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Nouvelle journée de frappes tous azimuts au Moyen-Orient
Les frappes s'enchaînent sans relâche jeudi sur les capitales du Moyen-Orient, de Jérusalem à Téhéran en passant par Beyrouth et les mégalopoles du Golfe, dans une guerre qui n'en finit pas de s'étendre et plonge la planète entière dans l'inquiétude.
Au sixième jour de l'attaque américano-israélienne sur l'Iran, des explosions lointaines mais très fortes ont été entendues par des journalistes de l'AFP à Téhéran, derrière le ronflement sourd d'avions militaires.
Les habitants s'affairaient pour dégager les dégâts de la veille dans l'est de la ville, d'après des images d'AFPTV.
"Nous tournons une page très importante de notre histoire et je n'ai pas peur", a affirmé un Iranien de 30 ans. "L'espoir est la seule chose qu'il nous reste aujourd'hui", a-t-il ajouté sans décliner son identité.
Des déflagrations ont résonné à Doha, d'où s'est élevé une colonne de fumée. Six employés migrants népalais et pakistanais ont été blessés par des débris de drone, dans une zone industrielle d'Abou Dhabi.
Dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien pilonné par Israël, des images de l'AFPTV ont montré dès l'aube des immeubles éventrés.
L'offensive américano-israélienne sur l'Iran, officiellement destinée à empêcher Téhéran de se doter de l'arme nucléaire, a depuis samedi initié une incertaine recomposition des rapports de force dans la région.
Elle réplique par des salves de drones et missiles contre Israël et sur des cibles américaines et alliées dans le Golfe.
- La crainte du grand plongeon-
Mais l'armée iranienne a démenti avoir visé l'Azerbaidjan, après que, selon Bakou, deux personnes ont été blessées par des drones iraniens dans la région de Nakhitchevan. Bakou a affirmé que "ces actes belliqueux ne resteraient pas sans réponse".
L'Europe ne reste pas sans réagir. Rome envoie une aide en matière de défense antiaérienne aux pays du Golfe. Et une frégate espagnole va accompagner le porte-avions français Charles-de-Gaulle en Méditerranée orientale, avec des bâtiments grecs.
Le ministre britannique de la Défense John Healey se rend lui à Chypre jeudi, quatre jours après une frappe de drone sur la base britannique d'Akrotiri et l'interception de deux autres engins la visant.
Entre panique des marchés, volatilité des cours et ralentissement des flux commerciaux dans une région stratégique, les milieux d'affaires craignent le grand plongeon.
L'économie mondiale est "de nouveau mise à l'épreuve", a averti la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva, tandis que Séoul activait un fonds de stabilisation du marché.
La Chine, craignant des pénuries, a demandé à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d'essence, selon l'agence Bloomberg.
Dans la région, l'Iran a affirmé jeudi avoir frappé la région autonome du Kurdistan irakien, alors que Téhéran redoute que les factions armées kurdes ne profitent du chaos pour défier son pouvoir.
"Les groupes séparatistes ne doivent pas s'imaginer qu'un vent nouveau s'est levé et tenter d'agir", a prévenu Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, une des grandes figures du pouvoir épargnées jusque là par les frappes.
La Maison Blanche avait démenti mercredi vouloir armer des milices kurdes pour susciter un soulèvement en Iran. Mais elle a confirmé des discussions avec des dirigeants de cette minorité, aux confins entre Irak, Iran et Turquie.
"Nous ne nous rendrons pas" -
Le champ de bataille semble illimité: mercredi, pour la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale, un sous-marin américain a coulé un bateau de guerre iranien dans l'océan Indien.
Les autorités srilankaises, qui mènent les recherches, ont fait état d'au moins 87 marins tués et de dizaines de disparus. Les Etats-Unis "regretteront amèrement" le précédent, a averti le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi.
L'Iran a lancé de nouvelles salves contre Israël, et affirmé avoir touché un pétrolier américain dans le Golfe, envoyant aussi un deuxième navire de guerre vers le Sri Lanka.
Tôt jeudi, Israël lançait des attaques contre le Liban pour le quatrième jour consécutif, après avoir progressé dans plusieurs localités frontalières.
Le pays du Cèdre est aspiré dans la guerre après une première attaque contre Israël du Hezbollah, soucieux de "venger" la mort de l'ayatollah Khamenei. "Nous ne nous rendrons pas", a martelé le chef du mouvement chiite, Naïm Qassem, que le pouvoir libanais somme - en vain - de rendre les armes.
- Le détroit d'Ormuz bloqué -
Dans le stratégique détroit d'Ormuz, le trafic maritime est toujours paralysé. Les Gardiens de la Révolution iraniens revendiquent depuis mercredi le contrôle "total" du passage, par lequel transitent 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
Dans ce contexte, un pétrolier ancré au large du Koweït a subi une "forte explosion", selon l'agence de sécurité maritime britannique UKTMO. L'équipage est sain et sauf.
Pilonnée sans relâche, Téhéran a pour sa part des allures de ville morte. L'ONU estime que 100.000 personnes ont fui la ville au deux premiers jours de la guerre.
"Téhéran est aussi désert qu'hier (...). Il y a des contrôles de patrouilles de police partout", a témoigné sur Telegram Abid, un de ses habitants.
Les autorités ont reporté sine die les obsèques d'Ali Khamenei, invoquant une forte affluence. Mercredi, des milliers de personnes s'étaient rassemblées dans le pays en hommage au défunt, selon la télévision publique iranienne.
Certains brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Mort à l'Amérique" et "Mort à Israël".
Et le pouvoir continue de verrouiller les communications. L'internet fonctionne "autour de 1% de son niveau habituel", selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks.
burs-dla/cab
O.Mousa--SF-PST