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Indonésie: le maintien d'une vaste centrale à charbon interroge sur la transition énergétique
L'immense centrale à charbon de Cirebon devait fermer de façon anticipée en 2035 mais après un revirement l'an passé, elle va continuer son activité, illustrant la transition énergétique incertaine de l'Indonésie.
Surpriyanto, vendeur de fruits de mer de 32 ans, est désemparé lorsqu'il évoque l'imposante centrale, située à 250 km à l'est de Jakarta, qui crache des panaches de fumée blanche par une longue cheminée dominant son village de pêcheurs.
"Il devrait y avoir des produits (moules vertes) de notre propre village, mais il n'y en a pas", déplore cet homme qui comme beaucoup d'Indonésiens, ne porte qu'un seul nom.
Les pêcheurs locaux affirment que le mollusque a disparu en raison des rejets d'eau de la centrale. "La nuit, la centrale rejette de l'eau chaude. Du coup, les poissons ne viennent pas", assure Sarjum, 46 ans, autre vendeur de fruits de mer.
L'exploitant de la centrale, Cirebon Power, assure de son côté respecter la réglementation gouvernementale et que les eaux usées sont rejetées "claires et pures, à la même température que l'eau de mer".
- Ouverte en 2012 -
La centrale à charbon Cirebon-1, d'une puissance de 660 mégawatts (MW), est entrée en service en 2012 dans le cadre d'un contrat de 30 ans. Une deuxième unité de 1.000 MW a été mise en service en 2023.
Elle devait s'arrêter de façon anticipée, dans le cadre d'un accord international de 20 milliards de dollars (16,8 mds EUR) visant à aider l'Indonésie à abandonner progressivement le charbon.
Ce Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), signé en 2022, devait canaliser des fonds provenant des pays riches.
Mais peu de progrès ont été réalisés: sur 21,8 milliards de dollars promis, seulement 3,4 ont été débloqués, et Washington s'est retiré l'an passé. L'Allemagne s'est proposée pour codiriger avec le Japon, mais le programme est dans l'impasse, estime Bhima Yudhistira Adhinegara, directeur exécutif du Centre d’études économiques et juridiques de Jakarta.
- "Signal ambigu" -
En 2024, le président Prabowo Subianto s'est engagé à éliminer progressivement les centrales électriques à combustibles fossiles au cours des 15 prochaines années.
Mais en décembre dernier, le gouvernement a déclaré qu'il maintiendrait Cirebon-1 en activité, citant sa longue durée de vie potentielle et sa technologie plus efficace que les centrales plus anciennes.
Jakarta s'efforcera à la place de fermer des usines plus anciennes et moins performantes.
Le gouvernement craint probablement une hausse des prix de l'électricité car le financement des capacités de remplacement reste incertain, analyse Fabby Tumiwa, directeur exécutif du groupe de réflexion IESR.
Cette décision de maintenir Cirebon en activité a envoyé un "signal ambigu" quant aux engagements du gouvernement, juge Dinita Setyawati, analyste au groupe Ember.
L'Indonésie a été le deuxième pays à signer un partenariat JETP, après l'Afrique du Sud, un cadre ensuite appliqué au Vietnam et au Sénégal.
Des critiques ont toutefois émergées quant à la difficulté d'accès à ces financements ou à la nécessite de recourir à l'endettement.
Pour le moment, l'électricité indonésienne est produite à 70% avec du charbon et l'opérateur national PLN prévoit une capacité supplémentaire de 16,6 gigawatts à partir du charbon et du gaz d'ici 2034, selon une étude du Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (CREA).
- Problèmes de santé -
Selon de nombreux habitants, les problèmes respiratoires ont augmenté depuis le début de l'exploitation. Une étude du CREA a établi un lien entre les émissions de la centrale et plus de 400 décès par an.
L'usine affirme respecter les seuils d'émission requis, mais le revirement du gouvernement concernant sa fermeture a déçu certains.
"Nous ne croyons plus ce que dit le gouvernement", déplore Mohammad Aan Anwaruddin, militant local qui a fait pression pour sa fermeture.
Mais tout le monde n'était pas ravi de la fermeture programmée de l'usine qui fournit de nombreux emplois.
"Je ne suis pas hypocrite. Je gagne ma vie là-bas, pour faire vivre ma femme et mes enfants", relève Sopian Suputra, agent de sécurité.
Sarjum, lui, continuera à militer pour la fermeture du site, craignant pour la santé de ses enfants et petits-enfants, car "je pense que ça tue lentement les habitants de Cirebon".
R.Shaban--SF-PST