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Argentine: un Milei consolidé lance au Parlement la seconde moitié de son mandat
Succès électoral, réformes adoptées, ouverture commerciale: le président ultralibéral argentin Javier Milei ouvre dimanche face au Parlement sa seconde moitié de mandat en position de force, avec un élan dérégulateur intact, mais des performances économiques contrastées.
Voici un tableau de bord du dirigeant argentin, à l'heure de son discours annuel au Parlement.
- Ses réformes avancent -
Malgré une année 2025 difficile, entre turbulences sur le peso et soupçons de corruption égratignant son entourage, Javier Milei a défié les sondages en remportant en octobre les législatives de mi-mandat, avec 40% des voix. Il a ainsi renforcé son poids au Parlement, bien qu'encore sans majorité absolue.
Sans attendre, il a convoqué ce Parlement désormais moins hostile en session extraordinaire durant l'été, pour faire passer, moyennant quelques concessions et alliances de circonstance, un budget et plusieurs réformes.
Certaines, marginales mais populaires (responsabilité pénale abaissée de 16 à 14 ans). D'autres bien plus clivantes, comme la flexibilisation d'une législation du travail datant en partie des années 1970.
Conforté, de plus, dans son désir d'ouverture à tout crin de l'économie par des accords commerciaux (avec l'Union européenne via le Mercosur) ou douaniers (avec les Etats-Unis), M. Milei "commence l'année mieux que jamais", estime Pablo Touzon, politologue au cabinet Escenarios.
Le président avait annoncé après son succès électoral d'octobre des réformes "de deuxième génération": du travail, fiscale, du code pénal, à terme des retraites. A quelle cadence? "Milei ne sait qu'aller de l'avant", tranche le politologue.
- En bas, ça ne suit pas
Mais ses succès, la maîtrise de l'inflation, la stabilisation de certaines variables macro-économiques "n'ont pas à ce jour été accompagnés (...) d'un soulagement significatif dans le porte-monnaie des gens", rappelle Pablo Touzon.
"La fin de mois? C'est la moitié du mois que je n'arrive pas à boucler! Je râcle l'autre moitié", s'étranglait vendredi dans la manifestation contre la réforme des lois du travail Veronica Arroyo, retraitée de 54 ans.
En deux ans, près de 300.000 emplois ont été perdus, entre public et privé, revers d'une austérité budgétaire qui a anémié la consommation hormis pour une frange aisée. La reprise en 2025 (+4,4%, après une récession de -1,8% en 2024) a été tirée par quelques secteurs (agraire, mines), tandis qu'industrie et commerce restaient dans le rouge.
- Combien sur le carreau?
Textile, électroménager, construction... chaque semaine apporte l'annonce de fermetures d'usines et de licenciements: comme Fate (900 emplois), emblématique fabricant de pneumatiques, vaincu par l'ouverture aux importations exposant une industrie argentine longtemps protégée.
"Nous sommes conscients, c'est dur à admettre, que certains d'entre nous vont rester sur le carreau, mais si c'est le prix à payer pour que nos petits-enfants, enfants, aient une Argentine normale, un pays qui progresse, avec un avenir, je crois que ça en vaut la peine", commentait récemment le président de la Chambre de commerce et services, Mario Grinman.
De sa réforme du travail, l'exécutif attend d'avantage d'embauches, que même le patronat ne garantit pas: "La création d'emplois (...) ne se résout pas uniquement avec une loi", a prévenu le président de l'influente Union industrielle (UIA), Martin Rappallini.
- Le paradoxe Milei
En 2025 "le gouvernement a eu deux grands sauvetages", rappelle Touzon. L'un, financier, par l'allié Donald Trump, "conséquence du pari gagné par Milei de son alignement idéologique". "L'autre sauvetage, par le peuple argentin qui a voté pour lui en masse malgré une année économique difficile."
"Je ne suis pas fan (de Milei), ni aveugle, je trouve qu'il a dérapé ces temps-ci avec certaines choses, comme la réforme du travail", confie Ariel Tarquis, étudiant de 24 ans qui avait pourtant voté en 2023 pour ce "nouveau visage". Mais il n'oublie le "grand progrès" d'avoir vu des prix un peu stabilisés sur les rayons.
C'est le "paradoxe Milei" que relèvent les sondeurs: une morosité sur l'horizon économique, une majorité de ménages en souffrance, mais une résilience de la "marque Milei". Dont le parti, régulièrement pointé à plus de 40%, domine le paysage.
Un Milei "hégémonique" résume Pablo Touzon, face à une opposition péroniste groggy, "sans alternative proposée en deux ans, comme résignée à être +meilleur deuxième+". En fait, "le système politique agit comme si la réélection était assurée en 2027" pour Javier Milei, perçoit le quotidien La Nacion (centre droit).
N.Awad--SF-PST