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Sénégal : Washington juge non "légitime" le vote du report de la présidentielle
Les Etats-Unis jugent que le vote du Parlement sénégalais qui reporte la présidentielle et prolonge le mandat du président Macky Sall n'est pas "légitime", réaction la plus critique à ce jour d'un important partenaire face à la grave crise politique en cours.
"Les Etats-Unis sont profondément préoccupés par les mesures prises pour repousser l'élection présidentielle du 25 février au Sénégal, qui vont à l'encontre de la forte tradition démocratique" du pays, a affirmé le Département d'Etat dans un communiqué.
Ils sont "particulièrement alarmés" par les conditions dans lesquelles les députés ont entériné lundi ce report décrété de facto par le président Sall deux jours plus tôt et par l'évacuation de force par les gendarmes des parlementaires qui s'opposaient au vote, dit le Département d'Etat.
Etant donné ces circonstances, "le vote ne peut être considéré comme légitime", ajoute-t-il.
Il s'agit de la réaction la plus tranchée à ce jour d'un allié du Sénégal devant une modification de dernière minute du calendrier qui a suscité une indignation largement répandue au Sénégal, des cris de "coup d'Etat constitutionnel" de la part de l'opposition et l'inquiétude d'un certain nombre de partenaires étrangers.
L'organisation ouest-africaine Cedeao, dont le Sénégal est membre et au sein de laquelle il a constamment plaidé pour le respect de l'ordre constitutionnel dans les autres pays, l'a encouragé à "prendre de toute urgence les mesures nécessaires pour rétablir le calendrier électoral".
"La communauté internationale est en train de lâcher Macky Sall", a estimé devant la presse Amadou Ba, mandataire du candidat antisystème Bassirou Diomaye Faye.
Onze candidats ou leurs représentants réunis en collectif ont appelé la communauté internationale à cesser de reconnaître le président Sall, élu en 2012 et réélu en 2019, au-delà du 2 avril, date officielle de la fin de son mandat avant que l'Assemblée ne le prolonge.
"Si on peut faire des dérogations (...) sur la durée du mandat, on peut faire une dérogation sur le nombre de mandats, on peut faire une dérogation sur la forme républicaine de l'Etat", a dit Amadou Ba.
Les candidats ont fait part de leur intention de continuer à faire campagne. Ils ont appelé les syndicats et les chefs religieux à "une convergence de toutes les forces vives de la nation" pour faire reculer le président Sall.
Pour la première fois, les Sénégalais, qui devaient élire leur cinquième président le 25 février, le feront presque dix mois plus tard que prévu, si les choses ne changent pas encore d'ici là.
Le vote de l'Assemblée lundi soir parachève pour le moment l'une des plus graves crises institutionnelles qu'ait connues depuis l'indépendance en 1960 ce pays volontiers vanté pour sa stabilité et sa pratique démocratique dans une région troublée.
- Données mobiles rétablies -
L'adoption de la proposition par une alliance de députés du camp présidentiel et de partisans du candidat Karim Wade, disqualifié par la Cour constitutionnelle, a plongé le pays dans une grande fébrilité et la crainte de nouveaux troubles, après ceux meurtriers de mars 2021 et juin 2023.
Les autorités ont suspendu lundi et mardi l'internet des données mobiles, moyen de plus en plus couramment employé pour enrayer les mobilisations. Mais l'accès a été rétabli mercredi dans la capitale, où l'activité revenait à la normale après avoir sérieusement ralenti pendant deux jours.
L'émoi s'est abondamment exprimé sur les réseaux sociaux, mais il n'a que peu gagné la rue. Quelques rassemblements ont été réprimés par les forces de sécurité. L'opposition et la presse ont fait état de dizaines d'arrestations.
Trois députés alliés ou membres du Pastef, Guy Marius Sagna, Abass Fall et Cheikh Aliou Beye, interpellés mardi, ont été relâchés, ont annoncé à l'AFP deux responsables du parti qui avait été à la pointe de la confrontation avec le pouvoir en 2021 et 2023. Le Pastef a été dissous par les autorités en 2023 et ses numéros un et deux, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, emprisonnés.
Le Conseil constitutionnel a disqualifié M. Sonko de la présidentielle, mais validé la candidature de M. Faye. Ce dernier s'est imposé comme un postulant crédible à la victoire, un scénario cauchemar pour le camp présidentiel.
En abrogeant samedi le décret convoquant les électeurs aux urnes le 25 février, le président Sall a affirmé tirer les conclusions du conflit institutionnel ouvert après l'homologation définitive de vingt candidatures et l'invalidation de dizaines d'autres en janvier. Il a dit vouloir prévenir toute contestation électorale et de nouveaux troubles.
Le report, qui pourrait ramener le Sénégal au point de départ d'un processus électoral périlleux et dont la constitutionnalité est vivement mise en doute, a aussitôt avivé le soupçon d'un plan du camp présidentiel pour éviter une défaite annoncée, voire pour prolonger la présidence Sall. Le chef d'Etat a réaffirmé son engagement à ne pas se représenter.
D.Qudsi--SF-PST