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Présidentielle au Chili: l'extrême droite de Kast favorite face à la gauche de Jara
Le Chili élit dimanche son prochain président lors d'un second tour dominé par l'insécurité et l'immigration, des thèmes qui ont propulsé le leader d'extrême droite José Antonio Kast en position de favori face à sa rivale de gauche Jeannette Jara.
Le leader du Parti Républicain, qui promet de lutter contre la criminalité en expulsant les quelque 337.000 migrants en situation irrégulière dans le pays, pourrait devenir le premier président d'extrême droite depuis la fin de la dictature de Pinochet en 1990.
Tous les sondages le donnent largement en tête face à sa rivale du Parti communiste et représentante d'une vaste coalition de partis de gauche et de centre gauche. La loi interdit au président de gauche Gabriel Boric de briguer un second mandat consécutif.
Jeannette Jara est arrivée en tête du premier tour en novembre, mais José Antonio Kast et l'ensemble des candidats de droite ont cumulé plus de 50% des suffrages.
Bien que le Chili reste l'un des pays les plus sûrs du continent, les homicides ont augmenté de 140% en dix ans, passant de 2,5 pour 100.000 habitants à 6 en 2024, selon le gouvernement. La moyenne régionale est de 15, selon l'ONU.
Les enlèvements ont également progressé, de 76% entre 2021 et 2024, pour atteindre 868 l'année dernière, selon le ministère public.
- Compte à rebours -
L'ultraconservateur de 59 ans entretient un compte à rebours des jours le séparant, selon lui, de son arrivée au pouvoir le 11 mars et de l'expulsion des migrants sans papiers qu'il promet. Il veut aussi construire un mur à la frontière avec la Bolivie et envoyer 3.000 militaires aux frontières.
La perception d'insécurité au sein de la population "joue un rôle très important en politique et particulièrement en politique électorale. Je pense que la droite a su instrumentaliser cela à son avantage", analyse Guillaume Long, du Centre d'études économiques et politiques (CEPR) de Washington.
José Antonio Kast a cependant exclu mercredi dernier lors d'un face-à-face avec son adversaire de reproduire les descentes anti-immigration vues aux Etats-Unis. "Nous ne parlons pas (de raids) comme ceux de l'ICE", la police fédérale américaine de l'immigration, a-t-il affirmé, prônant plutôt des contrôles stricts.
Il y a quatre ans, il avait déjà atteint le second tour, avant de s'incliner face à Gabriel Boric. A l'époque, les électeurs avaient soutenu la promesse de remplacer la Constitution héritée d'Augusto Pinochet afin d'améliorer l'accès à la santé et à l'éducation, dans le sillage de la contestation sociale de 2019.
Aujourd'hui, après deux tentatives avortées de réforme constitutionnelle, la priorité des électeurs va à un renforcement de la sécurité.
- Divergences -
Jeannette Jara, 51 ans, a ainsi dû ajuster son discours en donnant plus de place à la question sécuritaire, sans pour autant abandonner ses propositions sociales.
"Il n'y a pas de candidature plus engagée que la nôtre en matière de sécurité : sécurité pour lutter contre la criminalité et sécurité pour arriver à la fin du mois", a-t-elle déclaré.
En matière d'immigration, elle promet des contrôles renforcés aux frontières et un recensement des sans-papiers afin d'identifier ceux qui ont un casier judiciaire et de les expulser.
Sur le plan social, elle défend un salaire minimum proche de 800 dollars, soit environ 250 de plus qu'aujourd'hui.
"Les étrangers, le crime organisé et tous ces sujets sont très importants, mais il y a des choses au-delà de cela", déclare Valentina Valenzuela, une étudiante de 20 ans, qui votera pour Jeannette Jara.
Ancienne ministre du Travail, Jeannette Jara tente de convaincre en misant sur son bilan, notamment la réduction de la semaine de travail à 40 heures et une réforme du système privé de retraites. Elle a critiqué son rival pour son "absence de propositions" concrètes.
Malgré des divergences avec la direction du Parti communiste, son engagement au sein du parti depuis l'adolescence lui a cependant porté préjudice. "Cela a beaucoup pesé" contre elle, souligne Alejandro Olivares, analyste en sciences sociales et politiques de l'Université du Chili.
Q.Najjar--SF-PST