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Thierry Breton, l'ancien commissaire européen devenu paria aux Etats-Unis
Forte tête, Thierry Breton s'était imposé comme une figure centrale de l'ancienne équipe de la Commission européenne avec son combat en faveur de la régulation des géants de la tech, qui lui vaut aujourd'hui une interdiction de séjour aux Etats-Unis.
Le Français, qui a souvent multiplié les passes d'armes avec Elon Musk, a choisi le réseau social du milliardaire américain pour protester à sa façon contre la sanction de l'administration Trump.
"Un vent de maccarthysme souffle-t-il à nouveau?", s'est-il interrogé sur X, en référence à la chasse aux sorcières anticommuniste menée par le sénateur américain Joseph McCarthy dans les années 1950.
"Pour rappel : 90 % du Parlement européen — démocratiquement élu — et les 27 États membres à l'unanimité ont voté le DSA", a-t-il souligné à propos de la législation européenne sur le numérique, dont il fut l'un des artisans.
Inattendue, la sanction américaine contre cet ancien membre de la Commission, remet en lumière son activité tous azimuts quand il officiait à Bruxelles.
Commissaire européen au Marché intérieur de 2019 à 2024, le Français était sur tous les fronts, quitte à en faire trop et à succomber aux joutes politiques qu'il aura menées contre la présidente de l'exécutif européen Ursula von der Leyen.
Thierry Breton s'y est surtout fait connaître du grand public pour sa lutte contre les abus de pouvoir des géants du numérique, avec son style de patron à la fois atypique et très politique.
Chargé du numérique à la Commission jusqu'à son départ, il est alors à la manoeuvre dans les enquêtes visant X (ex-Twitter), Meta (Facebook, Instagram) et TikTok, pour la diffusion présumée de "fausses informations" et de "discours de haine".
Sur les réseaux sociaux, il interpelle directement Elon Musk qui lui répond du tac au tac. Les deux hommes, qui se sont rencontrés à plusieurs reprises, semblent d'abord s'apprécier, mais la multiplication des mises en cause de X en Europe les conduit à des échanges publics de plus en plus hostiles.
Les législations européennes (DSA et DMA) pour mettre au pas les géants du numérique Amazon, Apple, Google ou Meta seront l'un des principaux faits d'armes de cet ancien ministre français de l'Economie.
Ces deux textes imposent de nouvelles obligations pour en finir avec les abus de position dominante et le laisser-faire dans la diffusion de contenus illégaux. "L'internet ne peut rester un Far West", résume le nouveau shérif du web.
Au Parlement européen, une série d'élus de gauche et du centre lui ont apporté leur soutien après la sanction américaine.
"Nous ne sommes pas une colonie des États-Unis! (...) Cette sanction scandaleuse contre Thierry Breton rend hommage à son combat pour notre souveraineté", a réagi l'eurodéputé social-démocrate Raphaël Glucksmann.
- Gants de boxe -
La commission européenne a condamné fermement ces sanctions et son successeur Stéphane Séjourné a fait part de sa "solidarité totale". "Aucune sanction ne fera taire la souveraineté des peuples européens", a-t-il assuré.
A sa nomination en 2019, Thierry Breton avait quitté la tête du groupe français de technologies Atos pour devenir le premier grand chef d'entreprise à débarquer dans l'univers policé de la Commission européenne.
Très présent dans les médias, habile sur les réseaux sociaux, il cherche vite la lumière et soigne son image de disrupteur qui fait bouger les lignes.
Il aime sortir les gants de boxe, y compris parfois contre certains collègues.
Il aura sans doute engagé le combat de trop au printemps 2024 en s'en prenant publiquement à la présidente Ursula von der Leyen, lors d'une polémique sur une nomination.
Se disant désavoué par la dirigeante allemande, il prend ensuite les devants en septembre 2024 en claquant avec fracas la porte de la Commission, laissant la place à Stéphane Séjourné, un fidèle d'Emmanuel Macron.
Il a pourtant longtemps eu l'oreille d'Ursula von der Leyen.
Car l'ancien professeur de gouvernance des entreprises à Harvard, auteur de plusieurs romans d'anticipation et essais de science-fiction, sait se rendre indispensable, comme en 2021, pour déminer le dossier sensible des vaccins, alors que l'Europe est vilipendée pour son retard à l'allumage en pleine crise du Covid.
L'ingénieur de 70 ans à la chevelure frisonnante n'est pas le meilleur des orateurs et est parfois raillé pour ses prises de parole longues et désordonnées.
Mais l'ancien patron de grands groupes français de la "tech" (Bull, Thomson Multimédia, France Telecom, Atos) qui avait rejoint le conseil consultatif international de Bank of America après son départ de Bruxelles, affectionne les plateaux télés. Ils les fréquente assidûment depuis qu'il a quitté la Commission, pour défendre "l'Europe puissance" et la régulation du numérique.
C.Hamad--SF-PST