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Radio Free Europe sonnée mais "toujours debout" face aux assauts de Trump
"Troublé, déconcerté, déterminé": plus de deux semaines après l'annonce par l'administration américaine du démantèlement brutal de Radio Free Europe, son patron a encore du mal à mettre les mots sur l'épreuve traversée par ses 1.700 journalistes.
Mais Stephen Capus l'assure, il ne baissera pas les bras: "Je n'ai pas choisi la bagarre mais maintenant je ne reculerai pas", dit-il dans une interview accordée jeudi à l'AFP depuis le siège de la radio à Prague.
Donald Trump a signé en mars un décret rangeant parmi les "éléments inutiles de la bureaucratie fédérale" l'USAGM, structure qui chapeaute les médias publics américains à l'étranger - comme Voice of America, Radio Free Europe/Radio Liberty et Radio Free Asia.
Plongée du jour au lendemain dans l'incertitude, RFE/RL a remporté la semaine dernière une première victoire en justice et attend désormais le déblocage de subventions de 77 millions de dollars (69 millions d'euros), "retenues illégalement".
"Nous sommes toujours debout, nous avons gardé l'ensemble de nos 27 langues, mais avec un personnel réduit et des économies qui diminuent comme peau de chagrin", explique son dirigeant, visiblement secoué, alors qu'une "grande partie" du personnel a dû être mis en congé cette semaine.
"Nous nous dirigeons tout droit vers une situation désespérée", lâche-t-il.
- "Attaque de l'intérieur" -
Si Radio Free Europe a l'habitude de se battre contre les autocrates qui "bloquent nos services ou emprisonnent nos journalistes", là, "l'attaque vient de l'intérieur et nous ne nous y attendions pas".
Washington a non seulement coupé les vivres mais aussi désactivé "sans préavis" les services satellitaires permettant de transmettre un programme en Russie et d'autres régions, révèle le sexagénaire.
Cravate jaune et bleu et bracelet en soutien à l'Ukraine en guerre, Stephen Capus, arrivé début 2024 après 20 ans au sein de la chaîne NBC, insiste sur "la mission cruciale" de RFE/RL, dans un état d'esprit très "différent" de ce qu'il a pu connaître dans d'autres médias.
Financée par le Congrès américain, la radio a été fondée en 1950 pendant la Guerre froide pour émettre vers le bloc communiste. Elle a contribué, quatre décennies plus tard, à la chute des régimes totalitaires en Europe centrale et de l'Est.
Basée à l'origine à Munich, la radio s'est déplacée à Prague en 1995 et émet aujourd'hui vers 23 pays - dont beaucoup restreignent drastiquement la liberté des médias -, avec une audience de près de 50 millions de personnes chaque semaine.
- Sentiment de "trahison" -
Ses journalistes sont régulièrement pris pour cible, à l'instar d'Alsu Kurmasheva qui a été détenue pendant plusieurs mois en Russie avant d'être libérée en août 2024 dans un échange de prisonniers historique entre Moscou et les Occidentaux.
Dans les locaux de Prague, nombreux s'inquiètent de leur sort si la radio met la clef sous la porte.
"Le bâtiment entier est rempli de gens qui ont quitté leur pays et se sentent aujourd'hui trahis", souffle Stephen Capus. "Vont-ils devoir être renvoyés en Afghanistan, Iran, Russie, Bélarus ou Géorgie?"
"Chaque jour, ils sont harcelés, intimidés", raconte-t-il, mettant en garde contre "un désastre humanitaire" s'ils perdaient leur emploi.
Pour le président de Radio Free Europe, la décision américaine de geler les fonds est "un cadeau fait aux ennemis des Etats-Unis", "un baiser absolu".
Dans cette période sombre, Stephen Capus "puise sa force" dans "l'incroyable" soutien reçu à travers l'Europe, de la part des responsables politiques mais aussi de tous les auditeurs trouvant dans Radio Free Europe, hier comme aujourd'hui, une échappatoire face aux restrictions des droits.
"Nous sommes déterminés à remporter ce combat et nous sommes convaincus que la loi est de notre côté", conclut-il, avant de repartir plaider la cause de ses troupes.
D.Khalil--SF-PST