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Argentine: le procès Maradona en péril pour l'indiscrétion présumée d'une juge
Péripétie de procédure, ou grave débâcle judiciaire ? Le procès sur la mort de Maradona est sur le fil du rasoir, après la mise en cause d'une des juges, soupçonnée d'avoir collaboré à l'insu de tous à un documentaire, et qui pourrait faire annuler l'ensemble des débats à ce jour.
Après sept jours de suspension reprend mardi à San Isidro (nord de Buenos Aires) le procès de sept professionnels de santé - médecins, psychiatre, psychologue, infirmiers - accusés de négligences ayant potentiellement entraîné la mort de l'astre du football, en novembre 2020 sur un lit de convalescence à domicile, post-neurochirurgie.
Reprise d'audience, mais pour combien de temps ? Dans la foulée de deux avocats (de la défense) mardi dernier, d'autres - dont Fernando Burlando, médiatique avocat des filles aînées de Maradona - sont résolus à demander mardi la récusation, voire la destitution, de la juge Julieta Makintach, l'une des trois magistrates du procès.
Le doute initial est venu de la présence en audience, en mars aux premiers jours du procès, de personnes paraissant filmer les débats, où les caméras étaient strictement interdites. Plusieurs parties soupçonnaient alors la connivence d'une magistrate.
Julieta Makintach, pénaliste de 47 ans, a démenti avoir participé à une production audiovisuelle sur le procès, ou avoir commis un quelconque délit, mais une série de perquisitions depuis une semaine - depuis les demandes de récusation-, puis la diffusion de vidéos dans la presse, sont venues affaiblir sa défense.
L'une des productrices impliquées s'est défendue, dans une déposition à laquelle l'AFP a eu accès, de n'avoir fait que préparer un documentaire centré sur la juge Makintach, "son rôle de juge et femme", sans "référence au procès proprement dit".
Les images de vidéosurveillance qui ont filtré montrent la magistrate parcourant, le dimanche juste avant le procès, les locaux du tribunal, filmée par une équipe, avec plusieurs prises, donnant des bouts d'interview, sur son métier, mais aussi sur le début du procès.
- "Si ça peut arriver à Maradona..." -
Si la semaine dernière, certaines parties spéculaient sur le fait que le procès pourrait se poursuivre, y compris avec la juge Makintach éventuellement dessaisie, l'option paraissait ces derniers jours moins probable aux yeux des avocats comme d'observateurs extérieurs.
"C'est un scandale d'une ampleur telle que le monde entier parle de la justice argentine comme du pire des exemples", a fulminé Me Burlando ce week-end, remonté contre la "négligence" du tribunal de San Isidro et le "narcissisme" de la magistrate. "Elle n'a pas agi comme une juge, mais comme une actrice".
"Le procès ne peut pas continuer, il doit être annulé, même si c'est une honte et un manque total de respect pour Maradona, ses sœurs, ses filles et tous les Argentins qui veulent une justice équitable", a estimé pour l'AFP Adrian Tenca, pénaliste et professeur de droit à l'Université de Buenos Aires.
"Tout le monde a désormais la sensation que ceci est vicié (...) le plus sain est qu'on recommence tout à zéro", a plaidé Mario Baudry, avocat de Veronica Ojeda, ex-compagne de Maradona, prédisant que si toutes les parties se mettent d'accord, un nouveau trio de juges pourrait être désigné en vue de reprendre le procès. Peut-être vers janvier 2026, a-t-il spéculé.
Difficile de percevoir a priori à qui bénéficierait un report pour de longs mois, dans un procès qui déjà avançait péniblement, à raison de deux audiences par semaine. Et où les témoignages, à ce jour, avaient surtout convergé vers le piètre niveau de soins, d'équipement médical, sur le lieu de convalescence fatal de Maradona à Tigre (nord de Buenos Aires).
Sans pour autant dessiner un clair niveau de responsabilité, ou d'intentionnalité.
Les accusés, qui déclinent toute responsabilité dans le décès, encourent 8 à 25 ans de prison.
Fernando Burlando a souligné la "grande tristesse" de la famille, à l'idée de voir, le cas échéant, déposer une nouvelle fois les filles de Maradona. Le témoignage de Gianinna, en particulier, avait été particulièrement éprouvant mi-mai, maintes fois interrompu par les larmes.
"Nous sommes la risée du monde, mais c'est ça notre justice en Argentine", s'est désolé Me Baudry, s'interrogeant sur l'impact à l'extérieur, sur de potentiels investisseurs. "Si quelque chose comme ça arrive à quelqu'un comme Maradona, qu'est-ce qui peut arriver à des gens ordinaires ?"
U.AlSharif--SF-PST