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Brésil: début d'auditions de témoins-clés au procès Bolsonaro
La Cour suprême du Brésil commence lundi à entendre des témoins-clés au procès de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro, qui encourt une lourde peine de prison pour tentative présumée de coup d'Etat.
Plus de 80 personnes ont été appelées à témoigner, par la défense ou par l'accusation. Parmi elles, des militaires haut gradés, des anciens ministres, des policiers ou des agents de services de renseignement.
Jair Bolsonaro, 70 ans, est accusé d'avoir ourdi de longue date un complot pour se maintenir au pouvoir quel que soit le résultat de la présidentielle de 2022, qu'il a finalement perdue face au président actuel de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.
S'il est déclaré coupable, l'ancien chef de l'Etat (2019-2022) encourt une peine cumulée pouvant avoisiner les 40 ans de prison.
M. Bolsonaro, qui est par ailleurs inéligible jusqu'en 2030, a toujours nié toute velléité putschiste, criant à la "persécution politique".
La semaine dernière, il a comparé lors d'un entretien avec le site Uol les accusations du parquet à un "scénario de telenovela", ces feuilletons télévisés latino-américain aux rebondissements rocambolesques.
- "Noyau crucial" -
L'ancien capitaine de l'armée sera jugé avec sept anciens collaborateurs accusés d'avoir fait partie du "noyau crucial" du complot présumé, dont quatre anciens ministres, un ancien commandant de la Marine et le chef des services de renseignement durant sa présidence.
Plusieurs anciens présidents ont eu maille à partir avec la justice depuis la fin de la dictature militaire (1964-1985), mais Jair Bolsonaro, nostalgique de ce régime, est le premier visé par un procès pour tentative de coup d'Etat.
Un rapport de près de 900 pages de la Police fédérale détaille le plan présumé, qui aurait prévu, entre autres, l'élaboration d'un décret convoquant un nouveau scrutin, mais aussi l'assassinat de Lula.
Le coup d'Etat n'a finalement pas eu lieu, faute de soutien de membres du haut commandement militaire, selon le parquet.
L'enquête se penche également sur les émeutes du 8 janvier 2023, quand des milliers de bolsonaristes ont envahi et saccagé les lieux de pouvoir à Brasilia, réclamant une "intervention militaire" pour déloger Lula du pouvoir, une semaine après l'investiture de ce dernier.
M. Bolsonaro se trouvait aux Etats-Unis ce jour-là, mais il est soupçonné d'avoir été l'instigateur des émeutes, qui étaient selon le Parquet l'"ultime espoir" des supposés putschistes.
- "Peine de mort" -
Des acteurs-clés de cette trame seront entendus à partir de lundi par visioconférence, lors de la phase d'instruction du procès menée par le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes, chargé du dossier et considéré comme l'ennemi numéro un du camp Bolsonaro.
Ces auditions "peuvent servir à identifier d'éventuelles contradictions, entre les différents témoignages ou au sein d'un même témoignage", explique à l'AFP Rogerio Taffarello, expert en droit pénal à la Fondation Getulio Vargas.
La Cour suprême doit entendre notamment les témoignages des généraux Marco Antonio Freire Gomes et Carlos de Almeida Baptista Júnior, commandants respectivement de l'armée de terre et de l'armée de l'air sous le mandat de Jair Bolsonaro.
Déjà interrogés par la police fédérale, ils avaient reconnu avoir participé à des réunions où l'ex-président leur avait "présenté l'hypothèse de l'utilisation d'instruments juridiques" pour réfuter le résultat du scrutin de 2022 et justifier un putsch militaire.
Mais tous deux affirment qu'ils ont refusé d'adhérer à ce plan, et le général Freire Gomes aurait menacé d'arrêter M. Bolsonaro s'il le mettait à exécution.
Après ces témoignages, le procès se poursuivra ces prochains mois avec les auditions des accusés, puis les réquisitions du parquet et les plaidoiries de la défense.
L'étape finale sera le vote des cinq magistrats -- dont le juge Moraes -- de la première chambre de la Cour suprême, qui doivent décider s'ils condamnent ou non les accusés et, le cas échéant, fixer les peines.
Jair Bolsonaro a déclaré à Uol que toute condamnation serait "une peine de mort, physique et politique".
Il espère encore faire annuler son inéligibilité pour participer à la présidentielle de 2026, où il pourrait de nouveau avoir Lula pour adversaire.
U.Shaheen--SF-PST