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La plus grande réserve souterraine de France devrait naître en Ariège en 2027
Une réserve naturelle nationale souterraine d'une envergure sans précédent, regroupant une trentaine de grottes, devrait voir le jour dans le département pyrénéen de l'Ariège dès 2027 afin de mieux protéger ces cavités, les mettre en valeur et y faciliter la recherche.
Le projet, imaginé au début des années 2000, a été relancé en 2019 dans le cadre de la stratégie nationale des aires protégées, qui vise principalement à classer "30% du territoire national sous protection", précise la préfecture.
L'objectif de cette Réserve naturelle nationale souterraine de l'Ariège en devenir sera de "valoriser et protéger" la "richesse cavernicole" du département, qui n'est "pas suffisamment mise en valeur", explique à l'AFP la sous-préfète chargée du dossier, Sophie Pauzat.
Le projet devrait également permettre au public de mieux connaître ces 29 grottes, réparties sur le territoire de 32 communes et qui "ne sont connues que de spécialistes, notamment des scientifiques et des spéléos", estime-t-elle, ajoutant: "Si on s'en sert bien, ça peut avoir un effet d'attraction pour faire connaître l'Ariège."
- "Force de la nature" -
Parmi les sites concernés figure la grotte emblématique du Mas d'Azil, "exceptionnelle d'un point de vue géologique puisqu'elle est absolument monumentale", décrit sur place Anne-Sophie Gimeno, responsable des grottes au Service d'exploitation des sites touristiques de l'Ariège (Sesta).
"C'est une force de la nature", dont la galerie principale "se développe sur à peu près 420 mètres" et qui affiche des traces d'occupation humaine "entre 40.000 ans et 14.000 ans avant aujourd'hui", dit-elle.
Explorée à partir de 1887 et classée Monument historique en 1942, cette grotte est devenue une attraction ariégeoise, drainant chaque année des dizaines de milliers de touristes.
Le maire du Mas d'Azil, Raymond Berdou, qui dit espérer porter à 50.000 le nombre de visiteurs annuels grâce à la réserve, se montre toutefois préoccupé.
"C'est un projet que l'Etat a voulu impulser assez rapidement (...) avec, d'après moi, un manque de concertation", juge celui qui est également vice-président du département, en charge de la culture.
L'édile s'inquiète notamment des "contraintes importantes" que pourrait générer l'inclusion des grottes au sein de cette réserve sur les activités organisées aux alentours, comme du saut à l'élastique ou des feux d'artifice en ce qui concerne la grotte de sa commune. Des craintes qui ont conduit le conseil départemental à émettre un avis défavorable lors de l'enquête publique.
"Les activités existantes vont continuer à s'exercer", veut rassurer Mme Pauzat. "Ce qui fait peur, souvent, c'est de se dire, +on crée des réserves et puis on ne va plus pouvoir rien faire+. C'est beaucoup plus nuancé que ça."
- Grotte-laboratoire -
La réserve aura aussi pour vocation de soutenir la recherche scientifique, par exemple dans la grotte-laboratoire de Moulis, aménagée par le CNRS en 1954, où des chercheurs essayent de "comprendre comment les espèces cavernicoles arrivent à s'adapter à ce milieu particulièrement contraignant du fait de l'obscurité constante", détaille Olivier Guillaume, ingénieur de recherche au CNRS et directeur technique de la station.
Les grottes de l'Ariège abritent ainsi des chauves-souris, des amphibiens comme le calotriton, des insectes ou des araignées.
"La biodiversité souterraine est assez mal connue", note le chercheur, et la réserve "sera un cadre idéal pour développer des activités pédagogiques, pour faire mieux comprendre au public les enjeux de conservation des espèces souterraines", dit-il.
A Moulis, les chercheurs étudient aussi comment, face au dérèglement climatique, certaines espèces "sont en train de coloniser le milieu souterrain", qui devient une sorte de "milieu refuge", décrit M. Guillaume.
Même sous terre, où les températures varient peu au cours de l'année, le réchauffement se fait sentir "au regard notamment de la disponibilité de la ressource en eau", cruciale pour certaines espèces souterraines "très fragiles vis-à-vis des changements de leur environnement".
Après un avis favorable de la commission d’enquête publique en novembre 2025, le projet doit désormais être soumis pour avis consultatif à la Commission départementale de la nature des sites et des paysages, puis au Conseil national de la protection de la nature, et enfin au Conseil d'Etat, avant publication du décret au Journal officiel, "le plus rapidement possible au cours de l'année 2027", selon Mme Pauzat.
P.AbuBaker--SF-PST