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En Afghanistan, le musée de la résistance contre l'Union soviétique en partie purgé
Chaque mois, Saaduddeen, 67 ans, se rend au musée célébrant la victoire des combattants afghans contre l'occupation soviétique. Il était l'un d'entre eux. Mais le musée, ouvert en 2010 à Hérat en Afghanistan, a changé depuis le retour au pouvoir des talibans.
Sur une des collines dominant la grande ville de l'ouest afghan se dresse un bâtiment circulaire aux chatoyantes mosaïques bleues et blanches. Les noms de moudjahidine (résistants afghans) tombés au combat sont inscrits sur ses parois, surmontés de poèmes.
Dans les jardins, un avion de chasse Mig-29 de l'armée soviétique pointe vers le ciel, char et hélicoptères militaires rappellent l'invasion par l'Armée rouge, le 27 décembre 1979.
Après dix ans de guerre face aux moudjahidine soutenus par différents pays (Etats-Unis, Arabie saoudite, Pakistan...), les troupes soviétiques battront en retraite en février 1989. En bas du musée, une statue de pierre symbolise le départ du dernier soldat.
Quinze mille militaires de l'ex-URSS ont perdu la vie entre 1979 et 1989. Côté afghan, le conflit a fait plus d'un million de morts et contraint des millions de personnes à l'exil.
"Les Russes sont venus en Afghanistan avec des avions, des tanks, c'était très violent", se souvient Saaduddeen, barbe blanche et turban sur la tête, qui préfère ne pas donner son patronyme pour des raisons de sécurité.
"Je n'étais qu'un jeune homme, à la campagne, mais je voulais défendre l'indépendance", ajoute celui qui fut blessé à deux reprises.
Il vient par fidélité pour ses "amis qui sont morts".
- Visages effacés -
A l'intérieur de ce "musée du Jihad", une reconstitution grâce à une peinture murale et des figurines en plâtre rappelle la souffrance des civils et la lutte antisoviétique.
Les scènes montrent des femmes lançant des pierres contre les forces du gouvernement procommuniste ou soignant des moudjahidine blessés, des combattants, chapelet musulman en main, prenant le contrôle d'un char soviétique et des paysans luttant fourche à la main.
A l'ouverture du musée, en 2010, et durant de nombreuses années, les figurines, fabriquées par des artisans et étudiants, montraient les visages.
Mais aujourd'hui, la bouche, le nez et les yeux des personnages ont été éliminés, leur visage n'est plus qu'une surface plane. La tête des animaux a aussi été recouverte d'une couche de plâtre uniforme.
Le personnel du musée s'est refusé à tout commentaire sur ce sujet.
Selon l'interprétation ultra-rigoriste de la loi islamique par les autorités talibanes, la représentation d'êtres vivants doit être interdite. En 2024, le ministère de la Propagation de la vertu et de la Prévention du vice (PVPV) avait souligné que cette règle devrait être progressivement appliquée partout dans le pays.
Dans une scène représentant une réunion de commandants moudjahidine, aucun signe ne permet de reconnaître l'identité des participants.
"C'est moins personnel", remarque Saaduddeen, "mais c'est bien que le musée existe".
- Vide -
Dans une galerie initialement conçue comme une sorte de "hall of fame", figuraient des portraits des commandants moudjahidine héros de la lutte antisoviétique qui se déchirèrent ensuite lors d'une sanglante guerre civile ayant abouti à la première prise de pouvoir des talibans (1996-2001), selon des photos des années 2010.
Parmi eux, Ahmad Shah Massoud (1953-2001) qui combattit les talibans, ou Ismaïl Khan, l'ex-gouverneur de Hérat qui fut un des promoteurs du musée.
La galerie est aujourd'hui vide.
Le musée est aussi moins fréquenté par les familles depuis que les femmes, sauf très rares exceptions, n'ont plus le droit d'y entrer. "Ce serait mieux si des familles entières pouvaient venir car les générations futures doivent connaître cette histoire", confie un visiteur sous couvert d'anonymat.
Autre changement, l'absence d'un des employés emblématique et surprenant: cheikh Abdullah.
Cet officier soviétique, né sous le nom de Bakhretdin Khakimov, avait été blessé en 1985 mais soigné et sauvé par les moudjahidine. Resté en Afghanistan, il se convertira à l'islam et travaillera au musée à partir de 2013.
A sa mort accidentelle en 2022, le porte-parole du gouvernement taliban avait souligné le parcours de cet homme et présenté ses condoléances.
Il repose désormais, comme il le souhaitait, dans une tombe ornée de fleurs, sur les hauteurs du musée.
Z.AbuSaud--SF-PST