "réflexion" à l'automne.
Sur la nécessité de réguler ou non le recours aux jets privés, Mme Borne a affirmé sans plus de détails que leurs propriétaires devraient "comme tout le monde, participer à la réduction des gaz à effet de serre", jugeant "indispensable" que les "plus favorisés" donnent l'exemple.
- "Trop timide" -
Ces dossiers seront également au menu du séminaire de rentrée qui rassemblera mercredi l'ensemble des ministres à l'Elysée.
Sur ce sujet comme sur d'autres, alors qu'il ne dispose pas de majorité absolue à l'Assemblée, Emmanuel Macron compte bâtir une forme de consensus en lançant le 8 septembre le Conseil national de la refondation, une instance déjà controversée qui doit réunir élus, acteurs de terrain, société civile.
Mais les oppositions, qui ont effectué leur rentrée ce week-end, doutent de sa capacité à relever ces défis alors que son bilan environnemental est jugé très insuffisant.
"Tout ce qu’il propose est trop timide", dénonce l'écologiste Julien Bayou.
La stratégie du président consiste à "faire peur, comme ça tout le monde se tient tranquille", selon l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon.
De son côté, la droite s'alarme de l'aggravation de l'état des finances publiques tandis que le Rassemblement national donne la priorité à la défense du pouvoir d'achat.
Dans ce contexte, Élisabeth Borne n'a pas exclu le recours à l'article 49-3 de la Constitution, qui permet l'adoption d'un texte sans vote, pour le budget à l'automne, car "les Français ne nous ont pas demandé l'immobilisme".
J.Saleh--SF-PST