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Les droits de douane de Trump laissent un goût amer au vin californien
La Napa Valley a conquis une renommée internationale lorsque ses vins ont battu dans les années 1970 des grands crus français, faisant de ce coin de Californie une destination prisée des œnophiles.
Mais la politique douanière imprévisible de Donald Trump et ses attaques à répétition contre les alliés traditionnels des États-Unis gâtent aujourd'hui les relations de la région avec les touristes étrangers et les marchés internationaux dont elle est devenue dépendante.
"La Napa Valley est fièrement l'une des destinations viticoles les plus internationales, sinon la plus internationale des États-Unis", déclare à l'AFP Linsey Gallagher, présidente de Visit Napa Valley, une organisation qui représente l'hôtellerie de la région.
"Mais en ce moment, cette partie de l'industrie est un peu en difficulté", ajoute-t-elle.
C'est en 1976 que Napa s'est signalée de manière fracassante aux amateurs de vin du monde entier, lorsque deux de ses crus, un rouge et un blanc, ont remporté le Jugement de Paris, une dégustation à l'aveugle devant un jury de neuf experts.
"Napa n'avait aucune publicité, et puis tout d'un coup, quelques journalistes ont écrit des articles et Napa est devenue populaire", raconte Ivo Jeramaz, dont l'oncle, Mike Grgich, a produit le Chateau Montelena Chardonnay 1973, sacré meilleur blanc de la compétition.
"Des clients fortunés ont commencé à venir, l'argent a commencé à couler à flots."
La région a connu un véritable essor, explique M. Jeramaz, qui dirige aujourd'hui le domaine Grgich Hills Estate et passe des heures à discuter avec les visiteurs venus déguster ses vins.
Mais, selon lui, l'engouement des dernières décennies est retombé, une tendance aggravée par les droits de douane imposés par le président américain aux pays qui achètent du vin californien.
- Composante internationale -
"Personne ne profite des droits de douane", affirme M. Jeramaz, qui leur reproche d'avoir fait grimper les coûts de production et pénalisé les exportations.
"Nous vendions plus de 1.000 caisses de vin au Canada, ce qui est une bonne quantité pour nous, et maintenant nous sommes à zéro depuis les droits de douane. C'est un gros problème."
Ottawa et Washington sont empêtrés dans un conflit qui s'envenime, Donald Trump multipliant les insultes envers son voisin du nord, rabaissant ses dirigeants et évoquant l'idée d'en faire le 51e État américain.
Sous l'impulsion du Premier ministre Mark Carney, le Canada, principal marché d'exportation des vins de Napa, a riposté en répondant aux droits de douane de Donald Trump dollar pour dollar.
Certaines provinces canadiennes ont retiré les produits américains de leurs rayons, et les touristes qui auraient autrefois mis le cap au sud ont préféré rester chez eux.
"C'est une très, très grosse perte", déplore M. Jeramaz.
Autrefois, attiré par le climat méditerranéen de Napa, ses vignobles paisibles et villages animés, un visiteur sur cinq venait de l'étranger. Aujourd'hui, cette proportion est tombée à 8%.
"Le plus gros impact pour nous vient de la baisse du nombre de visiteurs canadiens", souligne Mme Gallagher.
- Le bien-être à la californienne -
Pour tenter de combler ce vide, les entreprises ont recentré leurs campagnes publicitaires sur le marché intérieur, et cette stratégie semble fonctionner.
L'an dernier, selon Mme Gallagher, Napa a accueilli environ 3,8 millions de personnes, soit 3% de plus qu'avant la pandémie.
"Mais nous ne pouvons tirer qu'un profit limité de ce marché national et local. Nous ne nous rétablirons complètement qu'avec le retour de la clientèle internationale", prévient-elle.
Napa et ses 1.000 vignobles qui s'étendent sur près de 60 kilomètres ont aussi dû s'adapter à l'évolution des habitudes de consommation des jeunes générations, plus attachées aux pratiques environnementales et à la justice sociale qu'aux marques.
"Quand nous présentons nos vins aux jeunes consommateurs et que nous leur racontons comment ils sont faits, comment le raisin est cultivé, que c'est un produit agricole vivant, magnifique, qui respire, ils sont ravis de découvrir quelque chose de nouveau", explique Alli van Zyl, propriétaire de Belong Wine Company.
Mettre en avant les atouts naturels de Napa, sa gastronomie et son offre hôtelière semble aider à attirer plus de visiteurs.
Les responsables du tourisme espèrent ainsi repositionner Napa comme une destination idéale pour tous ceux recherchant un mode de vie sain.
"Partager une bouteille de vin, c'est très différent d'enchaîner les shots de tequila", lance Laura Gabriel, associée de Mme van Zyl dans la maison de dégustation River Club.
"C'est un produit naturel et cela fait partie d'une vie bien vécue, avec la randonnée, le plein air et la cuisine", poursuit-elle. "C'est le bien-être à la façon de Napa."
C.Hamad--SF-PST