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Dermatose: dans le Sud-Ouest, Genevard défend sa stratégie, assure "entendre" les éleveurs
La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a assuré lundi à Toulouse "entendre" la détresse des éleveurs, mais a défendu sa gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), critiquée par une partie des agriculteurs et de la classe politique.
Après avoir assisté à la vaccination d'un troupeau de blondes d'Aquitaine en Haute-Garonne, la ministre a rejoint la préfecture de Toulouse pour une "réunion de crise" en fin d'après-midi.
"Les agriculteurs m'ont demandé qu'on puisse élargir le territoire de la vaccination et je les ai entendus", a-t-elle dit à BFMTV.
"C'est un premier infléchissement du protocole. Il était attendu par plusieurs organisations syndicales et j'ai souhaité y répondre. C'est la raison pour laquelle nous vaccinerons entre 600.000 et 1 million de bovins" dans une zone élargie de vaccination dans tout le sud du pays, a-t-elle ajouté.
En dépit d'un nouveau cas de DNC détecté dimanche dans une petite ferme de l'Aude, où les dix bovins du foyer ont été euthanasiés, la ministre a souligné que tous les cas étaient désormais éradiqués et que la situation était "sous contrôle".
La ministre a rappelé les "trois piliers" de la stratégie sanitaire: l'abattage systématique dès la détection d'un cas, la vaccination et la restriction de mouvements, seuls à même de venir à bout de cette maladie animale très contagieuse, non transmissible à l'homme mais qui peut toucher très durement le cheptel.
Dans une région frondeuse où la colère s'est vite convertie en actions, la ministre s'est tenue loin des blocages sur le terrain et a organisé son déplacement sans caméras.
- "Zéro proposition" -
A la pointe de la mobilisation, les syndicats Coordination rurale, radicale et parfois ouvertement proche de l'extrême droite, et Confédération paysanne, classée à gauche, convergent de façon inhabituelle pour réclamer la fin de l'abattage systématique et l'extension générale de la vaccination.
Sur le barrage, pas de drapeau syndical mais une colère immense. Les manifestants s'apprêtent à passer leur quatrième nuit sur place. Nombre d'entre eux n'envisagent pas de lever le camp "si rien ne bouge".
La crise n'est pas née dans le Sud-Ouest, qui n'est pas le coeur de l'élevage français, mais c'est ici que se cristallise la colère depuis deux ans, en réaction à la crise de la viticulture et aux crises sanitaires, alimentées par le changement climatique.
Plusieurs axes routiers sont aussi bloqués ce lundi par des agriculteurs de la Coordination rurale en Gironde, en Dordogne et Haute-Vienne. Blocages aussi dans les Landes, où manifeste la Confédération paysanne.
A Tours, le centre-ville a pris des allures de camp retranché, avec dépôt de pneus et de fumier devant la préfecture, et de bennes de pommes de terre devant l'hôtel de ville. A Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, quelque 70 tracteurs ont défilé dans les rues pour dire "stop au massacre" des bêtes.
Tout en reconnaissant le drame individuel que constitue l'abattage d'un troupeau, le gouvernement tente d'en appeler "à la science" et à la "responsabilité" pour préserver le cheptel bovin français.
- "Consensus scientifique" -
Lundi soir, Annie Genevard a appelé à dresser "un mur sanitaire" contre la DNC, en respectant à la lettre les interdictions de déplacement de bétail. Elle a souligné que l'éradication des foyers était pour le moment la seule façon de lutter efficacement contre une maladie qui se propage grâce à un insecte piqueur - favorisé par la douceur automnale.
Lui aussi en déplacement en Haute-Garonne, le président du premier syndicat agricole FNSEA, Arnaud Rousseau, a appelé avant tout à "suivre le consensus scientifique", pour sortir le plus rapidement possible de cette crise et "faire en sorte que le marché ne s'effondre pas".
La fédération Culture Viande, qui regroupe les entreprises d'abattage et découpe, a de son côté mis en garde contre les conséquences économiques d'une vaccination généralisée: la France perdrait alors son statut indemne et "il en résulterait une complexification accrue des conditions d'exportation".
Mais face à la détresse des éleveurs et au risque d'un nouvel embrasement des campagnes, les critiques enflent sur la gestion de la crise chez des élus ruraux inquiets, comme au niveau national, du Rassemblement national à LFI.
Lundi, plus de 200 maires et élus locaux d'Ariège se sont rassemblés à Foix devant la préfecture pour appeler l'Etat à dialoguer avec les agriculteurs afin de réévaluer le protocole de lutte contre la DNC.
O.Mousa--SF-PST