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Quand les médecins troquent le stéthoscope pour les seringues de botox
Délaisser le stéthoscope au profit des seringues de botox et des implants capillaires: de plus en plus de praticiens, jeunes ou moins jeunes, se reconvertissent dans la médecine esthétique, secteur lucratif que le monde médical demande d'encadrer.
Une tendance illustrée par la reconversion, annoncée fin mars, de l'ancien ministre de la Santé Olivier Véran, neurologue de formation.
"Ce n'est pas l'exemple que l'on voudrait voir suivre par trop de médecins", a noté jeudi le ministre délégué à la Santé, Frédéric Valletoux, sur Sud Radio.
La France souffre d'une pénurie de médecins, spécialistes ou généralistes, et quelque 6,7 millions de Français ne trouvent pas de médecin traitant.
La médecine esthétique, non reconnue par l'Ordre des médecins, compte aujourd'hui 8.000 praticiens, soit plus que de neurologues ou de cardiologues. Les tarifs de ces actes sont élevés et non remboursés par la Sécu puisqu'ils relèvent de l'esthétique.
"Le généraliste se retrouve avec une consultation à 26,5 euros alors que l'injection de botox est à 300 euros", relève Yannick Neuder, député LR de l'Isère qui a déposé une proposition de loi pour encadrer les reconversions.
Christelle Jacqueroud, 36 ans, s'est lancée l'an dernier dans cette activité, en parallèle de son cabinet de généraliste dans le Rhône.
"Ça va me permettre d'acheter du matériel de qualité pour mon cabinet", explique à l'AFP la médecin, qui souhaitait avoir une "liberté tarifaire". Aujourd'hui, sa consultation de base en esthétique s'élève à 50 euros --contre 26,5 euros pour sa consultation de généraliste.
- "Ni stress ni fatigue" -
L'Ordre des médecins s'inquiète que des généralistes fraîchement diplômés "aillent d'emblée vers la médecine esthétique", a dit son président François Arnault lors d'une conférence de presse cette semaine.
"De plus en plus de confrères généralistes partent faire de l'esthétique parce qu'ils n'ont plus les contraintes de l'Assurance maladie, et c'est bien plus rémunérateur", abonde Bruno Perrouty, président du Syndicat national des neurologues (SNN), qui évoque le Vaucluse, où il exerce.
Trois ans après l'obtention de son diplôme, Victor Arène, généraliste de 35 ans à La Garenne-Colombes (ouest de Paris), a choisi en 2022 de consacrer une partie de sa semaine (un tiers) à l'esthétique.
Plutôt que la rémunération, ce jeune médecin met en avant le "respect" de la patientèle esthétique, qui vient "pour se faire plaisir". Avant d'avoir son cabinet, lors des remplacements de collègues généralistes qu'il effectuait, il affirme avoir été menacé avec un couteau et "tapé pas mal de fois" par des patients.
La médecine esthétique se distingue de la chirurgie esthétique, plastique ou reconstructrice. Cette dernière nécessite plusieurs années de formation supplémentaire et recouvre des interventions parfois lourdes, dont certaines sont remboursées par la Sécu.
"La médecine esthétique, c'est de la médecine douce, c'est bien pour la fin de carrière. Il n'y a pas de stress ni de fatigue", explique Georges Gereige, urgentiste pendant 16 ans avant de se reconvertir en 2020, à Montbonnot-Saint-Martin (Isère).
- Réguler le secteur -
Injection de botox, laser anti-rides, greffe de cheveux...: un quotidien qui contraste avec ses années aux urgences hospitalières.
Face aux critiques sur l'aspect financier, François Turmel, président du SMNE (Syndicat national des médecins esthétiques) répond qu'un gouffre existe entre les petits cabinets et les "cliniques mercantiles".
Celle des Champs-Élysées, où Olivier Véran va exercer, affiche un chiffre d'affaires de 30 millions d'euros pour 2022.
Les médecins esthétiques ont par ailleurs "un rôle de prévention auprès des jeunes", assure Claire Sabatier, elle aussi médecin.
Car sur les réseaux sociaux, des pseudo-médecins commercialisent des injections dangereuses pour les patients, souvent des jeunes filles. "J'ai un véritable rôle de médecin, on soigne des choses. J'ai des patients qui me voient beaucoup plus que leur médecin de famille", déclare la praticienne niçoise.
Pour réguler le secteur, l'Ordre des médecins veut instaurer une formation de deux ans --ouverte uniquement aux médecins--, avec 60 places seulement chaque année. Une mesure qui pourrait entrer en vigueur dès la rentrée 2024.
W.Mansour--SF-PST