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Pourquoi mille navires ont perdu leur GPS au Moyen-Orient
Les équipements GPS des porte-conteneurs, pétroliers et autres navires immobilisés au Moyen-Orient à cause de la guerre sont probablement moins pointus que ceux du téléphone sur lequel vous lisez cet article.
C'est ce qui explique que depuis le début du conflit, un millier de navires dans le Golfe et le Golfe d'Oman ont été aveuglés à un moment ou un autre par un brouillage des signaux de navigation par satellite, incapables de connaître leur localisation, selon Dimitris Ampatzidis, analyste de la société Kpler, qui a des antennes partout dans le monde pour surveiller les mouvements maritimes.
Soit la moitié des 2.000 navires présents dans la zone, selon lui. L'immense majorité se trouve au large des Emirats arabes unis et d'Oman.
Un système de positionnement par satellites est une constellation qui envoie des signaux avec l'heure vers la Terre, et permet au récepteur de se localiser.
Un smartphone moderne reçoit les signaux des quatre constellations planétaires: les 31 satellites du GPS américain, mais aussi ceux de Galileo (Europe), GLONASS (Russie) et BeiDou (Chine). La majorité utilise deux bandes de fréquences GPS: une plus ancienne et plus faible, et une plus récente et plus puissante.
"La plupart de ces navires n'écoutent que le signal civil GPS original, appelé L1 C/A, qui existe depuis le début des années 1990" et connu pour la première démonstration de brouillage d'un bateau civil, un yacht, en 2013 en Méditerranée, explique à l'AFP Todd Humphreys, professeur à l'université du Texas à Austin.
Une grande partie des vaisseaux est donc incapable de se replier sur BeiDou ou Galileo, en cas de brouillage du GPS.
C'est pire pour les avions, à cause de la réglementation: "Aucun avion dans le monde n'a de récepteur GPS capable de recevoir et d'interpréter d'autres signaux que le GPS L1 C/A. Ils ont 15 ans de retard", dit-il.
- Spoofing -
Brouiller un signal GPS est "facile", résume Katherine Dunn, autrice d'un livre à paraître sur l'histoire du GPS, Little Blue Dot. "Il suffit d'un transmetteur radio qui émette sur la même fréquence mais plus fort. C'est juste un mur de bruit".
Une technique plus dangereuse, le "spoofing", affecte le système d'identification automatique du navire (AIS, en anglais). Chaque bateau émet, chaque seconde sur une fréquence radio universelle, un message annonçant son identité, sa destination et... sa position.
Le spoofing manipule ce système: le navire touché envoie une position erronée, voire impossible: des porte-conteneurs se retrouvent à l'écran sur terre en Iran ou aux Emirats...
- Horloges -
Aujourd'hui, le signal GPS ne sert pas qu'à connaître son positionnement, il alimente les horloges à bord, le radar et l'indicateur de vitesse, explique encore Katherine Dunn.
Même si les navires bloqués au large des Emirats ou du Koweït étaient protégés des drones et escortés pour passer le détroit d'Ormuz, naviguer sans GPS resterait périlleux: "étant donné la taille des bateaux, les aides électroniques sont devenues nécessaires pour les manoeuvrer", dit un capitaine de marine marchande qui a piloté des porte-conteneurs dans les mers du monde.
Les équipages doivent donc "recourir aux outils du 20e siècle, le radar ou les points remarquables", dit-il à l'AFP sous couvert d'anonymat.
- Brouillage défensif -
Le brouillage vient sans doute des deux camps, offensivement et défensivement. Les Etats du Golfe dirigent leurs systèmes vers leurs côtes contre les drones iraniens Shahed, guidés par satellite, au prix, jugé acceptable, de perturber toute leur vie quotidienne.
C'est ce qu'ont décidé les Israéliens en 2024, et les Iraniens après la guerre de 12 jours.
"Même si le brouillage ou le spoofing affecte leurs trafics aériens et maritimes, les chauffeurs de taxi ou les applications de rencontre, ils le feront, comme Israël l'a fait en 2024 pendant un an", prédit Todd Humphreys.
Pour les airs et les mers, des start-ups développent des technologies de navigation alternatives, captant le magnétisme terrestre ou par navigation inertielle.
Mais pour les flottes de navires actuelles, naviguer sans GPS reste un avenir lointain.
J.Saleh--SF-PST