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La démocratie américaine et Gaza: le chaos du monde s'invite au Festival de Cannes
"Défendre la démocratie" face à un Donald Trump "inculte": la star américaine Robert De Niro a livré un réquisitoire implacable contre le président des Etats-Unis lors de la cérémonie d'ouverture du 78e Festival de Cannes mardi, marquée aussi par l'ombre de la guerre à Gaza.
Aux Etats-Unis, "nous luttons d'arrache-pied pour défendre la démocratie que nous considérions toujours comme acquise", a lancé l'acteur de 81 ans, avant d'ajouter que les artistes sont "une menace pour les autocrates et les fascistes de ce monde".
La présidente du jury Juliette Binoche a elle dénoncé "les démons de nos barbaries (qui) ne nous laissent aucun répit", mentionnant les "otages du 7 octobre et tous les otages, les prisonniers, les noyés qui endurent la terreur et meurent dans un terrible sentiment d'abandon"... mais surtout la photojournaliste palestinienne Fatima Hassouna, tuée par un missile israélien à Gaza mi-avril.
"La veille de sa mort, elle avait appris que le film dans lequel elle figurait était sélectionné ici, au Festival de Cannes. Fatma aurait dû être parmi nous ce soir. L'art reste. Il est le témoignage puissant de nos vies, de nos rêves", a déclaré l'actrice française, vêtue d'un haut blanc coiffant sa chevelure et finissant en traîne.
Avant que le réalisateur américain Quentin Tarantino ne déclare, en hurlant, le 78e Festival de Cannes "officiellement ouverrrrrrrt!" devant le gratin du cinéma mondial, son compatriote Robert De Niro s'est vu remettre une Palme d'or d'honneur par Leonardo DiCaprio, qui a plusieurs fois partagé l'affiche avec la légende du 7e art.
Plus tôt déjà, l'acteur américain Jeremy Strong, membre du jury, avait fait du mentor de Donald Trump, l'avocat Roy Cohn qu'il incarnait dans le film "The Apprentice" en 2024, "le géniteur des +fake news+ et des faits alternatifs". "Le rôle des films est de plus en plus crucial pour combattre ces forces", avait ajouté la star de la série "Succession" lors d'une conférence de presse.
- "Partir un jour" -
La cérémonie d'ouverture a également été marquée par l'hommage rendu, en chanson, par la chanteuse française Mylène Farmer au cinéaste américain David Lynch, disparu en janvier.
Pour assister à cet événement, lors duquel était aussi projeté le film "Partir un jour", comédie musicale française avec la chanteuse Juliette Armanet, une myriade de stars a monté les marches du Palais des Festivals.
Parmi elles, l'actrice américaine Eva Longoria ou les Françaises Géraldine Nakache et Aïssa Maïga.
Une autre Américaine, Halle Berry, membre du jury, avait opté pour une longue robe noire et blanche rayée, après avoir indiqué avoir renoncé à la tenue qu'elle prévoyait de porter car sa traîne était "trop longue" pour les nouvelles règles vestimentaires édictées cette année par festival.
A l'instar de la mannequin allemande Heidi Klum, de nombreuses festivalières en avaient toutefois fait fi. Et les robes très longues et volumineuses, souvent extravagantes, étaient de sortie pour cette première montée des marches, scrutée par des centaines de badauds juchés sur des escabeaux, en quête d'autographes ou de selfies avec leurs idoles.
- "Désacralisé" -
Avant même la journée d'ouverture, l'écho du monde s'était invité sur la Croisette lundi soir avec la publication dans le journal français Libération d'une tribune signée par près de 400 stars du cinéma appelant à briser "le silence" du monde de la culture sur la guerre à Gaza.
"Nous artistes et acteur.ice.s de la culture, nous ne pouvons rester silencieux.se.s tandis qu'un génocide est en cours à Gaza", écrivent les signataires dont le réalisateur espagnol Pedro Almodovar ou les acteurs américains Susan Sarandon et Richard Gere.
Le chaos mondial a également résonné mardi avec la projection de trois documentaires sur l'Ukraine, dont "Notre Guerre" de l'intellectuel français Bernard-Henri Lévy.
Hasard du calendrier, l'ouverture du plus grand festival de cinéma du monde coïncidait avec une étape majeure du mouvement MeToo en France: la condamnation de l'ancienne star Gérard Depardieu à 18 mois de prison avec sursis pour des agressions sexuelles lors d'un tournage.
"Quand on est désacralisé comme il l'est en ce moment, ça veut dire que ça fait réfléchir sur le pouvoir de certaines personnes qui prennent le pouvoir. Et je pense que le pouvoir est ailleurs", a commenté Juliette Binoche, lors d'une conférence de presse, récusant l'étiquette de "monstre sacré" souvent accolée à l'acteur.
"Une star de cinéma, c'est un homme", a ajouté la comédienne, estimant que le sacré "ne nous appartient pas".
La Française et les huit autres membres du jury devront notamment attribuer, le 24 mai, la Palme d'or à l'un des 22 films en compétition.
N.Awad--SF-PST