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"On nous a menti" : l'effondrement des fonds de pension accable les retraités au Chili
"On nous a menti" : l'effondrement des fonds de pension accable les retraités au Chili / Photo: Rodrigo ARANGUA - AFP

"On nous a menti" : l'effondrement des fonds de pension accable les retraités au Chili

Le fonds de pension jugé le plus sûr du Chili a enregistré pour plusieurs millions de dollars de pertes. Et, à l'instar de milliers de retraités, Magaly Valencia a découvert, il y a quelques jours, que sa pension s'était réduite comme peau de chagrin, à cause d'un pari financier raté.

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Au Chili, un dixième du salaire de chaque travailleur est versé sur un compte personnel géré par une administratrice de fonds de pension (AFP), qui investit ce capital sur les marchés financiers.

Magaly Valencia a placé son argent dans le fonds E, le moins risqué des cinq disponibles, comme 761.000 Chiliens, dont 69.000 de plus de 60 ans, déjà à la retraite ou sur le point de l'être.

C'est ce fonds qui a été le plus touché : il a chuté de 10,4 % en moyenne, entre janvier et septembre.

Les AFP ont placé une partie des fonds sur des contrats qui auraient été avantageux si les taux d'intérêt aux États-Unis baissaient. Mais ils ont augmenté.

"C'est une déception totale parce qu'on nous a menti. On nous a toujours dit que c'était le fonds le plus sûr", déplore cette femme de 70 ans, qui vit avec son mari à Santiago, dans un quartier de classe moyenne.

Depuis que Mme Valencia est à la retraite, sa pension est recalculée chaque année en fonction du solde de son compte et ses fonds, dit-elle, ont diminué de près de 10.000 dollars depuis le début de l'année.

- Modèle créé sous Pinochet -

Le modèle des AFP a été créé au Chili en 1981, durant la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990). Les comptes privés individuels ont alors remplacé un ancien système public de répartition, selon lequel les travailleurs finançaient les retraites.

Actuellement, les fonds de pension privés comptent plus de 12,2 millions d'affiliés.

Après 40 ans de travail, Valencia est passée d'un salaire mensuel d'environ 2.000 dollars à un revenu de 750 dollars. Ce montant inclut ce que lui verse son AFP et la pension universelle garantie, instaurée par le gouvernement en 2022 pour compléter les revenus de la majorité des retraités.

"On se prépare à prendre sa retraite sans dettes, en pensant que l'argent suffira pour la nourriture et les médicaments. Mais personne ne pense qu'au moment de la retraite, toutes les maladies arrivent", confie-t-elle.

Bien qu'elle ait souscrit une assurance santé, de lourdes dépenses médicales restent en outre à sa charge.

Un cancer du sein, diagnostiqué peu après son départ à la retraite, l'a obligée à débourser environ 7.000 dollars pour une opération chirurgicale urgente. Et, souffrant d'arthrose, elle doit maintenant subir une autre intervention qui pourrait lui coûter 10.000 dollars.

"Avant, j'aimais bien les petits gâteaux ou aller manger quelque part, même si cela coûte de l'argent. Tout ça, c'est fini", regrette-t-elle.

- Vivre avec moins -

La chute du fonds E a suscité des critiques de tout l'éventail politique, ainsi que des enquêtes du régulateur du secteur et d'une commission parlementaire sur un éventuel manquement des AFP à leur devoir de prudence.

En septembre, ces contrats affichaient une perte de 10 milliards de dollars, selon la Direction générale des pensions.

Seuls 7,5 % des retraités chiliens perçoivent une pension supérieure au salaire minimum de 550 dollars, selon cette administration.

"Il est possible qu'il y ait une amélioration" si les AFP conservent ces contrats et si les taux d'intérêt aux États-Unis baissent, explique son ex-directeur, l'économiste Guillermo Larrain.

Mario Rebolledo, ancien employé de banque âgé de 64 ans, est passé de l'incertitude aux tribunaux : il a assigné son AFP en justice après avoir perdu quelque 5.550 dollars entre avril et octobre dans les deux fonds, E et D, où est placé son capital.

Le fonds D a été le deuxième le plus touché, avec une baisse de 6,4 % entre janvier et septembre.

"Ça a été une bombe pour moi, je me suis senti escroqué, je me suis senti volé", s'insurge M. Rebolledo, qui a pris sa retraite il y a deux ans, avec une pension d'environ 505 dollars.

Le loyer étant de 400 dollars, "ma pension ne dure qu'une journée", dit-il. Pour survivre, il vend des vêtements vintage le week-end.

Convaincu que son AFP doit répondre de ces pertes, il refuse de renoncer à récupérer son argent. "Je me battrai jusqu'au bout !", affirme-t-il.

B.AbuZeid--SF-PST