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Au Qatar, les courses de dromadaires plus prisées que le foot
Les dromadaires se sont élancés sur la piste. Sur une route parallèle, leurs entraîneurs roulent à leur hauteur. Au volant de son 4x4, le jeune Qatari Nasser al-Marri contrôle à distance le robot sur le dos de son camélidé.
Alors que le Qatar se prépare à accueillir plus d'un million de supporters pour la Coupe du monde de foot, la piste d'Al-Shahaniya, à 40 kilomètres à l'est de la capitale Doha, semble encore loin de la fièvre qui envahit l'émirat. Nasser, lui, préfère ces courses de "chameaux d'Arabie".
L'enthousiasme et les cris du commentateur de la course, retransmise sur un écran géant, rappellent toutefois l'ambiance du Mondial, comme s'il empruntait les codes du foot pour décrire la compétition.
Dans leurs voitures, les entraîneurs actionnent à distance la cravache mécanique des robots, qui aiguillonne l'animal, et l'encouragent en criant dans un talkie-walkie.
- "Sport national" -
Nasser al-Marri est un "moudhammer". Il supervise le quotidien et l'entraînement des montures et les téléguide pendant les compétitions.
"Le dromadaire fait partie de nous, c'est notre principale passion, le sport numéro 1 dans le Golfe", s'enthousiasme l'homme de 23 ans, même si le foot est également très suivi par les Qataris.
Nasser et trois autres "moudhammer" attendent d'ailleurs avec impatience le coup d'envoi de la Coupe du monde le 20 novembre.
Sur le siège arrière de leur véhicule, téléphone à la main, Ahmad Ali, 21 ans, montre un extrait vidéo d'une course organisée sur la piste d'Al-Shahaniya pour le PSG, club parisien propriété du Qatar.
"J'espère que Neymar reviendra avec le reste de ses coéquipiers brésiliens et que d'autres équipes viendront pour découvrir notre sport national", lance-t-il.
Abdallah Hafiz, 21 ans également, espère que les fans aussi "découvriront le sport de nos ancêtres".
- De père en fils -
Ali al-Marri, 66 ans, sirote un café arabe dans un petit café près de la piste et raconte "avoir appris ce sport de (son) père". "Aujourd'hui, je suis à la retraite. Ce sport est coûteux mais les dromadaires sont toute ma vie", dit-il.
Il ajoute: "Le football ne me concerne pas. Pour moi, seule la course est un sport. Et quand je suis à côté de ma monture, j'ai l'impression que le monde m'appartient".
Dans l'une des nombreuses fermes proches, le propriétaire du domaine boit une tasse de thé devant une assiette de dattes.
Abdallah Hafiz, 52 ans, confirme que la course de dromadaires demande beaucoup d'argent mais aussi d'efforts et de persévérance.
Le coût ne se limite pas au prix d'achat de l'animal, qui démarre à 10.000 dollars, mais comprend aussi son entraînement et son entretien, revenant au minimum à 1.500 dollars par mois et par dromadaire, détaille-t-il.
Cependant, si la monture remporte des victoires, "son prix n'a pas de limite et peut atteindre un million de dollars ou plus", selon lui.
Si les paris sont interdits dans le pays, les concurrents se disputent des prix de grande valeur, généralement décernés par la famille régnante qui parraine ce sport traditionnel.
- Des points communs -
A côté de M. Hafiz est installé son neveu Mohamed, 27 ans.
Pour cet ancien joueur de foot, les deux sports partagent des points communs: ils demandent des efforts aussi bien physiques que mentaux et impliquent "des entraînements tout au long de la semaine, un régime alimentaire bien déterminé, un suivi médical et une grande attention".
Il y a deux décennies, les jockeys des dromadaires de course étaient des enfants, parfois très jeunes, originaires de pays pauvres. Plus ils étaient légers, plus leurs chances de gagner étaient grandes.
Mais à cause des accidents mortels et de la cupidité de certains parents qui privaient leurs enfants de nourriture, les pays du Golfe ont cédé aux pressions internationales et ont interdit cette pratique.
J.Saleh--SF-PST