Sawt Falasteen - Des vendanges "5 étoiles" mais des caves déjà pleines: les vignerons italiens s'interrogent

Euronext
AEX 0.47% 1112.09 €
BEL20 0.58% 5704.3 €
PX1 -0.04% 8077.8 €
ISEQ 1.25% 14384.24 €
OSEBX -0.66% 2082.8 kr
PSI20 0.21% 9704.6 €
ENTEC -0.41% 1416.23 €
BIOTK 0.99% 4469.44 €
N150 0.12% 4234.25 €
Des vendanges "5 étoiles" mais des caves déjà pleines: les vignerons italiens s'interrogent
Des vendanges "5 étoiles" mais des caves déjà pleines: les vignerons italiens s'interrogent / Photo: Marco Bertorello - AFP

Des vendanges "5 étoiles" mais des caves déjà pleines: les vignerons italiens s'interrogent

Les vendanges 2026 ont été excellentes malgré un été brûlant près d'Asti, dans le nord de l'Italie. Mais les caves des vignerons sont déjà bien remplies et les producteurs ont décidé de réduire leurs volumes.

Taille du texte:

À Agliano Terme (Piémont, nord-ouest), où les collines couvertes de vignes s'étendent à perte de vue, une dizaine de vendangeurs achevaient lundi midi la récolte des dernières grappes de Barbera, le cépage à l'origine de l'un des vins rouges les plus répandus de la région.

"Nous avons commencé les vendanges fin juillet, c'est du jamais vu", explique Filippo Mobrici, président du Consorzio Barbera d'Asti, alors que certaines feuilles commencent déjà à jaunir. "Mais je n'ai jamais vu un aussi beau millésime, tant en quantité qu'en qualité. C'est une vendange cinq étoiles", s'enthousiasme le vigneron de 59 ans.

L'été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré dans cette région du nord de l'Italie, entre les Alpes et la plaine du Pô, avec une moyenne de 21,6°C et des pointes à 40° début août près d'Agliano Terme. Mais l'hiver avait été pluvieux et le début du printemps aussi.

"La vigne a constitué des réserves d'eau suffisantes pour que, malgré les fortes chaleurs des derniers mois, le raisin parvienne à maturité dans de bonnes conditions", explique Filippo Mobrici.

Les vignerons ont aussi protégé les grappes du soleil en conservant davantage de feuillage qu'à l'accoutumée.

Dans le même temps, les producteurs de l'appellation Barbera d'Asti ont décidé de limiter les volumes en réduisant les rendements, de 90 à 85 quintaux par hectare.

De nombreuses régions italiennes ont en effet produit trop de vin ces dernières années et n'arrivent pas à l'écouler, sur des marchés perturbés par les guerres, les taxes américaines, et des jeunes générations qui boivent un peu moins.

Fin juillet, les stocks dans les caves du premier producteur mondial de vin étaient en augmentation de 6,9% sur un an, selon le ministère de l'Agriculture. Ils ont atteint l'équivalent de plus de 5,6 milliards de bouteilles, soit près d'un an de production.

Au premier semestre 2026, le marché du vin était lent, les stocks à leur plus haut niveau depuis 4 ans, et les prix de nouveau en baisse (-10% en moyenne sur un an), observait en juillet l'Union italienne des vins à l'occasion de son assemblée générale.

Le pétillant Prosecco a les réserves les plus larges mais continue à bien se vendre et s'exporter. Les rouges traditionnels des Pouilles et de Toscane souffrent davantage. Dans le Piémont, certains viticulteurs ont choisi de passer une partie de leur production en vinaigre cette année.

- De cerise et prune vers mûre et cassis -

"Il est temps d’assumer la responsabilité de choix courageux, même impopulaires", a lancé en juillet le président de l'Union des vins (UIV), Lamberto Frescobaldi.

Il s'alarme notamment du déclassement de trop de raisins récoltés dans des appellations, parfois prestigieuses, finalement vendus comme vins plus communs. Un phénomène qui a touché une bouteille sur cinq début 2026 et tiré les prix vers le bas.

Pour l'UIV, la production doit être programmée en fonction du marché par chaque appellation, plutôt à la baisse donc, et il faut empêcher les installations de nouvelles vignes.

Début août, Lamberto Frescobaldi, 33e génération de viticulteurs toscans, s'est aussi ouvert aux arrachages de vignes, qui ne font pas encore l'objet d'un plan national comme en France.

A Agliano Terme, Filippo Mobrici confirme que sa région est moins touchée que d'autres, et refuse d'envisager des arrachages: "pour nous, les vignobles ne sont pas seulement un outil de production", explique le vigneron. "Ils sont une expression de notre culture et un élément essentiel de l'aménagement et de la préservation du territoire. Nous ne voulons pas nous déraciner".

Quelques kilomètres plus au sud, à San Marzano Oliveto, Luca Garberoglio, 41 ans, se félicite aussi d'une belle vendange et assure que les stocks sont "gérables" au niveau du petit territoire du Barbera d'Asti.

À l'image de nombreux producteurs voisins, et quelques années après l'envolée du Barolo, roi des vins piémontais, le domaine familial Carussin a su monter en gamme grâce à une production de vins biologiques exportés notamment vers la Scandinavie.

Il reste encore 110 hectolitres du millésime 2025 en cave, soit de quoi alimenter le marché jusqu'en mars 2027, selon le vigneron.

Et il ne s'agit déjà plus tout à fait du même vin. Avec le changement climatique, le Barbera d'Asti, "traditionnellement dominé par des notes de cerise et de prune, évolue de plus en plus vers des arômes plus concentrés de mûre et de cassis", explique Luca Garberoglio après dégustation.

D.Khalil--SF-PST