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Néonicotinoïdes: des motifs d'inquiétudes pour la santé humaine mais manque d'études d'ampleur
Dangereux pour l'environnement, les néonicotinoïdes nuisent-ils également à notre santé? Les effets de ces pesticides chez l'humain, notamment le système nerveux, font l'objet d'inquiétudes. Mais ces risques restent incertains, par manque d'études d'ampleur.
La loi Duplomb, adoptée le 8 juillet au Parlement, réintroduit sans délai et sous conditions l'acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes nocif pour les abeilles -interdit depuis 2018 en France mais autorisé en Europe jusqu'en 2033, une mesure réclamée par les producteurs de betterave et de noisettes.
Une pétition lancée par une étudiante pour s'opposer à cette réintroduction a récolté le nombre record de 1,3 million de signatures lundi matin sur le site de l'Assemblée nationale.
- Quelles inquiétudes ? -
En matière de santé humaine, les néonicotinoïdes posent une problématique classique concernant les pesticides: ces substances, destinées à tuer des insectes, peuvent-elles aussi nous nuire par leurs mécanismes d'action ?
La spécificité des néonicotinoïdes est de cibler le système nerveux. Ils suscitent donc avant tout des questionnements sur leurs effets neurologiques, en particulier leur rôle potentiel dans des troubles du neurodéveloppement chez l'enfant et l'adolescent.
Mais des chercheurs se sont aussi penchés sur d'autres risques: dans quelle mesure les néonicotinoïdes jouent-ils sur nos hormones, en tant que perturbateurs endocriniens? Sont-ils associés à un risque plus élevé de cancer?
- Que sait-on? -
Le consensus actuel, tel que donné par la littérature scientifique et diverses autorités sanitaires, se résume largement à l'incertitude, parfois assortie d'appels au principe de précaution.
"Des incertitudes majeures" demeurent sur les effets neurodéveloppementaux de l'acétamipride, résumait notamment en mars 2024 l'agence sanitaire européenne, l'Efsa.
Il faudrait de "nouveaux éléments" pour pouvoir "évaluer de manière adéquate les risques et les dangers" de l'acétamipride, insistait l'agence, appelant pour l'heure à abaisser nettement les seuils auxquels ce pesticide est jugé potentiellement dangereux.
- De quelles études dispose-t-on ? -
"Les néonicotinoïdes sont des pesticides qui ont été peu étudiés sur leurs effets pour les humains", explique à l'AFP Sylvie Bortoli, toxicologue à l'Inserm. "La bibliographie reste assez lacunaire par rapport à d'autres pesticides emblématiques comme le DDT ou le glyphosate."
Un corpus de recherches existe néanmoins depuis plusieurs années. Il mêle essentiellement des travaux "in vitro", qui décrivent ce qui se passe quand une cellule est exposée en laboratoire à des néonicotinoïdes, à des études sur des animaux, généralement des souris.
Le premier type d'études (dit mécanistique) a notamment montré les effets délétères des néonicotinoïdes sur les neurones. La seconde catégorie a mis en évidence leur action dans des troubles neurologiques, mais aussi dans d'autres pathologies. Une étude, publiée en 2022 dans la revue Environment International, a ainsi montré la capacité de l'acétamipride à provoquer des cancers du sein chez la souris.
Si ces études appuient l'idée que les néonicotinoïdes présentent des risques potentiels, elles ne permettent pas de conclure définitivement qu'ils jouent réellement un rôle dans des pathologies chez l'humain, du moins au niveau auquel ces produits sont utilisés dans la vie réelle.
- Comment en savoir plus ? -
Les chercheurs s'accordent sur la nécessité de mener plus d'études épidémiologiques. De telles études évaluent, au sein d'un groupe de personnes, la fréquence de certains troubles en fonction de l'exposition plus ou moins grande à un facteur donné, ici les néonicotinoïdes.
"On a un besoin crucial d'études épidémiologiques de grande ampleur pour éclaircir les effets que l'exposition aux néonicotinoïdes pourrait avoir sur la santé", résumait en 2022 une synthèse des connaissances, dans la revue Environment International.
Ces études apporteraient des éléments importants pour savoir si la toxicité, mesurée en laboratoire ou sur des animaux, se traduit réellement par des problèmes de santé dans la population. Et, dans ce cas, elles permettraient de mieux évaluer le risque selon le type d'exposition: chez les agriculteurs, chez les personnes vivant proches d'exploitations, chez les consommateurs d'aliments traités par néonicotinoïdes...
Certes, "il y a quelques études épidémiologiques récemment publiées, mais elle sont peu nombreuses et pas forcément concordantes", note Mme Bortoli.
Une étude, publiée en 2017 dans la revue Environmental Health Perspectives, pointe par exemple un moins bon développement intellectuel des enfants dont les mères ont passé leur grossesse près d'exploitations usant des néonicotinoïdes. Mais l'échantillon reste limité - environ 300 familles californiennes - et d'autres travaux seraient nécessaires pour confirmer cet effet.
I.Yassin--SF-PST