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Washington saborde l'accord mondial sur la décarbonation des bateaux
Les pays membres de l'Organisation maritime internationale (OMI) ont repoussé vendredi d'un an leur décision sur l'adoption d'un plan mondial destiné à réduire les émissions de gaz à effet de serre des navires, une victoire diplomatique pour les Etats-Unis, catégoriquement opposés au projet.
Ce report fait suite à une semaine chaotique de tractations à Londres, pendant laquelle Washington, avec le soutien de l'Arabie saoudite, la Russie et d'autres pays producteurs de pétrole, a cherché à tout prix à faire capoter le texte, allant jusqu'à menacer de sanctions les pays qui y sont favorables.
Ce plan ambitieux, dont le principe avait pourtant été approuvé en avril, doit permettre au secteur, extrêmement polluant, de prendre un virage climatique historique en contraignant les navires à réduire progressivement leurs émissions dès 2028, jusqu'à décarbonation totale vers 2050.
Le report a été entériné par une majorité de 57 voix contre 49. Concrètement, les pays membres ont décidé de se réunir dans un an sur cette question -ce qui ne garantit cependant pas qu'un vote sur l'adoption du texte, comme celui qui aurait dû avoir lieu vendredi, sera organisé.
"Je n'ai pas grand-chose à vous dire pour l'instant. Ça n'arrive pas souvent", a réagi, visiblement abattu, Arsenio Dominguez, le secrétaire général de l'OMI, une organisation dont les 176 membres prennent traditionnellement leurs décisions par consensus.
- "Arnaque verte" -
Donald Trump, attaché aux énergies fossiles et qui a enclenché une marche arrière sur le climat depuis son retour au pouvoir, notamment en retirant son pays de l'accord de Paris, s'était vertement opposé au plan jeudi sur son réseau Truth Social.
"Les États-Unis ne toléreront PAS cette arnaque verte mondiale sous forme de taxe sur le transport maritime et ne s'y conformeront d'aucune manière", avait affirmé le président américain, qui a dans le passé qualifié le changement climatique de "plus grande arnaque" de l'Histoire.
Washington a "empêché une augmentation massive des taxes imposées par l'ONU aux consommateurs américains, qui aurait servi à financer des projets climatiques progressistes", a quant à lui commenté vendredi, après le report, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, parlant d'"énorme victoire" pour Donald Trump.
Les Etats-Unis ont menacé les délégations favorables au projet de restrictions de visas pour les membres de leurs équipages, de pénalités commerciales ou de frais portuaires supplémentaires.
Le système envisagé "n'est pas parfait", avait reconnu Arsenio Dominguez à l'ouverture du sommet mardi. Mais "il fournit une base équilibrée".
Le plan litigieux vise à faire payer aux bateaux une sorte de taxe sur leurs émissions au-delà d'un certain seuil, en vue d'alimenter un fonds récompensant les navires à faibles rejets et soutenant les pays vulnérables au changement climatique.
Cette tarification du CO2 doit les inciter à utiliser des carburants moins émetteurs de gaz à effet de serre.
- "Ils ont menacé tout le monde" -
Les pays de l'Union européenne, le Brésil et la Chine avaient réitéré cette semaine leur soutien à l'adoption de ce "cadre net-zéro" (appelé aussi NZF), tout comme les Etats insulaires du Pacifique, qui s'étaient abstenus en avril dernier.
Mais la Chine, tout comme l’Inde, a voté pour le report. D’autres pays comme Chypre et la Grèce, dont beaucoup de bateaux portent le pavillon, ainsi que les Philippines, qui fournissent le premier contingent mondial de travailleurs du secteur, se sont abstenus.
Cet ajournement d'un an est "regrettable" et l'UE est prête "à reprendre les discussions sur l'accord sous l'égide de l'Organisation maritime internationale lorsque cela sera opportun", a réagi vendredi une porte-parole de la Commission européenne.
"C'est important d'avoir cette année en plus pour décider, nous ne pouvions pas nous mettre d'accord en deux heures", a pour sa part déclaré à l'AFP le délégué argentin, dont le pays, en difficulté économique, bénéficie d’un important soutien financier de Washington.
"Il est de notoriété publique que les États-Unis ont menacé tout le monde", a regretté le représentant d'un petit pays, sous couvert d'anonymat. Des méthodes dénoncées vendredi par le délégué brésilien en séance plénière.
Z.AbuSaud--SF-PST