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En traquant l'ADN des chevaux, Ludovic Orlando revisite l'histoire humaine
Ludovic Orlando, paléogénéticien et directeur du Centre d'anthropobiologie et de génomique de Toulouse (CAGT), traque l'ADN des chevaux à travers les âges, pour découvrir ou redécouvrir ce qu'il raconte de l'histoire de l'humanité.
Statues, photos, affiches, le cheval décore les coins et recoins du bureau de ce chercheur de 46 ans, installé dans les locaux fin XIXe de la faculté toulousaine de médecine.
"Le cheval, c'est l'instrument de l'histoire", explique avec passion à l'AFP le professeur Orlando, barbe rase et lunettes, cheveux encore plus poivre que sel ramenés en catogan.
"Gengis Khan, c'est le maître des steppes parce qu'il a le cheval et qu'il est capable en une semaine de faire des milliers de kilomètres. Et si je prends Alexandre Le Grand ou les grands peuples nomades de l'âge du fer, c'est pareil", décrit-il, ajoutant: "en étudiant les chevaux, je raconte l'histoire des humains".
Dans des fragments d'os ou de dents fossiles retrouvés dans le monde entier, le scientifique capture de l'ADN ancien, ce matériel de transmission héréditaire qui permet de remonter le temps et de découvrir les caractéristiques du vivant à des époques révolues.
"Si j'ai une contribution, c'est ça, c'est de voir qu'on peut étudier l'histoire non pas que par des sources historiques classiques (...) mais aussi par la biologie, l'ADN."
- Un "tour de force" -
Biologiste moléculaire de formation, Ludovic Orlando en est arrivé à ses travaux d'aujourd'hui "par hasard", dit-il, en découvrant pendant ses études un texte sur l'ADN ancien du biologiste suédois Svante Pääbo, prix Nobel de médecine 2022 pour avoir séquencé l'ADN de Neandertal.
Il dit avoir eu la chance de pouvoir "surfer sur la vague" des progrès techniques décisifs qui, à partir des années 2000, ont accéléré les capacités de lecture de l'ADN.
Ludovic Orlando et son équipe ont ainsi réussi à déterminer où et quand le cheval a été domestiqué: dans les steppes du nord du Caucase, il y a 4.200 ans.
Son travail est "admirable et surtout très original", s'enthousiasme son ami Lluis Quintana-Murci, généticien de l'évolution humaine. Ce professeur à l'Institut Pasteur et au Collège de France salue le "tour de force immense" d'avoir relevé les défis techniques liés au travail sur l'ADN ancien d'animaux pour "jeter la lumière sur l'histoire de l'homme".
Marié et père de trois enfants, Ludovic Orlando se décrit comme un "obsessionnel" de son travail, au "tempérament ultra-addictif".
"Il y pense tout le temps", raconte son épouse, Andaine Seguin-Orlando, également paléogénéticienne au CAGT. "Si un truc n'est pas terminé, il va se relever la nuit pour le finir. Si on va se promener, il va prendre son appareil photo au cas où on voit des chevaux. Il ne peut pas visiter un musée sans systématiquement regarder s'il y a des représentations de cheval ou d'une époque qui l'intéresse", détaille-t-elle.
- Le pouvoir du cheval -
"Je suis devenu inintéressant et monomaniaque", sourit le chercheur. Mais ses études font régulièrement la couverture de prestigieuses revues spécialisées comme Science ou Nature.
"Flatté" que l'on s'intéresse aux travaux de son équipe, Ludovic Orlando est heureux de pouvoir montrer combien la science est utile pour comprendre le monde, se disant "désabusé", "rageux" voire "défait" par le peu de considération qu'accordent les politiques à la recherche.
Se définissant comme un "pur produit de la République", ce fils d'un père menuisier et d'une mère sténo-dactylo, pieds-noirs installés à Marseille, se désole aussi de voir ce que devient l'école publique. Et il ne perd pas de vue l'actualité sociale, confiant "ne pas comprendre" l'attitude du gouvernement sur la réforme des retraites.
Côté loisirs, cet obsessionnel du cheval n'a commencé à monter qu'il y a trois ans, sa femme l'ayant inscrit sans qu'il le sache au centre équestre de l'école vétérinaire de Toulouse. Avec le contact physique à l'animal, il a découvert une "dimension sensible, culturelle" qui lui échappait dans ses recherches.
Peut-être pourra-t-il bientôt galoper en Mongolie et en Chine, où doivent l'emmener ses prochains travaux.
Associé notamment au British museum, aux universités d'Oxford et de Bonn, le CAGT a décroché une bourse européenne de 10,5 millions d'euros pour enquêter pendant six ans sur le rôle du cheval dans le développement des sociétés asiatiques. Le nom du projet: "Horse power" (le pouvoir du cheval).
B.AbuZeid--SF-PST