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Présidentielle au Malawi: duel de vétérans sur fond d'économie moribonde
Le président sortant du Malawi affronte son prédécesseur mardi lors d'élections présidentielle et législatives dans un pays où la population, majoritairement pauvre, fait face au quotidien à de nombreuses pénuries.
Le vainqueur devra relever le défi d'une économie moribonde. Quelque 70% des 21 millions d'habitants vivent avec moins de 2,15 dollars par jour selon la Banque mondiale. L'inflation dépasse 27% en rythme annuel et le secteur agricole, qui emploie plus de 80% de la main d'œuvre, a été durement affecté par deux sécheresses et un cyclone dévastateurs depuis 2023.
Dix-sept candidats sont en lice pour la magistrature suprême dans ce pays enclavé d'Afrique australe. Mais selon les analystes, la bataille électorale va de nouveau se jouer entre le sortant et pasteur évangélique Lazarus Chakwera, 70 ans, et son prédécesseur, l'ex-professeur de droit Peter Mutharika, 85 ans.
L'élection se résume à un choix entre "deux déceptions", explique à l'AFP le commentateur politique Chris Nhlane.
"Les deux hommes incarnent un potentiel inexploité et des espoirs déçus, et pourtant, les Malawiens doivent choisir le moindre mal entre les deux", ajoute-t-il.
Les deux hommes, qui se sont affrontés une première fois lors de l'élection 2014 remportée par Mutharika, ont attiré de larges foules lors de leurs derniers meetings de campagne ce weekend. Mais de nombreux jeunes électeurs ne cachent pas leur désenchantement face à l'affiche de l'élection.
"Je préfèrerais aller travailler plutôt que de voter", explique Joseph, auto-entrepreneur de 30 ans qui préfère ne pas donner son nom. "Rien ne change", résume-t-il.
Environ 60% des 7,2 millions d'électeurs inscrits ont moins de 35 ans et des groupes de la société civile se sont mobilisés pour les convaincre l'aller voter mardi, entre 06H00 et 16H00 (de 04H00 GMT à 14H00 GMT).
"Nous n'avons pas besoin d'un leader, nous avons besoin de quelqu'un qui puisse redresser l'économie", explique à l'AFP l'un de ces activistes, Charles Chisambo, 34 ans.
- Pénuries d'essence -
Chakwera, issu du Parti du Congrès du Malawi, a fait campagne sur le thème de la continuité, mettant en avant la livraison de plusieurs chantiers d'infrastructures (routes, écoles, hôpitaux...)
"Il y a eu des plaintes à propos du coût de la vie, du manque de ressources, des pénuries alimentaires", a-t-il reconnu samedi en meeting à Lilongwe, la capitale. "On va tout redresser", a-t-il promis. Quelques jours auparavant, il avait annoncé une forte diminution du prix des engrais.
Lydia Sibale, 48 ans, responsable administrative dans un hôpital, explique maintenir sa confiance au sortant. "Le seul challenge, c'est la crise économique, et elle est mondiale", assure-t-elle à l'AFP, alors qu'elle patiente depuis une heure devant une station-essence pour remplir son réservoir.
La population doit s'adapter à des pénuries de carburants récurrentes, alimentées par le manque de devises étrangères pour s'acquitter de ces importations, conséquence d'un déficit commercial marqué et d'une dette aussi élevée que coûteuse.
En quête d'un deuxième mandat, Chakwera avait accédé au pouvoir après l'annulation des résultats des élections de 2019 pour des irrégularités. Lors du nouveau scrutin en 2020, il avait obtenu près de 59% des voix et privé d'un second mandat Mutharika, du Parti démocrate-progressiste.
Cinq ans plus tard, une forme de nostalgie des années Mutharika, synonymes d'une "relativement meilleure administration", s'est installée, selon l'analyste Mavuto Bamusi.
"La prime au sortant Chakwera a été largement entamée par de mauvais résultats économiques", souligne-t-il.
En meeting à Blantyre, la deuxième ville du pays, Mutharika a déclaré vouloir "sauver ce pays".
"Je vais voter pour APM (Mutharika) car il sait comment gérer l'économie et il a le bien-être des Malawiens à cœur", déclare à l'AFP Thula Jere, étudiant de 31 ans.
Si aucun des candidats ne recueille plus de 50% des voix, un second tour est prévu dans les 60 jours.
Z.AbuSaud--SF-PST