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Venezuela : la province accuse Caracas de lui prendre son électricité
Venezuela : la province accuse Caracas de lui prendre son électricité / Photo: JOHNNY PARRA - AFP

Venezuela : la province accuse Caracas de lui prendre son électricité

Les habitants du Tachira, dans l'ouest du Venezuela, en ont assez des coupures de courant quotidiennes alors que leur Etat produit de l'électricité qui est, selon eux, détournée au profit de la capitale Caracas, où les coupures sont plus rares.

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A l'extérieur de Caracas, notamment dans l'Ouest, les coupures d'électricité sont récurrentes, alors que le pays a un besoin urgent d'augmenter sa production d'énergie pour relancer son secteur pétrolier et satisfaire la demande de sa population.

"J'en ai vraiment marre, je suis épuisée et maintenant je vois que nous pourrions avoir du courant tout le temps, mais il faut alimenter la bulle (Caracas) pour que les quartiers (défavorisés) ne se soulèvent pas", déclare, irritée, à l'AFP, Josner Herrera, une secrétaire de 38 ans.

Les autorités ont réussi ces dernières année à éviter les coupures dans la capitale et les protestations qui auraient pu en découler.

Les déclarations cette semaine d'un politicien local soulignant que l'absence de coupures à Caracas se faisait aux dépens de la province ont mis cette femme en colère.

L'ancien député régional Heriberto Labrador a affirmé lors d'un événement public que la centrale thermique du Tachira produit quelque 70 mégawatts, une capacité suffisante pour couvrir la demande intérieure de la région. Toutefois, une grande partie de la production part vers le Système interconnecté national.

"S'il y a un surplus, qu'on leur donne, mais ce qui manque ici, c'est un gouvernement qui veuille le meilleur pour l'Etat de Tachira" et subvienne aux besoins locaux en priorité, déclare-t-il à l'AFP.

Plusieurs communes de l'Etat ont connu jusqu'à 26 heures sans électricité et les coupures de plus de cinq heures sont devenues fréquentes.

Celles-ci "paralysent l'activité commerciale et affectent gravement la chaîne du froid des producteurs agricoles et des éleveurs", avec de lourdes pertes à la clé, a-t-il souligné. Sans compter celles des particuliers.

- "Quelle injustice !" -

L'exaspération a poussé cette semaine des habitants à bloquer de nuit la route qui relie le Tachira à l'Etat voisin de Barinas, avec des protestations à coups de casseroles et de klaxons de voitures.

"C'est incroyable. On se moque de nous, les habitants du Tachira, qui souffrons de ça (coupures) depuis des années", fulmine Irma Villasmil, 48 ans, sous-directrice d’une banque à San Cristobal. "Nous avons toujours des rationnements juste parce que Caracas ne peut pas se retrouver sans électricité".

Son réfrigérateur est tombé en panne à deux reprises, raconte-t-elle, alors que le retour du courant s'effectuant parfois avec des surtensions. "Ça suffit, ce n'est pas parce qu'ils sont la capitale que la province doit payer les pots cassés. Quelle injustice !", s'insurge-t-elle.

Le gouverneur pro-pouvoir Freddy Bernal, en poste depuis près de cinq ans, a évité de parler du sujet lorsqu'il a été interrogé par la presse locale.

Ces derniers mois, le gouvernement de la présidente par intérim Delcy Rodriguez a lancé des réformes dans les secteurs du pétrole et des mines, afin d'attirer des capitaux étrangers, mais... ces industries consomment elles aussi de l'électricité.

La dirigeante vénézuélienne, qui gouverne sous la pression de Washington après la capture de Nicolas Maduro en janvier, a soumis au pouvoir législatif une réforme du secteur électrique, qui n'a pas encore été approuvée.

En parallèle, Mme Rodriguez a également conclu avec les Etats-Unis un accord par lequel elle cède 20% des gigantesques réserves pétrolières du Venezuela. Un accord accompagné par des contrats avec des entreprises étrangères d'électricité comme GE Vernova, pour retrouver 5.000 mégawatts en quatre ans.

- "Apaiser" la crise -

Il s'agit d'un immense défi. Selon le député de l'opposition Ezio Angelini, le Venezuela produisait 20.000 mégawatts par jour et en consommait environ 12.000, avant l'arrivée de Hugo Chavez au pouvoir en 1999.

Aujourd'hui, le pays a une production quotidienne moyenne de 12.000 mégawatts quand il en aurait besoin d'au moins 14.000, d'après le parlementaire.

Lors d'une récente visite au Venezuela, le secrétaire américain à l'Energie, Chris Wright, a insisté sur l'importance de remettre d'aplomb le secteur électrique. "La bonne nouvelle, c'est qu'il existe déjà aujourd'hui au Venezuela une énorme capacité de production électrique, qui ne fonctionne pas" pour le moment mais qui peut être réactivée.

"Assez rapidement (...) des gigawatts de capacité seront ajoutés au système électrique vénézuélien simplement en réactivant une partie des infrastructures existantes", a-t-il déclaré à l'AFP.

En attendant, les habitants du Tachira et d'autres régions vénézuéliennes sont excédés. Des manifestations au son des casseroles ont eu lieu à Barinas et des protestations se sont déroulées à Valence (170 km de Caracas) et Maracaibo, la capitale pétrolière.

Bien que le gouvernement ait annoncé en août une réduction de la journée de travail dans le secteur public pour "apaiser" la crise électrique, plusieurs quartiers de Caracas ont commencé à subir des coupures.

D.Khalil--SF-PST