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En Chine, le zéro Covid a donné un coup de mou à la croissance
La Chine a connu en 2022 l'une de ses plus faibles croissances en quatre décennies, selon des chiffres officiels publiés mardi, au moment où les restrictions sanitaires et la crise de l'immobilier pesaient lourdement sur l'activité.
Le géant asiatique a suivi durant près de trois ans une stricte politique sanitaire dite du "zéro Covid", qui a permis à la population d'être largement protégée du Covid-19.
Ces mesures draconiennes, qui reposaient sur des confinements dès la découverte de cas positifs, des restrictions aux déplacements et des tests de dépistage généralisés, ont fortement perturbé la production et les chaînes logistiques.
Nombre d'usines et d'entreprises devaient fermer du jour au lendemain pour une poignée de cas de Covid-19, tandis que les Chinois limitaient leurs sorties et leurs loisirs pour éviter de se retrouver cas contact.
Ces mesures ont finalement été levées début décembre. Mais la décision a entraîné une hausse exponentielle du nombre de malades du Covid, ce qui constitue un frein majeur pour la reprise.
Si le pic des contaminations a été atteint, "l'incertitude demeure concernant une future vague ou de nouveaux variants", souligne l'économiste Wang Tao, de la banque UBS.
Dans ce contexte, la Chine a vu en 2022 son produit intérieur brut croître de 3%, a annoncé mardi le Bureau national des statistiques (BNS).
Ce rythme, qui ferait bien des envieux dans la plupart des grandes économies, n'en reste pas moins l'un des plus faibles depuis 40 ans pour le géant asiatique.
Un groupe d'économistes interrogés par l'AFP anticipaient un ralentissement plus prononcé (+2,7%).
- Objectif manqué -
Pékin s'était fixé un objectif de 5,5%, un rythme déjà très inférieur à la performance de 2021, quand le PIB de la Chine avait progressé de plus de 8%, porté par la reprise après la première vague épidémique.
L'an dernier, la croissance de la Chine était la plus faible depuis la contraction de 1976 (-1,6%) et du ralentissement de 2020, première année de la pandémie (+2,3%).
Au quatrième trimestre, la croissance chinoise a ralenti sur un an (+2,9%), contre 3,9% au précédent.
D'un trimestre à l'autre, critère de comparaison plus fidèle de la conjoncture, le rythme est stable (+3,9%).
En 2022, l'économie "a fait face à des tempêtes et des eaux agitées" au niveau mondial, a souligné devant la presse un responsable du BNS, Kang Yi.
En décembre, les ventes au détail, principal indicateur des dépenses des ménages, étaient ainsi de nouveau en repli (-1,8% sur un an), après un plongeon déjà en novembre (-5,9%).
De son côté, la production industrielle s'est tassée le mois dernier (+1,3% sur un an), après une hausse de 2,2% en novembre.
La population de la Chine, pays le plus peuplé du monde, a par ailleurs baissé en 2022, une première historique depuis le début des années 1960.
Au total, 9,56 millions de naissances ont été enregistrées l'an passé, et n'ont pas compensé les 10,41 millions de décès, a annoncé le BNS.
- "Economie brillante" -
Pour sa part, le taux de chômage a légèrement reflué en décembre (5,5%), contre 5,7% un mois plus tôt.
Ce chiffre dresse toutefois un tableau incomplet de la conjoncture, car il n'est calculé que pour les seuls urbains.
Il exclut de fait les millions de travailleurs migrants, particulièrement vulnérables au ralentissement économique.
Leur situation a été exacerbée par une crise dans l'immobilier, un secteur qui représente avec la construction plus du quart du PIB de la Chine et est un important vivier d'emplois peu qualifiés.
L'immobilier souffre depuis 2020 d'un durcissement par Pékin des conditions d'accès au crédit pour les promoteurs immobiliers, afin de réduire leur endettement.
Pour relancer un secteur essentiel de l'économie, le pouvoir semble adopter ces dernières semaines une approche plus conciliante. Des mesures de soutien au crédit pour certains promoteurs ont notamment été annoncées.
Eminemment politique et sujet à caution, le chiffre officiel du PIB de la Chine n'en reste pas moins très scruté, compte tenu du poids du pays dans l'économie mondiale.
"Nous devons vigoureusement [...] chanter la chanson d'une économie chinoise brillante", a ordonné le tsar de la propagande et de l'idéologie, Cai Qi, cité au début du mois par l'agence Chine nouvelle.
En clair: "ne pas s'attendre à de mauvaises nouvelles", selon les analystes du cabinet Trivium, spécialisé dans l'économie et la politique.
Cette année, la Chine devrait voir son PIB croître de 4,3%, selon des prévisions de la Banque mondiale toutefois revues à la baisse le mois dernier.
V.Said--SF-PST