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Trump veut choisir le prochain dirigeant iranien, la panique gagne Beyrouth
Donald Trump a estimé jeudi qu'il "devait être impliqué" dans le choix du successeur du guide suprême iranien Ali Khamenei, au sixième jour d'une guerre au Moyen-Orient qui a semé la panique à Beyrouth et s'étend chaque jour un peu plus.
"Le fils de Khamenei n'est pas acceptable", a déclaré le président américain. "Nous voulons quelqu'un qui apporte la paix et l'harmonie à l'Iran", a-t-il ajouté, mentionnant une des personnalités citées pour succéder au guide suprême tué samedi.
L'offensive américano-israélienne sur l'Iran, conçue pour empêcher Téhéran de se doter de l'arme nucléaire, recompose fortement les rapports de force régionaux.
Elle touche les monarchies du Golfe, incite les Occidentaux à dépêcher des forces et suscite des craintes majeures, sur les menaces militaires tous azimuts comme sur l'économie planétaire.
La panique s'est emparée de Beyrouth jeudi, après un appel inédit d'Israël à évacuer le sud de la capitale. Des embouteillages monstres se sont immédiatement formés dans ce bastion du Hezbollah pro-iranien, habité par des centaines de milliers de personnes.
Selon le ministère libanais de la Santé, au moins 102 personnes ont été tuées et 638 blessées, avec quelque 83.000 déplacés depuis lundi, un bilan susceptible d'augmenter.
"Très bientôt, Dahiyeh (banlieue sud de Beyrouth, NDLR) ressemblera à Khan Younès", a déclaré le ministre israélien des Finances d'extrême-droite Bezalel Smotrich sur Telegram, en référence à la ville de la bande de Gaza dévastée par la guerre entre Israël et le Hamas depuis octobre 2023.
- Téhéran et le Golfe frappés -
A Téhéran, des explosions ont été entendues en début de journée par des journalistes de l'AFP, derrière le ronflement sourd d'avions militaires, tandis que les habitants dégageaient les débris de la veille.
"Nous tournons une page très importante de notre histoire et je n'ai pas peur", a assuré un Iranien de 30 ans. "L'espoir est la seule chose qu'il nous reste aujourd'hui", a-t-il ajouté sans décliner son identité.
Le stade Azadi de Téhéran, l'un des plus iconiques de la région, a été réduit en cendres, comme en témoignent des photos de l'AFP. L'agence officielle Irna évoque un bilan de 1.230 morts depuis samedi, des chiffres que l'AFP n'est pas en mesure de vérifier.
Des déflagrations ont aussi résonné au Qatar et à Bahrein, où une frappe de missile a provoqué un incendie dans la principale raffinerie de pétrole étatique avant d'être maîtrisé. A Abou Dhabi, les autorités ont affirmé répondre à une "menace de missile". Sept employés népalais et pakistanais ont été blessés dans une zone industrielle émiratie.
Des diplomates occidentaux à Ryad ont par ailleurs indiqué à l'AFP avoir été appelés à se mettre à l'abri. Le quartier diplomatique de la capitale saoudienne a été bouclé, selon un témoin.
- "Brutalement massacré" -
Car l'Iran réplique aux frappes américano-israéliennes avec son arsenal de drones et missiles. Il a dit viser jeudi l'aéroport de Tel-Aviv et une base radar du nord d'Israël. Il a ciblé une base américaine au Koweit ainsi qu'Erbil, dans le nord de l'Irak.
"Notre peuple est brutalement massacré alors que les agresseurs ciblent délibérément des zones civiles", a accusé son chef de la diplomatie sur X, Abbas Araghchi.
La République islamique a en revanche démenti avoir visé l'Azerbaïdjan où, selon Bakou, deux personnes ont été blessées par des drones iraniens dans la région de Nakhitchevan.
Bombardée sans relâche, Téhéran présente des allures de ville morte. L'ONU estime que 100.000 personnes ont fui la ville durant les deux premiers jours de la guerre. La capitale est "déserte" et "il y a des contrôles de patrouilles de police partout", a témoigné sur Telegram Abid, un habitant.
La capitale reprenait quelques couleurs jeudi par rapport au début de semaine, avec davantage de circulation, mais des hommes armés contrôlaient aléatoirement les grands axes, a constaté l'AFP.
L'internet ne fonctionne guère qu'"autour de 1% de son niveau habituel", selon l'ONG NetBlocks. Des habitants de Téhéran contactés depuis Paris ont indiqué à l'AFP avoir été avertis que des connections répétées leur vaudrait le blocage de leur ligne et une procédure judiciaire.
- "Continuez, jusqu'au bout" -
L'Europe se mobilise prudemment. Rome envoie des "systèmes de défense aérienne, antidrones et antimissiles" dans le Golfe, et une frégate espagnole accompagnera le porte-avions français Charles-de-Gaulle en Méditerranée orientale avec des bâtiments grecs.
Quatre jours après une frappe de drone sur la base britannique d'Akrotiri, Londres a déployé quatre avions de combat Typhoon au Qatar, rejoignant un navire de guerre équipé d'un système de missiles et des hélicoptères antidrones.
Aux antipodes, l'Australie a déployé deux avions militaires. Même le Canada, qui jugeait les frappes contre l'Iran "contraires au droit international", n'exclut plus une participation de ses forces.
Entre panique des marchés, volatilité des cours et ralentissement des flux commerciaux, les milieux d'affaires craignent le grand plongeon. L'économie mondiale est "de nouveau mise à l'épreuve", a averti le Fonds monétaire international (FMI).
Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont bloqué le trafic dans le détroit d'Ormuz, par où transitent 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux. Le détroit, le Golfe et le Golfe d'Oman ont été classés "zone d'opérations de guerre" par le secteur maritime international.
La Maison Blanche a démenti vouloir armer des milices kurdes contre Téhéran mais a confirmé des discussions avec certains de leurs dirigeants.
Aucune volonté d'apaisement n'émerge. Selon le ministre israélien de la Défense, son homologue américain a confirmé son blanc-seing: "continuez jusqu'au bout, nous sommes à vos côtés".
burs-dla/cm
K.Hassan--SF-PST