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A Marseille, un "Super Cafoutch" pour fuir la grande distribution
"Je ne supportais plus de pousser mon caddie": loin des allées impersonnelles éclairées aux néons, les rayonnages du "Super Cafoutch", premier supermarché coopératif de Marseille, offrent une alternative à la grande distribution pour consommateurs en quête de sens et de prix bas.
Après La Louve en 2016 à Paris, créé sur le modèle de la Park Slope Food Coop de New York, une quinzaine de supermarchés à but non lucratif ont ouvert en France, comme SuperQuinquin à Lille ou La Cagette à Montpellier.
Avec Super Cafoutch, c'est donc au tour de la deuxième ville de France, depuis septembre, de disposer d'un tel magasin, propriété de ses clients-coopérateurs. Seule obligation pour pouvoir faire ses courses: y travailler bénévolement trois heures par mois.
"Pour moi, c'est important de savoir que mon achat ne participe pas à un système hyper capitaliste", mais "en même temps, je tiens beaucoup à boire du bon café", résume-t-elle.
Pour être économiquement viable, la structure devra atteindre environ 2.000 coopérateurs, "dont 60% feraient leurs courses avec un panier moyen de 150 euros par mois", précise sa présidente, Eva Chevallier, 68 ans.
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser entendre --un "cafoutch" désignant en marseillais un réduit mal rangé--, "les créneaux de travail sont vraiment très organisés, on sait exactement ce qu'on doit faire", le tout dans une ambiance très conviviale, raconte Jacqueline Meyer, une biographe de 68 ans.
L'avantage, c'est qu'"on n'a pas de clients pénibles puisque tout le monde va passer à la caisse, à la pesée, à l'accueil", explique Alain Jacquier, 65 ans, capitaine ce mercredi de l'équipe chargée trois heures durant de faire tourner le magasin.
- "Il n'y a pas de fatalité " -
"Est-ce que tu veux que j'imprime le ticket ?": à la caisse, Emilie vient d'enregistrer le panier d'un nouveau coopérateur.
Depuis l'ouverture du supermarché en septembre, 500 adhérents supplémentaires l'ont rejoint. Des jeunes pour beaucoup, mais aussi des retraités, la moyenne d'âge des coopérateurs se situant autour de 40 ans.
"C'est génial, les gens sont sympas, le monsieur de l'accueil m'a raconté son voyage au Pérou tout en me parlant de chocolat", s'amuse Yansé Bailly, 35 ans, qui repart avec une cagette chargée de pâtes, de tablettes de chocolat, de chips et de cancoillotte. Un produit "typiquement marseillais", ironise l'accessoiriste de cinéma (NDLR: ce fromage est originaire de Franche-Comté).
Raphaël Belliot Darmon, étudiant de 25 ans, est heureux de pouvoir "acheter des produits de bonne qualité pour beaucoup moins cher que dans les boutiques bios" et de "prendre part à la décision" d'achat sur ces derniers.
La viande vient des Alpes-de-Haute-Provence, le fromage du Cantal, les fruits et légumes sont bios et locaux: "on travaille avec des plateformes, des groupements, des fournisseurs qui sont un peu dans le même esprit que nous", souvent dans une démarche éthique, précise Eva Chevallier.
S'ils sont bien actionnaires du Super Cafoutch, moyennant l'achat de dix parts sociales pour 100 euros --une seule part à 10 euros pour les plus modestes--, le retour sur investissement attendu par les coopérateurs est bien loin des logiques de marché.
Les économies réalisées sur la masse salariale et les intermédiaires permettent au supermarché d'appliquer une marge fixe de 20% à tous les produits.
"Aujourd'hui, nous avons 2.500 références, le but c'est d'arriver à 5.000 pour toucher un maximum de personnes", relève Hugues Denihan, 32 ans, l'un des trois salariés permanents du Super Cafoutch.
Alors certes, reconnaît cet employé, "le contexte d'inflation joue aussi" dans la décision de rejoindre la coopérative.
Mais "cela va bien au-delà", insiste la présidente: "C'est aussi un modèle selon lequel on souhaiterait que notre société fonctionne, de façon plus collaborative, plus amicale", pour que "tout le monde trouve son compte", y compris les producteurs, sur lesquels "on ne va jamais faire pression pour avoir le prix le plus bas possible".
"De critique, on est passé à acteur", résume Alain Jacquier.
I.Yassin--SF-PST