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En Turquie, les mystères sans fin du sanctuaire de Gobekli Tepe
Sur une éminence écrasée de soleil, dans le sud-est de la Turquie, le plus vieux sanctuaire connu au monde continue de livrer pierre à pierre ses infinis secrets.
"Quand on ouvre une nouvelle tranchée, on ne sait pas à quoi s'attendre", confie, les yeux gourmands, Lee Clare, de l'Institut allemand d'archéologie, qui fouille le chantier de Gobekli Tepe depuis 2013. "C'est chaque fois une immense surprise."
Gobekli Tepe, littéralement "la colline ventrue" en turc, est l'un des sites archéologiques les plus importants au monde, qui lie l'humanité au sacré.
Plus de 7.000 ans avant Stonehenge en Angleterre et les pyramides égyptiennes, des milliers d'humains se réunissaient ici, entre ces mégalithes richement ornés pour se recueillir.
"Son importance est difficile à imaginer", estime Sean Lawrence, professeur à l'université américaine de West Virginia, joint par l'AFP.
Selon certains experts, Gobekli Tepe n'a jamais été vraiment habité et pourrait faire partie d'un vaste ensemble sacré qui englobe d'autres sites à proximité, parfois plus anciens encore.
Personne n'avait rien soupçonné avant que l'archéologue et préhistorien allemand Klaus Schmidt ne commence à faire remonter ses premières découvertes à la surface en 1995.
Depuis, des archéologues allemands et turcs travaillent de concert, sous l'oeil des touristes de plus en plus nombreux, attirés par les mystères de la colline ventrue.
De quand date précisément le site? "C'est presque impossible à établir", relève Sean Lawrence.
Cependant, ajoute-t-il, "le plus ancien monument égyptien, la pyramide de Djéser à Saqqarah, remonte à 2.700 ans avant notre ère", plus de sept millénaires après Gobekli Tepe.
"Ce fut la fin de ce que l'on considère souvent comme les sociétés de chasseurs-cueilleurs de l'Age de pierre et le début de la sédentarisation".
"Il reste des mystères sans fin autour du site, y compris sur la façon dont le travail était organisé et comment les sites étaient utilisés", conclut-il.
Gobekli Tepe a même inspiré une série de science-fiction sur Netflix, "Atiye", bâtie autour d'une des gravures des piliers.
- "Le point zéro"-
Klaus Schmidt, l'archéologue allemand célèbre pour ses turbans, fut obsédé jusqu'à sa mort en 2014 par ces mégalithes plantés, verticaux, ornés de renards, de sangliers, de canards, de lézards et d'un léopard en position de chasse ou de défenseur - tous mâles.
Le site a d'abord été considéré comme purement rituel mais, selon Lee Clare, suffisamment de "preuves sérieuses" attestent d'un début de vie sédentaire avec des bâtiments similaires à ceux de la même époque découverts dans le nord de la Syrie voisine, la Turquie constituant l'une des provinces de la Haute-Mésopotamie.
Les objets découverts à Gobekli Tepe sont exposés au musée archéologique de la ville la plus proche, Sanliurfa, où serait né Abraham.
Il présente la "plus importante collection au monde d'objets du néolithique", assure son directeur Celal Uludag. "Tout ce qui pouvait être transporté de Gobekli Tepe est exposé ici", s'enorgueillit-il, devant une reconstitution du site et des vitrines de statuettes et de bas-reliefs.
"C'est un voyage à travers le temps, le point zéro de la civilisation", insiste Aydin Aslan, directeur régional du Tourisme et de la Culture de Sanliurfa.
- "Plus profond"-
Le ministère turc de la Culture a augmenté en 2021 le financement des fouilles dans la région dans le cadre de son projet "Stone Hills", notamment pour le site perché de Karahan Tepe à environ 35 km de Gobekli Tepe, que certains soupçonnent déjà d'être plus ancien encore.
"Nous allons maintenant continuer plus en profondeur car Gobekli Tepe n'est pas le seul ni l'unique" site, a justifié le ministre Nuri Ersoy.
"Ces ressources supplémentaires nous donnent une occasion formidable de comparer ce que nous savons de Gobekli Tepe avec d'autres sites de la région et du même âge", se félicite Lee Clare.
"Le néolithique ici est tellement plus intéressant à fouiller qu'en Europe", se réjouit-il. "Les peuples ici avaient 4.000 à 5.000 ans d'avance" sur leurs contemporains occidentaux.
Gobekli Tepe est aussi une manne pour cette région pauvre et longtemps négligée, touchée par ricochets par la guerre en Syrie: les réfugiés représentent désormais un quart de la population de la province de Sanliurfa.
Mais ce sont aussi plus d'un million de touristes qui ont visité la province en 2019, avant le Covid-19, une fréquentation qu'elle espère retrouver cette année.
F.AbuZaid--SF-PST