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Au Chili, la peur du crime porte l'extrême droite aux portes de la présidence
Au Chili, la peur suscitée par la criminalité a porté José Antonio Kast jusqu'aux portes du palais présidentiel: favori du second tour, il pourrait devenir dimanche le premier dirigeant d'extrême droite à accéder au pouvoir depuis la fin de la dictature d'Augusto Pinochet en 1990.
Depuis le début des années 2000, la violence liée au crime organisé a augmenté d'environ 40% au Chili, selon les statistiques officielles. Le taux d'homicides a progressé d'environ 50%, d'après les données de l'ONU.
Et les sondages montrent qu'aux yeux d'une majorité de Chiliens la criminalité est maintenant le premier problème du pays.
Ainsi, dans le centre de Santiago, peu après 18H00 jeudi, des dizaines de policiers masqués et armés surgissent d'un convoi de 15 véhicules banalisés. Ils vont défoncer les portes de neuf maisons soupçonnées d'abriter des trafiquants.
L'"Opération Colombie" est le fruit d'une enquête de six mois sur un réseau étranger de trafic de drogue menée par la police d'investigation, équivalent chilien du FBI américain.
Chargée de faire respecter la loi dans ce qui fut autrefois le pays le plus sûr d'Amérique latine, elle se retrouve désormais en première ligne d'une bataille féroce contre le crime organisé.
Erick Menay, chef de l'unité de lutte contre le crime organisé et presque 35 ans de service, raconte à l'AFP comment son métier s'est transformé face à l'arrivée de gangs sophistiqués et ultra-violents en provenance du Pérou, d'Equateur, de Colombie et surtout du Venezuela, dont est issue l'organisation criminelle Tren de Aragua.
Les guerres de territoire "ont apporté beaucoup de violence, beaucoup de coups de feu, de victimes et d'insécurité", dit-il.
- Nuances -
"Le pays part en lambeaux", affirme avec emphase José Antonio Kast, candidat à la présidentielle pour la troisième fois. Après une campagne centrée sur l'insécurité et l'immigration clandestine, il devance largement la candidate de gauche Jeannette Jara dans les sondages en vue du scrutin de dimanche.
Abrité derrière des vitres pare-balles, le candidat ultraconservateur, père de neuf enfants, promet dans ses discours d'expulser des centaines de milliers de migrants en situation irrégulière, principalement issus du Venezuela en crise, de boucler la frontière avec la Bolivie et de déclarer l'état d'urgence.
Pourtant, les chiffres et les témoignages venus du terrain viennent nuancer ce constat alarmiste: si la criminalité a augmenté et est devenue plus violente, elle est partie d'un niveau très bas.
Selon une récente enquête gouvernementale, 88% des Chiliens estiment que la criminalité a augmenté l'an dernier. Les statistiques policières indiquent pourtant que le taux de crimes violents s'est stabilisé et, dans certains cas, est même en baisse.
La part de la population ayant été victime de délits violents - cambriolages, vols avec violence ou encore extorsion - atteint un peu moins de 6%.
Selon Hassel Barrientos Hermosilla, chef de l'unité anti-enlèvements et extorsion de la police d'investigation, il est rare que des Chiliens soient la cible de ces crimes très médiatisés. En dépit de la perception des habitants.
- "Eloigné de la réalité" -
La peur a grandi bien plus vite que la criminalité, selon l'ex-général Christian Bolivar, qui dirige la sécurité municipale de Las Condes, banlieue aisée de Santiago. "Il est évident que la perception, ce que les gens ressentent en matière de sécurité, est très éloignée de la réalité", confie-t-il à l'AFP.
Quand les gens ont peur, les rues se vident et deviennent moins sûres, un cercle vicieux. "Cette perception, c'est le plus difficile à aborder", dit-il, malgré les 450 personnes sous ses ordres et un centre de commandement moderne où affluent les images des caméras de sécurité.
"Nous pouvons mettre en place des mécanismes de contrôle, de supervision et de lutte contre la criminalité, mais il est bien plus difficile d'atteindre les esprits, d'essayer d'influencer les gens pour qu'ils comprennent que la situation en matière de sécurité n'est pas aussi critique qu'elle est dépeinte ou perçue", souligne-t-il.
Des éléments suggèrent que les médias, dont beaucoup diffusent en direct des opérations anti-drogue mineures, attisent la peur.
D'après un récent sondage UDP-Feedback, les Chiliens qui regardent la télévision sont 25% plus susceptibles d'affirmer que la criminalité violente est un problème par rapport à ceux qui lisent le journal.
X.AbuJaber--SF-PST