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A Lyssytchansk, la guerre de l'information alimente les angoisses des civils
Le petit poste radio émet, avec des sifflements, les dernières nouvelles des victoires russes en Ukraine. Dans l'obscurité de leur cave, sous un jardin d'enfants de Lyssytchansk, six femmes et un homme se demandent s'il faut les croire. Ils se demandent même de quel bord sont les militaires qui passent au-dessus de leur cave.
Ce dont ils sont sûrs, c'est que le jardin d'enfants de cette ville toute proche de la ligne de front du Donbass a été touchée quelques jours plus tôt par une volée de Grad. Et qu'une roquette non explosée est maintenant plantée devant la porte de leur abri. Leurs peurs oscillent entre la possibilité que leur seul accès au monde extérieur puisse être subitement bouché par des débris, et celle que les forces russes débarquent soudainement sans prévenir dans leur abri.
"Les Russes à la radio viennent de dire qu'ils avaient pris Bakhmout. C'est vrai?" demande avec angoisse Natalia Georguievna, évoquant une localité située à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest, toujours sous contrôle ukrainien.
"On ne sait vraiment rien," souffle sa voisine, Viktoria Viktorovna, assise sur un lit de camp dans un coin, hors du champ de l'unique rayon de lumière qui éclaire un bout de la cave. "Je crois que les Ukrainiens sont toujours ici, non?"
- Bulletins contradictoires
Près de trois mois de guerre ont transformé Lyssytchansk, ville minière de quelque 100.000 habitants essentiellement russophones, en une zone abandonnée, dépourvue d'eau, d'électricité ou de réseau téléphonique.
La plupart des habitants qui sont restés émergent des abris lors de répits dans les bombardements, l'après-midi, pour aller droit sur la petite source d'eau au nord de la ville. Ils y remplissent des bouteilles d'eau qu'il faudra ensuite faire bouillir avant de la boire.
Certaines femmes dans la cave du jardin d'enfants -- qui donnent leur nom patronymique et pas leur nom de famille par peur de représailles - disent ne pas être sorties à l'air libre depuis deux mois.
Les bulletins d'informations contradictoires - selon qu'ils sont russes ou ukrainiens - émis par le petit poste radio ne font qu'alimenter leur sentiment d'isolement et leur peur, qui frôle parfois la paranoïa.
Le Kremlin diffuse sa vision de l'information dans tout l'est de l'Ukraine depuis 2014, lorsque les forces séparatistes prorusses soutenues par Moscou ont pris le contrôle d'une partie du Donbass.
"Les Russes disent qu'ils sont en train de gagner et les Ukrainiens aussi", dit Natalia Gueorguievna. "Quand on avait encore internet, on pouvait regarder les infos, mais maintenant...Nous n'avons pas idée de qui sont derrière ces voix ni d'où elles viennent".
Les habitants pensent que la volée de Grad tombés sur le jardin d'enfants en début de semaine était destinée à une école de l'autre côté de la cour, où étaient installés des soldats ukrainiens.
La présence de militaires dans des bâtiments civils est l'un des sujets polémiques qui alimentent la guerre de l'information: parmi les habitants, certains sont furieux contre les militaires ukrainiens, mais d'autres soulignent qu'ils n'ont pas le choix face aux forces russes qui attaquent leurs villes.
- "On ne sait plus de quel bord ils sont"-
Lyssytchansk est tout proche de la ligne de front. Les Russes se rapprochent, depuis trois directions, de Severodonetsk, ville séparée de Lyssytchansk uniquement par la rivière Siverskyi Donets. Les Ukrainiens mettent toutes leurs forces dans la bataille pour empêcher les forces russes de la traverser.
Témoin des angoisses des habitants, Oleg Zaïtsev, un mineur de 53 ans, s'inquiète autant de l'identité des hommes en armes qui filent en voiture à travers les rues désertes que des bombardements.
"J'ai surtout peur qu'un inconnu m'arrête et me demande mes papiers. On ne sait plus de quel bord ils sont", dit-il avant de regagner son abri. "Ca pourrait être des Russes, et qui sait ce qui arriverait".
Dans la cave du jardin d'enfants, Evguen Poltchikha craint lui surtout l'explosion de la roquette restée plantée dans le sol devant la porte de l'abri.
"Elle reste là. Notre jardin d'enfants semble suffisamment solide. mais on ne sait jamais", dit-il.
B.AbuZeid--SF-PST