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En Ukraine, une bibliothèque, coeur battant de la ville martyre d'Irpin
Chaque matin à Irpin, en Ukraine, des centaines de personnes attendent patiemment, ordinateur portable sous le bras, l'ouverture de la bibliothèque municipale pour échapper, quelques heures, aux coupures de courant et d'internet dues aux bombardements russes.
Dès que les portes s'ouvrent, la petite foule se presse pour trouver une place assise dans la salle de lecture ou dans la section des livres pour enfants, qui se sont mués en espaces de travail.
Forte de son générateur, la bibliothèque est devenue une oasis à Irpin, une ville près de Kiev qui a connu au début de l'invasion russe de l'Ukraine une occupation particulièrement brutale et meurtrière, avant que les soldats russes ne soient forcés à la retraite au printemps.
Etudiants et professionnels y défilent pour travailler et recharger leurs batteries, mais on y trouve aussi des salles de classe ainsi que des cabinets de psychothérapeutes.
Se côtoient des travailleurs indépendants, cappuccino fumant à la main, et des collégiens venus suivre un cours sur la "culture musicale ukrainienne".
- "Coeur de la ville" -
Même Saint Nicolas (Svaty Mykolaï), qui en décembre apporte des cadeaux aux petits Ukrainiens, tient audience ici et accueille les bambins voulant se faire photographier en sa compagnie.
"La bibliothèque touche tous les aspects de la vie des gens", résume Ievguénia Antoniouk, du conseil municipal.
"Dès que la bibliothèque a rouvert, on a pu donner aux gens la possibilité de charger leurs téléphones, de passer la journée au chaud pour observer la reconstruction", dit-elle.
Lorsque l'armée russe s'est retirée d'Irpin fin mars-début avril, elle a laissé derrière elle les cadavres de centaines de civils, des carcasses de dizaines d'immeubles éventrés et une population traumatisée.
Aujourd'hui, après plus de dix mois de guerre, l'approvisionnement en électricité y est aléatoire, d'autant que depuis octobre et une série de revers militaires, la Russie concentre sa puissance de feu pour détruire les infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Olena Tsyganenko, 75 ans, dirige la bibliothèque depuis quatre décennies et se souvient fièrement que son bâtiment abritait un temps la seule photocopieuse de la localité.
"Nous sommes au coeur de la ville, sur la place centrale, et nous avons toujours été populaires", raconte-t-elle, relevant, non sans fierté, qu'avant l'avènement de l'internet, les salles "étaient pleines de lecteurs".
Mais la bibliothèque n'avait jamais été aussi peuplée qu'aujourd'hui.
Dehors, on s'efforce de réparer au plus vite les bâtiments les moins endommagés afin de les rendre habitables avant les grands froids.
La bibliothèque a, elle, largement échappé aux destructions dues aux combats, seules certaines de ses fenêtres ayant été brisées.
Victoria Voskressova a vécu l'occupation et vu les maisons de ses voisins en feu. Si elle est venue à la bibliothèque en ce jour de décembre, c'est pour que sa fille Maria, sept ans, puisse rendre visite à Saint Nicolas.
- Changer le monde -
"Il nous donne des sucreries, les gens viennent avec leurs enfants pour ça, pour vivre quelque chose de positif", dit-elle.
Cette résilience de la population d'Irpin, ville "Héros" aux yeux des autorités ukrainiennes, a aussi été immortalisée, sur l'un des nombreux immeubles calcinés de la ville, par Banksy, le célèbre artiste britannique. On y voit une jeune gymnaste, minerve au cou et ruban à la main, faire un numéro de gymnastique rythmique.
Sergueï Martyniouk, qui s'est battu à Irpin contre les Russes, est venu lui à la bibliothèque de la ville pour présenter son ouvrage, un recueil intitulé "13 poèmes ou la Bataille pour Irpin a changé le monde".
"Irpin est en train de se remettre", assure-t-il à l'AFP.
Selon lui, la bibliothèque joue un rôle-clé pour donner aux habitants ce sentiment "d'invincibilité" de la ville. Car, l'important, c'est que les habitants puissent "travailler, se sentir normaux", résume-t-il.
T.Ibrahim--SF-PST