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A Buenos Aires, les larmes d'Argentins pour un pape pas comme les autres, le leur
"Orphelins", mais exhortés désormais à "être un peu François": de l'aube à la nuit tombée, les Argentins ont lundi prié, pleuré, remercié à Buenos Aires le pape des pauvres et des exclus, un pape simple, proche, pas vraiment comme les autres. Et surtout, le leur.
Depuis la cathédrale, son fief d'archevêque de Buenos Aires de 1998 à 2013, jusqu'au quartier de Flores où il a grandi et découvert la foi en confession, à 17 ans, dans les villas miserias (bidonvilles) qu'il visitait régulièrement des dizaines de messes ont célébré Jorge Bergoglio. Avec souvent, effusion de larmes.
"Il y a de la tristesse car la perte nous accable, de l'obscurité, c'est la nuit car nous nous sentons orphelins", a déclaré en soirée l'actuel archevêque de la capitale, Mgr Jorge García Cuerva, à des centaines de fidèles serrés à la basilique Saint Joseph de Flores, berceau spirituel de Jorge Bergoglio.
"Mais la vie et l'enseignement (de Bergoglio) continuent d'être une lumière, un phare", a-t-il poursuivi. Car "le pape qui a mis les pieds dans le plat (...) nous a toujours alertés sur nos frères sur le bord du chemin", était aussi "le pape de la joie". "Viva Francisco !" a ponctué l'assistance.
- Sept jours de deuil -
Avant même la lueur du jour, à peine connue la mort de François, des Porteños (habitants de la capitale) sur le chemin du travail s'arrêtaient lundi devant la cathédrale, pour allumer une bougie, se signer, verser une larme silencieuse.
Premiers recueillements d'un long deuil national - sept jours - décrété par Javier Milei. Un président ultralibéral jadis si critique d'un pape "gauchiste" selon lui, mais depuis réconcilié, et qui a salué lundi sa "bonté" et sa "sagesse", "malgré des différences qui aujourd'hui paraissent mineures".
Le jour d'automne austral même pas levé, Agustin Hartridge, avocat de 41 ans, s'agenouillait aux portes d'une cathédrale encore fermée, déposant une bougie sur les marches, en hommage "au message de François (qui) a toujours été que nous devons nous unir et tendre la main à ceux qui en ont le plus besoin", expliquait-il à l'AFP.
"C'est très dur, parce qu'une personne qui se souciait des plus démunis est morte et nous laisse seuls", se lamentait Juan Jose Roy, retraité de 66 ans, les mots le disputant aux larmes.
"Le pape des pauvres, des marginalisés, de ceux que beaucoup excluent, nous a quittés", a résumé Mgr Cuerva, ouvrant la première messe du jour à la cathédrale. D'où Jorge Bergoglio lança en son temps plus d'un sermon vibrant en faveur des démunis, faisant grincer les gouvernements successifs.
- "Etre un peu François" -
"A présent, nous allons tous devoir être un peu François, être plus miséricordieux les uns envers les autres", a enjoint Mgr Cuerva à l'assistance.
Au fil de la journée, à la pause déjeuner, le va-et-vient a enflé dans la cathédrale, sur les marches de laquelle s'improvisait un petit autel footballistique: un maillot, des écussons, des drapeaux "azulgrana" (bleu et grenat) aux couleurs de San Lorenzo, le club de cœur depuis l'enfance de Jorge Bergoglio. "Il a toujours été l'un des nôtres", a salué le club lundi.
Et dans ce défilé métissé, fidèles, croyants, pratiquants, ou pas, perçait la gratitude envers "une personne qui nous a reconnectés avec la chose la plus intéressante et belle que cette religion -et bien d'autres- puissent avoir: l'amour du prochain et la solidarité entre frères, citoyens du monde", résumait Joana Sierra, enseignante de 36 ans se disant "catholique d'éducation, jamais pratiquante". Mais qui lundi priait.
"Pendant des années j'ai été à l'église, puis je m'en suis éloignée car être homosexuelle n'était pas facile", confiait à l'AFP Ana Aracama, étudiante de 22 ans. Mais ce pape "nous a permis de nous sentir de nouveau enfants de Dieu, non pas des pécheurs voués à l'enfer pour être nés un peu différents. Pour moi, Jorge c'est ça (...) ça a marqué ma vie".
- Une "bouffée d'air" -
"Un pape différent, proche, argentin...", a résumé à sa façon la star et capitaine de l'Albiceleste Lionel Messi, dans un hommage sur son compte Instagram.
"Le plus simple qu'on puisse imaginer (...), il balayait le trottoir quand il était sale! Vous vous rendez compte? C'était un homme, pas un pape", s'émouvait Cristina Marcheschi, 77 ans, à Flores, quartier natal du pape où pour chacun il est resté "un voisin".
Parmi les premiers tôt lundi a prier près de la cathédrale, Guillermo Sanchez, Péruvien de 47 ans vivant à Buenos Aires, exprimait lui aussi une peine spéciale pour ce premier pape latino-américain: "Ca ne m'était jamais arrivé avec les autres papes".
"Il était très proche de la jeunesse, de notre époque. Ce n'était pas un pape fermé (...). François n'évitait aucun sujet", affirmait-il.
"Il fut une bouffée d’air frais dont l'église avait besoin", méditait en soirée Sabrina Fernandez, 50 ans, comme tant d'autres à Flores une "voisine" du pape. "Il va manquer au monde".
D.AbuRida--SF-PST