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"Pas tous" pour la loi "Duplomb": des paysans et militants manifestent à Paris
"Pas besoin des pesticides toxiques, pas besoin des mégabassines, pas besoin des fermes-usines": plus de 300 militants, paysans, élus et victimes de cancer se sont rassemblés mardi à Paris contre la proposition de loi dite "Duplomb", contraire selon eux aux attentes des agriculteurs et des citoyens.
"Non, le monde agricole n'est pas uni pour soutenir cette proposition", a déclaré Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français, qui défend une "réelle" transition agroécologique.
Dénonçant une "trumpisation" de la vie politique, M. Galais, éleveur bovin en Bretagne, condamne "un passage en force des lobbies de l'agro-industrie, soutenus par la connivence FNSEA-gouvernement" avec une loi dont "les paysans et paysannes seront les premiers à souffrir".
Lundi, la FNSEA, syndicat leader qui a perdu pour la première fois en janvier sa majorité absolue lors des élections professionnelles, avait rassemblé une dizaine de tracteurs et quelque 200 agriculteurs devant l'Assemblée nationale pour soutenir le texte et demander des "moyens de production" (eau et pesticides).
La proposition de loi visant à "lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur", portée par le sénateur LR Laurent Duplomb, prévoit notamment de réintroduire de manière dérogatoire l'acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes, de relever les seuils d'autorisation environnementale pour les élevages intensifs et de faciliter la construction d'infrastructures de stockage de l'eau.
Avant même de l'examiner, les députés ont voté lundi une motion de rejet déposée par le rapporteur du texte, une manœuvre du bloc central afin de passer outre le "mur" d'amendements écologistes et insoumis.
"Il n'y a eu aucune obstruction", a défendu la secrétaire nationale des Ecologistes Marine Tondelier auprès de l'AFP, "il y avait 40 amendements par parlementaire écolo, ce qui est la moindre des choses quand (...) ils sont en train d'écrire dans la loi les raisons de nos futurs cancers".
Le texte a été renvoyé devant une commission mixte paritaire (7 sénateurs, 7 députés) qui se réunira à huis clos et dont les Ecologistes ne sont même pas sûrs de faire partie. Leur cheffe de file dénonce un "scandale" sanitaire, environnemental et démocratique.
- "Problématique et rétrograde" -
Le collectif Nourrir, qui rassemble des dizaines d'ONG (Greenpeace, WWF, Générations Futures...), a déploré de "grandes difficultés" pour obtenir l'autorisation préfectorale pour se réunir mardi à Paris sur l'esplanade des Invalides "alors même que la FNSEA hier (lundi, NDLR) était devant l'Assemblée", s'est indignée Sandy Olivar Calvo de Greenpeace.
Elle a appelé la vingtaine d'élus présents, surtout des écologistes et des insoumis - Jean-Luc Mélenchon en tête - mais aussi Pascal Lecamp, un élu MoDem qui a voté contre la motion de rejet, à un "non-compromis" sur "l'entièreté de cette loi problématique et rétrograde, symbole à combattre".
Les ONG avaient invité à s'exprimer des chercheurs, des agriculteurs mais aussi des personnes atteintes de cancer.
La fédération des agriculteurs bio a mis en avant sa "productivité", sans utiliser des pesticides, tandis que l'Union nationale de l'apiculture française a vanté les "services de pollinisation" rendus par les abeilles, premières menacées par la réintroduction des néonicotinoïdes, dont les effets néfastes sur l'environnement et la biodiversité sont démontrés par de nombreuses études.
Les travaux scientifiques sont moins nombreux quant aux effets sur la santé humaine, mais soulignent l'existence de risques potentiels qu'il faudrait documenter.
Des représentants d'associations de lutte contre le cancer ou encore de salariés agricoles exposés à la pollution au chlordécone, pesticide utilisé pendant vingt ans aux Antilles, ont pris la parole pour dénoncer "les lobbies de l'agrochimie".
Enfin, plusieurs collectifs et ONG sont venus dénoncer les mesures visant à faciliter l'obtention d'une autorisation environnementale et à simplifier l'enquête publique pour les élevages intensifs.
Ils soulignent les "pollutions invisibles" d'élevages en bâtiment, qu'on "ne voit pas" (émissions d'ammoniac, pollution des cours d'eau environnants, algues vertes), ainsi que la "souffrance" des animaux élevés en cage pour les porcs ou sans voir la lumière du jour pour les volailles.
Accompagnés par une poignée de députés, les représentants syndicaux et militants ont finalement apporté leurs pancartes "Nourrir pas détruire", "Les pesticides tuent" et "Cancer colère" devant l'Assemblée pour une photo symbolique, à l'issue du rassemblement.
K.AbuTaha--SF-PST