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Côte d'Azur: clap de fin pour les orques et les dauphins du Marineland
Après plus de cinquante ans d'existence, le Marineland d'Antibes (Alpes-Maritimes) a définitivement fermé ses portes au public dimanche, avec le dernier spectacle de ses orques, Wikie et Keijo, victime de la désaffection du public mais aussi de la législation interdisant les spectacles de cétacés.
"On a le coeur en miettes": comme Salomé Mathis, jeune soigneuse venue dire au revoir à ses ex-collègues du parc aquatique, visiteurs et employés ont fait part de leur désarroi.
Etreignant un de ses anciens collègues, elle ne peut s'empêcher de fondre en larmes sous un crachin de circonstance au milieu des installations de ce qui fut, pendant des années, l'attraction phare de la Côte d'Azur, avec jusqu'à un million et demi de visiteurs par an.
"Je comprends que ça ferme avec la baisse d'affluence, mais je suis dépité car on aurait pu évoluer différemment", se désole Jérémy Lo Vasco, 34 ans, soigneur depuis dix ans dans ce parc qui se présentait comme le premier zoo marin d'Europe et employait 103 permanents et quelque 500 saisonniers.
"Pour l'instant, on ne pense pas à notre propre sort parce que notre priorité, c'est que les animaux soient bien, mais le coup de massue viendra plus tard", déplore-t-il.
Il évoque un "effet boule de neige" avec les inondations de 2015 qui avaient noyé le site, la sortie du film "Blackfish" dénonçant la captivité des cétacés, les manifestations des opposants et l'évolution du public et enfin le Covid, autant d’événements qui ont mis à mal la fréquentation du parc et amené son propriétaire, le groupe espagnol Parques Reunidos, à annoncer sa fermeture définitive, seules des activités ludiques devant être conservées pendant la saison estivale.
- Ouvert en 1970 -
Le coup de grâce a été donné par la loi du 30 novembre 2021 qui bannit à partir de fin 2026 les spectacles avec des orques ou des dauphins. Or, selon la direction du parc, 90% des visiteurs, passés en dix ans de 1,2 million à 425.000 par an, venaient pour ces représentations.
"C'est un monde qui m'a émerveillée, (...), en revenant ici régulièrement on s'y attache", explique Jade Ronda, 20 ans, une employée dans l'immobilier qui avait découvert récemment le parc et en était tombée amoureuse.
A la billetterie, où plus d'un millier de tickets avaient été vendus avant midi -l'affluence atteinte habituellement l'été-, l'employée préfère garder le silence. Après vingt-sept ans de maison, "psychologiquement, c’est dur", lâche-t-elle seulement.
"Tous les salariés vont bénéficier dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi d'un accompagnement individuel. Il y en a certains, comme les soigneurs de dauphins, dont le métier va disparaître", glisse un responsable de la direction souhaitant rester anonyme.
Avec ses sacs remplis de confiseries, "Mamie Nougat", comme l'ont surnommée les employés du parc, est venue distribuer ses douceurs au personnel. "Les spectacles sont magnifiques, il faut voir cette interaction entre les soigneurs et les animaux, c'est fantastique", regrette déjà la retraitée niçoise, venue pour cette dernière.
La fermeture du Marineland met un terme à une histoire commencée quand le comte Roland Paulze d'Ivoy de La Poype, héros de la Seconde Guerre mondiale, a ouvert, sur le modèle de ce qu'il avait vu aux Etats-Unis, ce parc entièrement dédié à la faune marine.
"La véritable vocation de Marineland a toujours été la protection des animaux marins. Lorsque je l'ai créé, en 1970, les dauphins, les orques ou les phoques n'étaient que des gibiers chassés dans l'indifférence générale", déclarait-il en 1990 lors des 20 ans du parc.
Dimanche, Wikie et Keijo, les deux dernières orques du Marineland, ont donc donné leur ultime représentation, sous un tonnerre d'applaudissements. Les autorités françaises ayant refusé leur transfert au Japon, leur destination future reste incertaine, tout comme celle des 4.000 autres animaux de 150 espèces différentes (dauphins, otaries, tortues, poissons, coraux, etc.) qui peuplent les bassins du parc.
A.AlHaj--SF-PST