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Des milliers de taxis défilent contre le covoiturage sanitaire
Non au covoiturage pour aller chez le médecin: des milliers de taxis ont manifesté lundi matin à travers toute la France contre la nouvelle loi de finance de la Sécurité sociale, qui mutualise les trajets des patients médicalisés.
A l'appel de l'Union nationale des taxis (UNT), des chauffeurs ont ralenti ou bloqué la circulation sur les grands axes de Paris, Marseille, Toulouse, Lille ou Bordeaux.
En Ile-de-France, les taxis ont notamment ralenti le trafic lundi matin sur l'A1 (nord), avant de converger vers le ministère de la Santé, dans le centre de la capitale.
"On est mobilisés pour dire que ce n'est pas à nous de porter la responsabilité de dire au malade (...) +vous allez devoir partager votre taxi", a déclaré à l'AFP Rachid Boudjema, président de l'UNT, devant le ministère.
Environ 350 taxis ont également manifesté à Toulouse, perturbant la circulation autour de l'aéroport de Blagnac, près d'un site Airbus où se déplace dans l'après-midi le président Emmanuel Macron.
Ils ont ensuite convergé vers le centre-ville et la Caisse primaire d'assurance maladie où ils ont déposé une lettre à l'attention du chef de l'Etat.
"Notre détermination est entière, le mouvement pourrait se durcir si nous n'obtenons pas gain de cause", a lancé Stéphane Abeilhou, porte-parole de l'Union nationale des taxis en Haute-Garonne.
- 100 millions d'économies -
Ces taxis s'opposent à un article du budget de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2024, passé en force au Parlement début décembre.
Les trajets en ambulance ou en taxi sont remboursés s'il sont liés à une hospitalisation, à une affection de longue durée, à un accident du travail, ou s'ils impliquent un trajet de plus de 150 kilomètres.
Le gouvernement veut pousser les patients à accepter une offre de transport sanitaire (véhicule sanitaire léger ou taxi conventionné) partagée avec d'autres patients, via une plateforme en ligne.
Ces transports ont représenté des remboursements de près de 5,5 milliards d’euros en 2022, et 65 millions de trajets ont été réalisés sur l'année pour les seuls taxis et véhicules sanitaires légers (VSL), selon les auteurs du texte de loi.
Près de 15% des trajets sont déjà partagés, avec des dispositifs incitatifs pour les transporteurs les plus partageurs. Mais le refus des patients reste un obstacle de taille.
L'idée est d'en réduire le coût pour la Sécurité sociale à hauteur de 100 millions d'euros par an entre 2025 et 2027, ainsi que la pollution.
Sans raison médicale valable pour la refuser, les patients n'ont plus le droit au tiers payant et devront donc avancer les frais. Ils ne seront ensuite remboursés que sur la base du prix d'un transport partagé.
- "Du bétail" -
Selon le gouvernement, cette mesure impactera peu les patients car elle ne concerne que les transports programmés, lorsque le transport partagé est possible et autorisé par le médecin, par exemple pour les trajets liés à des séances de dialyse ou de rééducation.
Dans les zones rurales, le transport médical représente jusqu'à 90% du chiffre d'affaires des professionnels, selon la Fédération des artisans du taxi.
"Sous prétexte de vouloir faire des économies, ils ne pensent pas du tout au patient", a lancé à Paris le taxi Kamel Belaz. "Le patient, le pauvre, on a l’impression que c’est du bétail."
Avec ces "navettes médicalisées", "on nous enlèverait le médical", a déploré Sergio Valleret, devant la gare Saint-Jean de Bordeaux. Une centaine de chauffeurs ont mené dans cette ville des opérations de blocages routiers, a constaté un journaliste de l'AFP.
Le budget de la Sécurité sociale a été définitivement adopté lundi 4 décembre à l'Assemblée nationale. Une ultime motion de censure avait été rejetée après un parcours jalonné de 49.3, face aux tirs croisés des oppositions.
V.AbuAwwad--SF-PST